Connaissez-vous la dernière tendance en ville ? C’est le jardinage urbain !

potagers

Lausanne, La Bourdonnette. Photo © equiterre. Basile Barbey.

Des « Green Guerilleros » posent des « bomb seeds » à  Lausanne et à  Genève. Il s’agit de cultiver son petit jardin potager au coeur de son quartier d’habitation. Faire pousser des fruits et des légumes en zone urbaine ? Le concept alléchant  nous vient tout droit de la Grande Pomme…

Des armes de floraison massive…

Un beau jour, une idée innovante fleurit dans l’esprit de l’artiste peintre Liz Christy : remettre du vert dans la ville ! Ainsi dans les années 70 à  New York, poussent gentiment les racines du mouvement des « Green Guerillas ». Des attentats écologiques ? En effet ! Ces activistes promeuvent l’insertion forcée de la nature en ville… A l’aide de « bomb seeds » ces « green guerilleros » partent à  la conquête des espaces délaissés dans les quartiers urbains. Avec une bombe de graines lancée habilement au-dessus d’un grillage, il est possible de faire pousser des fleurs dans des friches urbaines. Pour tous les révolutionnaires en herbe, des vidéos sont même disponibles sur le web pour apprendre à  fabriquer ces armes de floraison massive…
Au fil des saisons, le mouvement prend de l’ampleur jusqu’à  l’éclosion du premier « community garden » de l’histoire en 1973 à  Manhattan. On recense aujourd’hui près de mille jardins communautaires dans la ville de New York…

Mais au fait, qu’est-ce qu’un jardin communautaire ?

C’est un groupe d’habitants pratiquant la gestion en commun d’un terrain transformé en jardin.
Ce type de jardins fleurit chez nos voisins français qui les appellent les « jardins partagés » ! Héritiers des « jardins ouvriers » du début du 19ème siècle, ces « jardins partagés » se distinguent des « jardins familiaux » d’après-guerre. Pour commencer, pas de petite cabane individuelle, ni de barrières entre les parcelles…

jardin Le jardin se situe au coeur des quartiers d’habitation et accessibles à  pied contrairement aux traditionnels « jardins familiaux ». Mais ce n’est pas tout ! Les jardiniers ne sont pas propriétaires de parcelles qu’ils cultivent…. La gestion du jardin se fait de manière commune puisque le groupe d’habitant-jardiniers est souvent formé en association. Ainsi, certains jardins n’ont même pas de parcelles individuelles ! Les habitants pratiquent alors le jardinage en groupe dans ces « jardins collectifs ».
Et pendant ce temps, que se passe-t-il en Suisse ? Pionnière, la ville de Lausanne aménage des « plantages » en 1995. Ces jardins au pied des immeubles permettent aux citadins de cultiver un lopin de terre à  deux pas de chez eux. Aujourd’hui, huit plantages sont recensés dans divers quartiers de Lausanne : fleurs, courges, maïs, fraises, tomates,… De quoi faire rougir les voisins ! A Genève, une installation pilote est mise en place dans le parc Beaulieu par le Service social de la ville : des parcelles de jardins potagers ! Serez-vous un des habitants tiré au sort pour y jardiner?

Les potagers urbains existent en Suisse

Le 14 septembre 2010 l’association Equiterre a présenté le concept de « potager urbain » dans la commune genevoise du Grand-Saconnex afin d’identifier un groupe d’habitants prêt à  porter le projet… Quel engouement ! Près de 70 personnes ont assisté à  la conférence et pas moins de 40 personnes se sont inscrites pour pouvoir « jardiner au pied de chez eux ». Les conférenciers ont su mettre l’eau à  la bouche des spectateurs à  l’aide d’images et d’anecdotes croustillantes. Le retour d’expérience d’Eric Prédine, initiateur des jardins partagés en France, rend compte des multiples bienfaits sociaux, écologiques et économiques de ce type de projet. Les exemples de « plantages » présentés par Pierre Strechi du Service des parcs et promenades de la Ville de Lausanne apaisent les doutes des Saconnésiens… Des potagers urbains suisses, ça existe et ça fonctionne ! Le Lausannois s’interroge : « comment se fait-il qu’elle n’ait pas pris avant, la mayonnaise ? » Le terreau français serait-il plus fertile ?
Avec le projet de « potager urbain », il s’agit de promouvoir ce genre de jardin en Suisse. Toute l’équipe d’Equiterre est partie à  Lyon pour visiter des jardins partagés existants, cueillir des idées et quelques fruits mûrs au passage. Cheffe de projet à  equiterre, Hélène Gaillard nous explique en quoi « ces micro-actions locales participent à  la promotion de la santé et au développement territorial durable ». L’association equiterre mixe ses compétences pour nous servir un festin contenant tous les ingrédients essentiels à  la durabilité. « Socialement, le jardin devient un lieu de vie et d’échanges de proximité dans le quartier. Le fait de cultiver soi-même ses fruits et ses légumes, nous permet de mieux apprécier leur saveur et de prendre le temps de les cuisiner. On favorise ainsi une alimentation saine et de saison. Économiquement, une parcelle de potager peut permettre aux plus démunis de parvenir à  une partie de leurs besoins journaliers. En tant de crise, il n’est pas inintéressant de favoriser la souveraineté alimentaire… »

