Bex Arts 2026 – Des frigos dans un parc à l’anglaise

Christian Gonzenbach, TIXIF, Les fossiles nous attendront, 2026. Techniques mixtes, réalisation avec la complicité de Fixit SA, Bex. Photo Claude-Hubert Tatot.

En dupliquant tout ou partie de certaines de ses œuvres pour en assembler les morceaux Rodin a montré l’importance du moulage en sculpture. En proposant de mettre les Bourgeois de Calais au ras du sol, à hauteur des spectateurs ou en moulant gaines et piédestaux provenant du Louvre pour surélever et mettre en valeur ses propres sculptures il a fait du socle un objet de questionnement. En 1984, Bertrand Lavier traitait la question dans un esprit duchampien en plaçant un réfrigérateur sur un coffre-fort, Brandt / Haffner.

Pour la triennale de Bex, Christian Gonzenbach place dans le parc, en bordure de bosquet trois frigos en plâtre, comme s’ils avaient été abandonnés. Ils resteront là, à la pluie et à l’humidité voués à l’érosion.

A mi-chemin entre une carrière de Gypse et l’usineTIXIF qui le transforme en plâtre par combustion, ces trois sculptures sont à la fois identiques, tirées d’un même moule exposé lui aussi dans le parcours et différentes. Chacune offre une variation de strates, alternance de gypse et de plâtre qui renvoie à la sédimentation.

Hunter Longe, Reliques d’une mer évaporée, 2026. Photo Claude-Hubert Tatot.

Deux autres artistes invités cette année s’intéressent à la géologie. Hunter Longe (Reliques d’une mer évaporée) travaille aussi avec le gypse et met au jour en creusant le sol des veines qui affleurent et qui ont été érodées par d’anciens cours d’eau. Ces excavations, comme des fouilles montrent la pierre sculptée par la nature. Jérémie Gindre, installe dans un chalet existant le Pavillon Erratique, amusant dispositifs muséal et pédagogique où cartes postales, peintures, dessins et fanion présentent la Pierra Bessa et le Bloc Monstre, transportés là il y a des milliers d’années par le glacier de l’Avançon et invite à regarder le paysage.

Plus que l’harmonie avec la nature Christian Gonzenbach, bien qu’il trouve la matière et la met en œuvre sur place, vient plutôt en contrepoint. Ses  parallélépipèdes ressemblent à des œuvres minimales, à de monolithes ce qu’ils ne sont pas. Sortes de stèles en écho aux tombes du petit cimetière, elles ne commémorent ni ne célèbrent rien. Malgré leur apparente solidité et l’effet marbré, elles vont inévitablement fondre de manière inégale le plâtre étant plus fragile que le gypse et laisser apparaitre d’autres objets sèche-cheveux, carburateurs, figurines de super-héros ou de saints glissés là au coulage.

Plus que tout autre monument, ces œuvres évolutives sont vouées à la ruine et le réfrigérateur, espace familier de conservation devient vanité. L’art mime ici la décharge sauvage pour questionner notre rapport à l’environnement autant qu’il raisonne avec toute l’histoire de la modernité en sculpture.

Claude-Hubert Tatot

Bex Arts 26 – Les Génies du Lieu
Du 30 mai au 3 octobre 2026
Parc de Szilassy, Rue du Signal 20a
1880 Bex

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