Comment Genève se réapproprie ses places publiques

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29 septembre, en balade avec la Maison d’architecture au fil des places publiques de Genève. Photos © GenèveActive.

Malgré la pluie, ils étaient une trentaine de promeneurs à suivre, Anita Frei et Christian von Düring, les deux architectes et guides de cette balade de la Maison de l’architecture, lors d’un parcours qui les a menés de la Place Longemalle à celle de la Navigation en passant par Bel-Air, Simon-Goulart et d’autres, réaménagées ou en projet par le département de Rémy Pagani de la Ville de Genève. Certes, certaines réalisations ont souffert des concessions accordées lors des marchandages imposés par les oppositions, mais dans l’ensemble il s’agit d’une réappropriation heureuse de l’espace au profit du citoyen. D’où vient cet engouement ? Jérôme Ponti, ingénieur, l’explique dans le dossier « Aménagement des places publiques à Genève » : « La place fait partie, comme tout objet patrimonial, de ce bien commun dont on se sent tous à la fois responsable et propriétaire ».

 

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Anita Frei et Christian von Düring. 29 septembre.

Qu’est ce qui fait une place ?

C’est Anita Frei qui répond : « Il s’agit d’un lieu où le marcheur peut se déplacer dans toutes les directions, La place est un espace de liberté, elle doit donc être le moins organisée possible et occupée par un mobilier urbain réduit au minimum. » Et Christian von Düring de citer la place St-Marc à Venise, vide de tout intervention. La place agit comme la clairière dans une forêt, elle offre l’occasion d’un dégagement.

Les travaux entrepris par la Ville de Genève illustrent une volonté de réappropriation de l’espace urbain initié dans les années 90, peu après des précurseurs comme Barcelone et Lyon dans les années 80.

 

Les espaces réaménagés les plus réussis

 

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La place de la Navigation, malgré l’incongru édicule abritant les toilettes, doit certainement son succès à la densité de la population environnante. Utilisée comme parking et entourée par le trafic, la place de la Navigation avait perdu son rôle de lieu de rencontres et d’accueil au sein du quartier. Les travaux ont permis de lui rendre son identité. Elle se présente désormais sous la forme d’un vaste espace piétonnier, avec un revêtement en dalles de granit beige.

 

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La place de Longemalle a été réaménagée de manière contemporaine, tout en mettant en valeur son patrimoine historique. Elle a été rendue en partie piétonne, du côté des Rues-Basses, à partir de la rue Neuve-du-Molard. Son revêtement de sol s’étend de façade à façade, sans trottoirs. Il est constitué d’une alternance de pavés et de bandes de béton, qui rappelle les mouvements de l’eau.

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Longemalle n’est pas protégée du parking sauvage.

 

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La nouvelle place Simon-Goulart se présente sous la forme d’un vaste espace libre, agrémenté d’un bassin-fontaine. Des marchés ou événements festifs pourront y être organisés ponctuellement. Le long de la rue des Terreaux-du-Temple, une haie végétale protège la place et une longue plateforme en bois accueille des bancs et tables de pique-nique, à l’ombre des arbres.
Autour du temple de Saint-Gervais, le parvis a été entièrement refait en pierre calcaire blanche. La rue Vallin est aujourd’hui une zone de rencontre, sur le tronçon situé entre la rue des Terreaux-du-Temple et la rue des Corps-Saints.

 

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Le matériau choisi pour le sol de la place du Molard est le pavé de basalte, en continuité avec les espaces publics voisins. Parmi les pavés de pierre sont placés 1857 pavés lumineux, disposés de manière aléatoire. Leur nombre augmente à mesure que l’on se rapproche du lac, rappelant ainsi par leurs reflets la présence de l’eau dans le port du Molard de jadis. A l’intérieur des pavés sont gravés des mots du quotidien, comme «bonjour», «bonne nuit» «merci» ou «bienvenue». Ils sont écrits dans les six langues officielles des Nations unies (anglais, arabe, chinois mandarin, espagnol, français et russe).

 

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Un exemple d’ouverture sur le lac et de réappropriation particulièrement réussi : la rue du Léman, située dans le prolongement de la place, a été fermée à la circulation jusqu’à la rue Plantamour et réaménagée en zone piétonne.

 

Espaces prometteurs

 

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En cours d’aménagement : Le square de Chantepoulet. Le bâtiment SIG abritera une buvette.

 

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La place Saint-Gervais a été piétonnisée dans le cadre des travaux du tram Cornavin-Onex-Bernex. Son aménagement est récent, il sera intéressant de suivre comment les riverains se l’approprieront.

 

Le plus décevant : Cornavin

 

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Place de Cornavin, un échec reconnu. Cinq séries de flux, automobiles, parking de scooters, voies de trams, vélos, voie des taxis, interdisent aux piétons de traverser la place afin de les canaliser vers la galerie marchande. La place de la gare se trouve ainsi déplacée dans la partie piétonne de la rue du Mont-Blanc.

 

Les problématiques ou oubliés

 

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L’espace de la rue du Léman a tout d’une place, surface, arbres, fontaine, mais la réappropriation s’est effectuée au profit du commerce.

 

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Quand la pluie ajoute au charme de la place du Rhône.

 

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Place de Bel-Air. La volonté de contenter toutes les parties (transports publics, privés, cyclistes, piétons) a créé les conditions du chaos, même le mobilier urbain ne protège pas les usagers des intempéries.

 

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Bel-Air. Une intervention ponctuelle très appréciée.

 

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Le Square Pradier.

 

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La Place de Pré-Lévêque.

Selon le voeu de l’organisateur, les balades de la Maison de l’architecture sont plus l’occasion d’une discussion que d’une conférence : « Nous souhaitons dépasser les les jugements à l’emporte-pièce, du type « j’aime / j’aime pas » , et tendre à nos promeneurs quelques clés de lecture. Plus qu’une dissertation sur leur formes, la balade des places publiques veut être l’occasion de partager entre professionnels et « laïcs », qui ont tous des attentes et une pratique de l’espace public, une réflexion sur les usages de ces précieux « vides » sans lesquels il n’y a pas d’urbanité. »

En savoir plus :

– Programme des balades sur le site de la Maison de l’architecture.

– Dossier « Aménagement des places publiques à Genève ». Journal de la FAI.

– L’Espace public sur le site de la Ville de Genève.

– « A travers les couleurs on voit la ville qui vit ». GenèveActive, mai 2013.

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