Xippas expose les multiples représentations du rêve californien

Matthew Porter, “South City”, 2018. Pigments sur papier, 76.2 x 94 cm. Toutes les photos : Courtesy Galerie Xippas.

Le mythe californien est le fil conducteur de l‘exposition d’été à la galerie Xippas. Sous le titre « Look West, Young Man ! » Pierre Geneston organise un dialogue entre les oeuvres d’importants artistes installés en Californie et d’autres représentés par la galerie.
A l’image de Paul McCarthy, Bruce Nauman ou Mike Kelley, ces artistes abordent de manière totalement décomplexée les genres, de la peinture à la performance, dans l’esprit très « côte Ouest ».

Atout majeur du softpower étatsunien, Los Angeles est sans conteste la capitale mondiale du cinéma, de la culture et des arts, du design et de l’architecture, tandis que San Francisco est celle de l’innovation technologique. C’est sur cette terre, enlevée au Mexique en 1848, qu’Hollywood produit et entretient le mythe entièrement fabriqué qui continue d’attirer artistes et écrivains.

Mike Kelley étudiait à l’Université du Michigan quand il fonda un groupe antirock avec Jim Shaw. Les deux s’installèrent ensuite en Californie pour étudier au California Institute of the Arts University. Le conservateur en chef du musée d’art contemporain de Los Angeles (MOCA) au moment de la mort de Mike Kelley (en 2012), Paul Schimmel considérait que “de tous les artistes des années 1980, Mike Kelley est celui qui a véritablement produit un choc et révélé une nouvelle et complexe identité pour les artistes de sa génération. De tous les artistes des années 1980, c’est lui qui a véritablement explosé et déterminé une nouvelle et complexe identité pour ceux de sa génération. »
Propo Objects de McCarthy fait partie des objets utilisés dans les performances entre les années 1970 et 1990. L’artiste considérait lui-même ces objets affectés et altérés durant ces événements « comme des sculptures indépendantes et pas forcément comme des reliques de performances ».

Mike Kelley, “Katy Keene Drawings/Cal Living”. 2000. Encre sur papier, 68 x 56 cm.

La présence de Jim Shaw et de Paul McCarthy aux côtés de Mike Kelley rappelle la proximité entre ces artistes venus s’installer à l’Ouest et qui ont parfois collaboré, notamment à des travaux vidéos. Mais si l’utilisation d’animaux en peluche par Kelley et McCarthy a conduit à penser leur démarche similaire, Schimmel pense que la comparaison est un peu superficielle. « Je pense qu’à certains égards, ils sont réunis parce qu’ils sont devenus visibles au niveau international à la même époque. Mais, à bien des égards, le travail de Paul McCarthy répond au minimalisme, aux happenings et autres influences des années 60. Je pense que Mike Kelley est sans doute un artiste plus conceptuel : quelqu’un qui parle de sources beaucoup plus diverses, de l’histoire américaine à Platon. »

L’image de Bettina Rheims, Elizabeth Berkley stuck in bamboo bushes, Los Angeles, rappelle que ce “paradis” ensoleillé icône de la liberté, la détente, en opposition aux contraintes du puritanisme protestant de la côte Est, est aussi le pôle mondial de la pornographie. La photographie de Rhona Bitner, elle, se concentre sur ce bar de San Francisco témoignage de l’histoire de la musique américaine.
La vision des paysages urbains d’Yves Belorgey (1960) s’exerce dans l’exposition avec Baldwin Hills Village ou Village Green (III), un des premiers ensembles résidentiels conçus aux États-Unis, à l’opposé des barrios ou quartiers pauvres de Los Angeles décrits par Charles Bukowski. L’esprit de danger et de liberté lié à la Californie s’exprime dans les manipulations photographiques de Matthew Porter, South City, avec des voitures miniatures cultes, telles les Mustang, Shelby et autres, catapultées dans les airs.

Look West, Young Man!. Vue partielle de l’exposition, de g. à d. : Jim Shaw, Richard Jackson, Bruce Nauman, Paul McCarthy. Courtesy Galerie Xippas.

Quand McCarthy fait souvent appel à des objets lors de performances filmées en vidéo, Richard Jackson développe une transgression de la performance par la machine avec sa machine à peindre, voir White Head, soit l’idée de corps-machine-action pour projeter automatiquement le contenu d’une bombe aérosol dans un espace déterminé. Jackson « a horreur de faire la même chose plus d’une fois. Les peintures murales sont en général des œuvres in situ, et très important, éphémères. Comme tout le reste, elles devraient avoir une durée de vie. »

 Look West, Young Man! illustre l’esprit de la culture américaine contemporaine, et plus précisément de celui “côte Ouest”, qui s’encombre peu d’établir une différence entre culture populaire et culture cultivée, ni de singulariser les modes d’expression. C’est également le reflet de l’influence importante de l‘environnement, la culture, la lumière et les couleurs du Golden State sur le monde de l’art.

Look West, Young Man!
6 au 28 juillet 2018
Galerie Xippas
Rue des Bains 61
1205 Genève

Publié dans art contemporain, arts, expositions, photographie, pop culture
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