À L’Orangerie, les stationnautes de Joël Maillard quittent la terre pour son salut

Quitter la Terre, Cie SNAUT, Joëlle Fontannaz et Joël Maillard. Photos : Jeanne Quattropani, Alexandre Morel.

La création de Joël Maillard, Quitter la terre, se présente en adéquation avec la démarche éco-responsable appliquée au théâtre de l’Orangerie par son nouveau directeur Andrea Novicov.
Quand ce dernier remarque que « le théâtre s’est jusqu’à présent très peu confronté avec la question de l’homme et de l’environnement », Joël Maillard fait appel à la science-fiction pour développer un projet susceptible de permettre à notre planète épuisée de se ressourcer, et, d’autre part, de reconstruire une société humaine post-technologique sur un nouveau modèle.
Joëlle (Fontannaz) et Joël (Maillard), présentatrice et présentateur de ce « nouveau départ » vont progressivement être happés par cette fiction. Ils ont envie d’y croire, avec un engagement naïf aux frontières du clownesque qui ne saurait cacher une inquiétude sérieuse quant au futur sur cette planète. Le succès de la pièce présentée pour la première fois à l’Arsenic en 2017, puis au Festival Off d’Avignon en 2018, montre que l’idée d’une probable et proche apocalypse est largement partagée.

« Science-fiction du dimanche après-midi, Quitter la Terre est néanmoins ancré dans une inquiétude assez sérieuse quant au futur de la vie humaine sur cette planète (confiée à des gens qui naîtront bientôt avec une perche à selfies à la main). » Joël Maillard.

Quitter la Terre – Joël Maillard invite à considérer la station orbitale comme un gigantesque ananas, posé à l’envers, qu’on aurait coupé en deux dans le sens de la longueur.

Le dispositif de cette aventure de science-fiction se révèle par-contre étonnamment simple avec des outils de bureau tel un rétro-projecteur et du mobilier de la fin des années 1970. Sous la forme d’une conférence, le duo Joëlle Fontannaz – Joël Maillard développe le projet avec le sérieux des croyants ponctué de saillies hilarantes sur les bizarreries du comportement des terriens.

“À son insu, une infime partie (50’000 individus) de l’humanité est sélectionnée selon des critères stricts, séquestrée, puis envoyée dans le cosmos, dans une centaine de stations spatiales entièrement automatisées, en orbite géostationnaire à quelques centaines de milliers de kilomètres de la Terre. Les humains restés sur Terre sont empêchés de procréer, par un procédé “non-violent” et disparaissent. Pendant ce temps, en orbite, les individus qu’on appellera des “stationnautes” s’accommodent tant bien que mal de leur nouvelle vie et se reproduisent entre eux et avec les occupants d’autres stations dans des scénarios rocambolesques. Au bout de quelques siècles : retour sur notre planète qui a eu le temps de se régénérer. La dernière génération de stationnautes y fonde une nouvelle humanité, post-technologique.”

Le 25 juillet, la revue Science a annoncé la découverte d’eau liquide sur la planète Mars et la découverte ne manquera pas d’alimenter les fantasmes de colonisation de l’espace et les indispensables projets de nouvelle société.

Quitter la terre prend acte de l’inéluctable catastrophe à venir au vu de l’échec actuel : « Dans un futur plus ou moins proche (ou un passé démesurément lointain) considérant l’incapacité des collectivités humaines à réguler leur impact sur les écosystèmes et la menace d’une imminente saturation écologique et démographique, une solution aussi tortueuse que radicale est imaginée pour sauver la vie humaine et la biodiversité à la surface de la Terre… » Joël Maillard propose un exil temporaire de plusieurs siècles pour imaginer un nouveau monde et examiner, face au public, les multiples options, les valeurs susceptibles de garantir une autre modèle de société.

Quitter la Terre, Cie SNAUT, Joëlle Fontannaz et Joël Maillard.

 

QUITTER LA TERRE
Texte et mise en scène : Joël Maillard
Conception et jeu : Joëlle Fontannaz & Joël Maillard
Théâtre de l’Orangerie
Parc La Grange. Genève
30 juillet au 12 août 2018.

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