L’art change, le TU l’accompagne

JavaTu605
©AMI graphic design

Elles sont debout, adossées aux murs du petit foyer du Théâtre de l’Usine, le TU, avec Laurence Wagner, la programmatrice, pour présenter leurs créations en devenir qui feront la nouvelle saison du théâtre dédié aux premiers pas des artistes. Elles, car ce sont principalement des femmes, jeunes, souvent issues de la Manufacture, de la HEAD ou de l’Ecole Serge Martin, qui vont  jouer sur le sens, les couleurs les sons au fil des 10 créations programmées. Elles incarnent le souffle de la création actuelle, changement d’univers garanti pour le spectateur.

Une fête de trois jours, La Java ouvrira la saison 15–16 de manière festive avec un éventail de créations et de performances liées à l’univers de la fête. La fête comme pratique sociale, politique et contextualisée dans le lieu chargé d’histoire qu’est l’Usine.

L’art est en perpétuel changement et certaines structures réussissent mieux que d’autres à l’accompagner. Le TU en est un exemple. Un signe qui illustre ce changement est la forte présence de la musique, de la pop, des environnements sonores, ou de la spatialisation des sons; une autre caractéristique est la quasi absence de classification, les artistes explorent toutes les pratiques artistiques, cinéma, vidéo, photo, littérature, architecture, installation, concerts. Obsolète est désormais la question du positionnement – texto-centré ou libéré, performance ou chorégraphie – l’ère est indisciplinaire.
Après une longue  période de remise en cause des disciplines, l’art contemporain, la danse et le théâtre font largement, et naturellement, appel à l’inter, la pluri ou la trans-disciplinarité qui constituent autant de transgression des barrières propres aux disciplines dans un mécanisme de production inerte. Il est loin le début du XIXe siècle quand l’essor de la modernité accompagnait celui de la disciplinarisation, soit un cloisonnement des disciplines au nom de la mise en ordre et de l’autonomie. Depuis, la révolte est consommée et l’atmosphère plus sereine. Les artistes qui évoluent dans de nouveaux espaces subjectifs mettent naturellement en dialogue différentes perspectives disciplinaires. Le mouvement suscite de nouvelles questions et recherches.

Cette ère est aussi féminine et Laurence Wagner relève que « les femmes sont en majorité dans les écoles d’art, mais elles sont en minorité dans les pratiques et là où se font les choix artistiques. » C’est donc avec plaisir qu’elle a constaté que la saison s’était construite principalement avec des artistes femmes, sans l’avoir expressément cherché.

Comment s’est construite la programmation ?

« Pour une partie, c’est avec un appel à projets, puis, un autre temps est celui de la prospection pure et dure, au fil de festivals et auprès d’autres scènes, différentes de celles que tout le monde suit et participent à globaliser la programmation, plutôt des petits festivals en France, en Italie ou en Belgique. C’est aussi l’occasion de rencontrer des lieux et de commencer à développer des interactions. »

Quelle est la ligne directrice de cette année ?

« Pour l’ouverture, il y a cette thématique de la fête, La Java, puis cet univers musical, de concerts. Sur le reste de l’année, je parlerai surtout de cette question de la réappropriation, de la transmission, ce qui nous amène à refaire figurer les classiques du répertoire, ainsi avec Karim Bel Kacem qui développe avec les pièces de chambre une réflexion sur les dispositifs de monstration et réinvente des nouvelles formes de théâtralités, ou avec Maud Blandel dont le Touch Down est une réappropriation du mythe du sacre du printemps à travers la figure de la cheerleadeuse (pom pom girl). Une tentative d’exorciser le mythe à travers les âges et les contextes. Également Ola Maciejewska, une chorégraphe qui effectue une recherche sur les fameuses danses serpentines de la célèbre chorégraphe Loïe Fuller. C’est une réappropriation par le costume.

Cette saison est aussi beaucoup nourrie de pop et de nouvelles technologies ; les citations de chansons, de Michel Berger, Bashung et d’autres, sont très présentes avec l’idée d’ancrer ces projets, qui sont parfois à l’avant-garde ou dans la recherche et la déconstruction, dans un héritage, dans un bassin commun que l’on partage et qui est celui de la pop. Cette dimension de l’apport des cultures populaires, de la façon dont elles peuvent façonner les pratiques contemporaines est très présente. Par exemple, The Internet, de Martin Spangberg, est consacré à la façon dont les nouvelles technologies ont envahi nos vies, nos manières de bouger et de communiquer.  Ce sont ainsi les principaux axes de la saison. »

« Nous croyons au pouvoir fédérateur de la fête et dans le fait qu’ouvrir une nouvelle saison c’est partager avec les artistes et le public notre amour des pratiques artistiques contemporaines et le bonheur qu’elles peuvent nous apporter. Let’s dance ! » Le TU.

Jacques Magnol

LA JAVA
La fête comme culture.  Trois jours de fête, du 24 au 26 septembre 2015.

Rebaptisé le TU depuis 2014, le Théâtre de l’Usine, est soutenu à hauteur de 320’000 francs par la Ville de Genève et le Canton, a pour mission d’inviter des artistes de la scène genevoise, en début de parcours, avec un minimum de six créations. Le TU est géré par cinq personnes, engagées entre 40 et 60%. Laurence Wagner a succédé à Myriam Kridi en 2014. La responsabilité de la programmation est attribuée par le collectif pour une période de quatre ans renouvelable une fois.

TU-Théâtre de l’Usine
Genève.

Tagués avec : , ,
Publié dans danse, musique, performance, pop culture, scènes, théâtre
copyright
© 1984-2017. Tous droits de reproduction et de diffusion réservés. Aucun type de reproduction autorisé sans accord préalable. Les opinions exprimées dans les pages de GenèveActive sont publiées sous la responsabilité de leurs auteur-e-s.
contact

Pour Contacter GenèveActive, envoyer vos informations, effectuer une demande de stage, proposer une collaboration ou soutenir GenèveActive, nous vous remercions d’utiliser le formulaire de contact