La visite d’étape du chantier de rénovation du Bâtiment d’art contemporain avec les architectes Wilfried Kuehn et Cornelia Faulkner, en présence de représentants politiques, a surtout servi à rassurer sur le bon déroulement d’un chantier de 65 millions de francs et à montrer que les autorités en suivent l’avancement. Le message est net : tout se passe comme prévu.Visite intermédiaire du chantier du Bâtiment d’art contemporain
À l’issue du chantier du Bâtiment d’art contemporain (BAC), les visiteurs devraient peiner à déceler ce qui a changé. Telle est l’ambition que Wilfried Kuehn (Kuehn Malvezzi, Berlin) a formulée le 8 octobre, lors d’une visite conduite avec Cornelia Faulkner (CCHE Genève), dix-neuf mois après le début des travaux : « Pour nous, ce serait bien si on ne remarque même pas que le bâtiment a été transformé. »
Un projet resté fidèle à lui-même
Le bâtiment de la rue des Bains, qui abrite le Mamco, le Centre d’art contemporain et le Centre de la photographie, a été construit à partir des années 1930 et agrandi jusque dans les années 1950. Aujourd’hui, les architectes veulent préserver ces strates et, selon Wilfried Kuehn, « lui rendre, en quelque sorte, son autorité ».
L’architecte souligne un fait qu’il juge rare : le projet lauréat n’a presque pas changé après le concours. Les mandats d’étude parallèles (MEP) organisés par la Ville ont donné lieu à plusieurs échanges avec le jury, qui ont affiné la proposition. L’équipe a ensuite pu continuer « pratiquement avec le même projet, sans grande modification ». Le jury avait lui-même insisté, en 2021, pour que l’intégrité du projet soit préservée, tant sa cohérence s’étendait « de la façade à la toiture ». Il le jugeait « radical dans son principe, subtil dans son apparence ».
Un hall d’entrée à la hauteur du lieu
Le changement le plus visible lors de cette visite concerne l’entrée, qui s’effectue par la rue des Vieux-Grenadiers, derrière les grandes baies du pignon. Elle donne sur un vaste hall commun aux trois institutions, pensé comme un lieu de rencontre : l’espace se partage entre l’accueil proprement dit et une cafétéria ouverte sur l’extérieur, afin d’inscrire le musée dans le quotidien du quartier. Sa hauteur résulte de la suppression d’une partie de la dalle de l’étage supérieur, ce qui lui confère une certaine majesté. Une image de synthèse, affichée sur place, montre cette double hauteur lumineuse, avec des tables disposées le long des fenêtres et une grande œuvre murale colorée.
Les trois institutions conserveront la même surface, mais s’articuleront plus nettement autour de ce lieu partagé. Le jury avait distingué dès le concours cette ouverture sur le quartier, évoquant une nouvelle entrée exploitant la double hauteur disparue de ce pignon, et un espace de convivialité « transparent et accessible sans contrôle ».
Fenêtres, façade, sols : la fidélité dans le détail

Les architectes Wilfried Kuehn et Cornelia Faulkner devant les fenêtres au plus près du caractère des anciennes.
La retenue se lit d’abord dans les 220 fenêtres du bâtiment, un chiffre surprenant pour un musée. Le service des monuments et sites souhaitait d’abord une double fenêtre, solution courante dans l’ancien, mais le quadrillage de ces ouvertures définit le caractère des façades. Un prototype, présenté dans la salle d’échantillons, a convaincu toutes les parties : un fournisseur propose des profils d’acier si fins qu’ils rejoignent le dessin d’origine. Cornelia Faulkner y voit « des vides qui se succèdent » plutôt qu’un mur percé. Un second prototype, aux carreaux plus petits, est installé au deuxième étage. La pose des fenêtres doit commencer dans un mois environ. En 2021, le jury avait salué le maintien des vitrages historiques ; la visite a décrit des fenêtres remplacées à l’identique, aux standards actuels.
La façade de 70 mètres sur la rue des Bains, en béton, est restaurée en concertation avec le service des monuments et sites, et l’équipe envisage de retirer les couches de couleur accumulées au fil des ans. À l’intérieur, les anciens sols et plafonds sont conservés, et les installations (ventilation, éclairage, sécurité) sont regroupées sur des rails apparents au plafond. Exception : les parquets de bois debout du Centre d’art contemporain (ett de l’ancien Commun) , pollués et déformés, seront remplacés par un matériau de même qualité, pour un effet visuel équivalent. Ces pavés de bois figurent dans l’arrêté de mise à l’inventaire, ce qui a nécessité une négociation avec les autorités.
Le toit : une terrasse plutôt qu’un pavillon
Le projet de concours prévoyait un pavillon sur le toit pour des interventions artistiques. Il a été abandonné au profit d’une terrasse, utilisable exceptionnellement pour des événements. Ceux-ci devraient se limiter à des occasions ponctuelles avec le seul matériel nécessaire le temps de la manifestation. Rien de pérenne ne sera installé, ce qui préservera l’harmonie avec la silhouette des bâtiments voisins. Le toit sera par ailleurs isolé, donc légèrement rehaussé, et accueillera des panneaux photovoltaïques et une végétalisation. Les architectes ont négocié avec le service des monuments et sites une différence de hauteur minime pour la cabine technique existante, afin de rester au plus près du volume initial et de ne pas créer un précédent pour le reste de la ville. Les escaliers métalliques extérieurs, classés avec le bâtiment, seront prolongés jusqu’au toit pour l’évacuation, dans un esprit de « réemploi ». Trois petits ascenseurs seront ramenés à deux, pour répondre aux normes.
Un calendrier tenu
Cornelia Faulkner a rappelé la rapidité du processus : études lancées au printemps 2022, crédit de construction obtenu en 2024, autorisation de construire délivrée en janvier 2025 après six mois d’instruction environ, début des travaux deux mois plus tard. Le chantier réunit une vingtaine de mandataires ; environ 55 entreprises y interviendront à terme. Le gros œuvre doit s’achever au premier trimestre 2027, les travaux fin 2028, avec une remise des clés au premier trimestre 2029, « si tout va bien ». Cette réserve rappelle qu’un chantier de cette ampleur demeure exposé aux aléas, même si, à ce stade, le calendrier initial est maintenu.
Jacques Magnol
Lire : Genève aura un nouveau bâtiment d’art contemporain en 2029. GenèveActive, 24 mars 2025.
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