Pourquoi la Nouvelle Comédie ? Gabriel Alvarez

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Le PLR, au niveau cantonal, met en danger le projet de la Nouvelle Comédie, et nous confrontés à un vrai dilemme, une utopie même. Celle de faire entendre des arguments, qui ne répondent pas à de simples calculs politiciens, à des députés préoccupés par la politique politicienne et non pas par la réalité et les besoins culturels d’une ville comme Genève.

Oui, il faut reconnaître que le PLR raisonne en cohérence avec son idéologie néo-libérale, celle du profit à tout prix ; comme comprendre différemment les arguments de certains de ses ténors quand ils invoquent l’argument fallacieux que la Nouvelle Comédie, par ses caractéristiques, ne sera pas rentable !!

Mais dans quelle ville habitent-ils ? Sont-ils complètement ignares de la situation, de la diversité et la richesse culturelle de cette ville développée ces trente dernières années ?

Le projet de la Nouvelle Comédie ne cherche pas la construction d’un théâtre qui fasse la « renommée de la ville », qui soit l’éclat bling-bling des grandes scènes européennes. Elle est un projet culturel, social et urbain qui cherche à fournir un outil performant à ses artistes et son public, afin de dynamiser leur richesse créative. C’est un projet pour les habitants de Genève et la région, pas un projet cherchant à tout prix à faire de profit.

Il faudrait mettre dans le débat public un mot, qui de mon point de vue, est d’une grande actualité pour le projet de la Nouvelle Comédie : création.

La Nouvelle Comédie est le signe d’une urgence de créativité, une nécessité actuelle afin de nous donner les conditions, à nous les artistes, de créer des formes radicales, nouvelles. Dans ce sens, c’est un projet en complète synchronie avec une époque, une demande du public et le dynamisme culturel de la ville.

La thématique de la « dépense publique » devient lancinante, à la fois dans la culture et la politique. Elle devient un écran ; en tant que sophisme, elle cherche à créer un sentiment d’impuissance à l’égard de l’action des citoyens créatifs, ceux qui proposent des projets d’une vraie dimension politique (dans le sens noble du mot politique), des projets d’avenir sans les connotations de mots comme audimat, rentabilité, marché.

Il faudrait repenser (et le projet de la Nouvelle Comédie le fait) le rapport entre création et espace public, entre création et bien social. Considérer la culture comme une plus-value symbolique et non pas comme une marchandise consommable.

La création n’est pas une fabrication ex-nihilo, n’est pas l’apanage d’une élite. Elle est au contraire un des actes originels des citoyens d’une ville, dans un contexte historique et un espace géographique particulier qui tient à enrichir la qualité de vie d’une communauté. Elle ne s’évalue pas en termes de billets vendus mais au niveau de l’apport symbolique qu’elle apporte à ses habitants.

On pourrait inviter ces politiciens à se demander, le temps d’un soupir –, chose qui serait déjà une grande conquête – ce qu’est créer aujourd’hui à Genève ?

Quelles sont les conditions et/ou la précarité des artistes confrontés à la création ?

Quelles sont les représentations qu’ils ont concernant la culture et la création dans une ville aussi riche et diversifiée que Genève ? Cherchent-ils l’effacement de toute représentation qui ne s’accorde pas à leurs intérêts politiciens? Sont-ils opposés à toute action politique qui cherche à améliorer la qualité de vie culturelle des genevois ?

Oui, les sociétés démocratiques modernes, complexes et globalisées, posent encore autrement la question des modalités du geste créateur. Mais si la figure du décideur politique veut aujourd’hui se confondre avec celle d’un gestionnaire d’affaires avisé, que deviendra, dans ces circonstances, la possibilité de créer du nouveau ?

Genève à besoin d’un lieu comme la Nouvelle Comédie afin de potentialiser, dynamiser la multiplication des pratiques et des lieux, des matériaux et des sujets qui ont fait de Genève une ville si particulière dans le contexte de la création européenne.

La Nouvelle Comédie doit exister afin de permettre la prolifération de formes, d’artistes, de projets culturels, de recherches des arts vivants.

Elle ne doit pas être prise en otage par des vulgaires calculs politiciens.

J’invite les député-e-s du PLR à ouvrir un débat sur la création politique et la création artistique, en cherchant à construire une ville toujours meilleure pour ses habitants.

Gabriel Alvarez
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Metteur en scène et directeur du Studio d’Action Théâtrale

 

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