Dans le Withe cube de la Project Room de la galerie Wilde, Gregory Bourrilly rejoue la grotte en une évocation partielle et assez monumentale : deux sculptures blanches qui descendent du plafond jusqu’au sol. Ces stalactites en plâtre portent d’autres sculptures, plus petites, en céramique, entièrement dorées.
Tout proviendrait d’une photo de groupe dans la grotte de l’Aven d’Orgnac en Ardèche découverte en 1934 et presque aussitôt transformée en attraction touristique. Accrochée au mur, une carte postale en noir et blanc, dans une petite caisse américaine dorée à la feuille fait icône. Des yeux autocollants, sur chaque visage, transforment ces visiteurs d’hier en une réunion de cyclopes et certaines concrétions en monstres. Geste simple, jeu d’enfant, regardeur regardé et précieux qui n’exclue pas l’humour. Les petits modelages, plutôt abstraits sauf quelques masques sont des portraits, ceux des employés de la galerie. Elles en ont les prénoms comme titre. L’installation est comme une sculpture de groupe à l’instar des peintures de Designers Guild.
Cet assemblage ouvre sur l’histoire de l’art et de l’humanité, sur le rapport entre nature et culture ou encore sur la question de l’imitation de la nature. Prodiges de la nature les grottes ne se visitent-elles pas comme des monuments et l’art n’y serait-il pas né ?
De la Renaissance Italienne à Gaudi, la grotte est source d’inspiration et d’imitation. Dubuffet à Beaubourg, Sylvie Fleury au Mamco ou Eva Jospin, en carton, prouvent la persistance du motif.
Gregory Bourrilly l’évoque en colonne, sculpture pour en poser d’autres, réglant le problème, récurrent au moins depuis Rodin, du socle. Quant au portrait, il le traite autrement que par le buste, en une forme plus organique, plus leste, apparemment plus spontanée, symbolique plus que réaliste.

Gregory Bourrilly, Barth, 2026. Sculpture, grès, dorure sur émail 12,8 x 16,5 x 11,5 cm. Photo : Jacques Magnol.
Au sous-sol de la galerie, les effigies des employés, petites idoles dorées, sont comme posés sur des autels comme dans une grotte, comme dans un décor or et blanc du premier baroque, sous le regard augmenté et exorbité de visiteurs qui posaient jadis à l’Aven d’Orgnac.
Gregory Bourrilli fait Echo, titre de l’installation, aux rapports de l’homme et de l’art avec la nature. Il renvoie au temps long de la géologie, de l’eau qui façonne la matière, à celui de la naissance de l’art et de notre humanité, aux craintes des bouleversements environnementaux qui s’accélèrent à l’aire anthropocène.
Claude-Hubert Tatot
Gregory Bourrilly, né en 1980, vit et travaille à Genève. Diplômé de la HEAD – Genève, il développe un travail d’installation, de sculpture et de peinture qui se déploie à travers une juxtaposition de médiums et de références.
Le travail de Gregory Bourrilly a notamment été présenté dans le cadre de It Never Ends. John M Armleder & Guests au Kanal – Centre Pompidou en 2020 (Bruxelles, Belgique), au Palais de l’Athénée (Genève, Suisse) et à Limbo Space (Genève, Suisse), entre autres.
Gregory Bourrilly – Écho
Jusqu’au 22 octobre 2026.
Galerie WILDE
Genève