Concrètement, à  quoi ressemble un « potager urbain » ?

C’est un jardin potager au coeur d’un quartier d’habitation dense. Le terrain est découpé en petites parcelles distribuées aux jardiniers habitant le quartier dans un rayon de 5 minutes à  pied. Pas besoin d’être expert en jardinage pour avoir une parcelle ! La taille modeste du lopin de terre (de 6 à  30 m2 environ) permet à  chacun de cultiver ses fruits et légumes ou même des fleurs si l’envie vous prend. Les conditions de mise à  disposition d’une parcelle sont simples : on s’engage à  ne pas la laisser en friche et à  la gérer de manière écologique. Visuellement, les potagers urbains ne ressemblent pas aux jardins familiaux car il est interdit de construire des infrastructures lourdes – pas de cabanon, pas de barrières.

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Lausanne, La Bourdonnette. photo©equiterre. Camille Rol. 

Les radis ne poussent pas à  Noël

Ces jardins colorent le minéral urbain et participent ainsi à  la requalification urbaine, à  l’amélioration de la qualité de vie. Le projet de « potager urbain » a bien entendu des ambitions environnementales : végétaliser les quartiers, favoriser la nature en ville, promouvoir la biodiversité, cultiver des plantes locales et même préserver, dans la mesure du possible, les espèces anciennes. Tout cela est possible en sensibilisant les futurs habitants-jardiniers au jardinage écologique et durable. Des cours de compostage, de soins au sol, de cuisine de saison, de confection de soupe, etc.

Un sondage effectué à  la demande du WWF démontre que seul une minorité de la population suisse sait à  quelle saison poussent les divers fruits et légumes. Pas de panique, les guides se multiplient pour vous accompagner dans vos achats durant chaque mois de l’année. L’association ProSpecieRara s’évertue même à  vous faire redécouvrir des espèces oubliées…. Saviez-vous que les pommes de terre pouvaient être bleues et que les tomates ne sont pas toutes rondes et rouges ?
Les citadins retrouvent le plaisir de travailler la terre et se mettent à  la recherche d’un savoir faire qui se perd… Mais ne courez pas acheter des piles de livres de jardinage, rendez-vous plutôt directement au jardin ! Pas besoin d’être un expert jardinier pour avoir une parcelle de potager au pied de son immeuble, puisque les plus motivés produisent souvent les plus belles salades. L’unique risque des apprentis jardiniers étant de ne pas bien estimer sa consommation hebdomadaire de verdure et de se voir obliger d’en distribuer à  son voisin…
Citoyens du monde urbain, vos papilles dégusteront bientôt les saveurs oubliées des jardins potagers.

Muriel Becerra

6 octobre 2010.

En savoir plus

– Eric PREDINE, 2009 : Des jardins en partage, échange  avec Jean-Paul Collaert, collection Conversations écologiques, Paris : Rue de l’échiquier.

– Frédérique Basset, Laurence Baudelet et Alice Le Roy, 2008 : Jardins partagés. Utopie, écologie, conseils pratiques, Mens : Editions Terre Vivante.
Equiterre
Grand- Saconnex
– Eric Prédine, Association Saluterre
– Pierre Sterchi, Service des parcs et promenades de la Ville de Lausanne, Plantages
ProSpecieRara

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Publié dans nature, saveurs, société
Un commentaire pour “Connaissez-vous la dernière tendance en ville ? C’est le jardinage urbain !
  1. Sothea dit :

    on peut planter de l’herbe à  chat bleue aussi?

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