rv graumann & Nicko – Motifs contemporains : entre système et vitalité

RV Graumann – pttrn_b_2026 / Top Shot series #442, Installation (détail), 2026. andata.ritorno. Photo : Jacques Magnol.

Dans deux expositions présentées simultanément dans des lieux distincts, les œuvres de RV Graumann et de Nicko offrent un terrain fertile pour interroger l’usage du motif dans l’art contemporain. Si leurs démarches semblent, à première vue, éloignées — l’une ancrée dans la répétition systémique, l’autre dans l’énergie graphique et culturelle — elles témoignent pourtant d’un même attrait pour la structure visuelle, la répétition et la transformation du réel par le pattern.

Chez rv graumann, le motif naît d’une logique de duplication et de sérialité. Ses installations, souvent composées d’objets manufacturés répétés à l’infini, évoquent autant les grilles numériques que les étalages de la société de consommation. La répétition devient un outil critique : elle révèle la prolifération des objets, la standardisation des formes, la logique industrielle du « toujours plus ». Graumann transpose dans l’espace physique le geste du copier-coller, propre au numérique, créant des ensembles où l’œil se perd dans la régularité hypnotique des modules. Le motif, chez lui, n’est jamais décoratif : il est structure, système, et parfois même vertige.

Nicko, guangzhou patterns. Galerie Mottier. Photo Galerie Alexandre Mottier.

À l’opposé apparent, Nicolas NICKO Constantin aborde le motif comme une énergie visuelle. Issu du street art et nourri par ses voyages, il puise dans des répertoires culturels variés : symboles, formes traditionnelles, fragments graphiques. Ses compositions, vibrantes et colorées, fonctionnent comme des cartographies sensibles où les motifs deviennent des traces, des mémoires, des identités. Là où Graumann dissèque la répétition, Nicko la célèbre : il en fait un rythme, une pulsation, un langage expressif. Le motif devient alors un vecteur de narration, un espace d’hybridation entre cultures, influences et temporalités.

Malgré ces différences, un dialogue s’installe entre les deux pratiques. Tous deux utilisent le motif pour organiser l’espace, pour structurer le regard, pour créer des environnements immersifs. Tous deux montrent que la répétition n’est pas un simple procédé formel, mais un outil conceptuel capable de révéler des systèmes — qu’ils soient industriels, numériques, culturels ou symboliques. Chez Graumann, le motif expose les mécanismes de la production contemporaine ; chez Nicko, il révèle la richesse des circulations culturelles et la puissance du graphisme comme langage universel.

Ces deux expositions, mises en regard, soulignent ainsi la diversité des approches contemporaines du motif. Elles montrent comment un même principe — la répétition — peut devenir tour à tour critique, poétique, identitaire ou immersive. Elles rappellent enfin que le motif, loin d’être un simple décor, demeure un outil de pensée, un moyen de saisir le monde dans sa complexité, ses flux et ses résonances.

Jacques Magnol

nicko constantin guangzhou patterns
Galerie Alexandre Mottier 17
Bd Georges-Favon
Genève

rv graumann – pttrn_b_2026
du 21 mai au 20 juin 2026
andata.ritorno
37 rue du Stand
Genève

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