L’accord parfait de deux êtres sur scène

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Photos Marie Jeanson

« Ifeel2 » fait d’un duo chorégraphique réunissant le chorégraphe et danseur Marco Berrettini et la danseuse Marie-Caroline Hominal, une exploration de l’exercice permanent pour tonifier le corps et l’esprit. Ludique et exigeant.
Trois pas de côté à gauche. Autant dans la direction inverse. Dans une forme de ruban de Moebius chorégraphique, l’éternel retour du même n’est en fait rarement identique au cœur de ifeel2. ll y a chez Berrettini cet art – souvent copié et jamais égalé – de jouer sur les expectatives liées à un spectacle de danse et de les subvertir doucement.

Dans une atmosphère nocturne, irréelle, entre le givre et l’heure bleue, le plateau scandé de buissons suspendus et d’une étendue de fausse herbette, sorte de biotope protégé et plasticien diorama, accueil un étrange rituel. Torses dénudés, le binôme chorégraphique explore la figure du double, exécute, en miroir l’un de l’autre, côte ou dos à dos, trois pas croisés à droite et de même à gauche, variant distance, écartement et vitesse d’exécution. Est-ce une réactivation d’un fragment des figures mythiques et répétitives exécutées par Travolta sur le dancefloor de « Saturday Night Fever », qui plus est par un Berrettini très Iggy Pop coulé dans son fuseau cuir noir, et hanté par le souvenir de l’ex champion d’Allemagne de dance disco qu’il fut en 1978 et son « Sorry do The Tour (2001) », vrai faux championnat disco sur tubes seventiees ? Un peu de tout cela et bien davantage encore.

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Art des limites

Proche de la transe, l’écriture chorégraphique fait l’objet de subtiles variations, comme on le dirait d’un motif fugué. Ici les hanches accentuent leurs vibrations, là le haut du corps se brise davantage. Ailleurs, les bras se font sémaphoriques balanciers. Chaussées des ses escarpins vernis, Marie-Caroline Hominal passe comme au fil d’un hallucinant morphing corporel toujours sur les trois pas héraldiques, les déboitements du bassin des danses aztèques ou folkloriques, le kathak indien, le jumping jack cher à Mick Jagger, les sautillements de « West Side Story », les surplaces avec relevés de talons et pas glissés latéraux d’Olivia Newton John dans « Grease » et ceux de Michael Jackson. Ou le bras replié cadrant doucement le visage façon « Street Dance 2 » et les scènes dansées en vis-à-vis du film Fish Tank. Le corps de Marie-Caroline Hominal est rompu à tous rites chorégraphiques limites induisant une physicalité extrême. Ainsi l’impressionnant Duchesses et son houla-hop vrillant des lignes corporelles mises à nu, y faisant ressurgir des icônes de l’histoire picturale.

Tissée et entrelacée à même les corps, on entend les voix off des danseurs dire des extraits du livre Tu dois changer ta vie ! écrit par le philosophe allemand Peter Sloterdijk, qui propose un panorama des exercices requis pour être un homme et le rester. Dans une forme de talk over ou parler chantourné sur une partition électro pop ressuscitant la trompette d’un clone du compositeur britannique Mark Isham et des rythmes indiens avant d’ouvrir sur une réinterprétation de l’ouverture d’un titre phare des Beatles.

Bertrand Tappolet

Ifeel2. chorégraphie Marco Berrettini. Arsenic. Lausanne. du ve 31 mai au di 2 juin 2013.

article paru le 10 novembre 2012

Lire également Danse et philosophie en actes, entretien avec le chorégraphe et danseur Marco Berrettini, par Bertrand Tappolet.

Site de Marie-Caroline Hominal

Ifeel2, ADC. Salle des Eaux-Vives. Genève. 
Jusqu’au 11 novembre 2012.

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