Emilie Triolo remporte le Prix Ducastel de la ville d’Annemasse

Les photos : © Emilie Triolo

Le prix Ducastel, sculpteur à qui la ville d’Annemasse rend hommage, permet tous les ans à un artiste d’intervenir dans le parc Fantasia durant le festival Musical été, qui ouvre le 6 juillet.

Pour la seconde année consécutive, grâce à un partenariat avec le Bureau des Interventions Publiques de la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève, dirigé par Christian Robert-Tissot, artiste et Claude-Hubert Tatot, historien de l’art, c’est Emilie Triolo étudiante de seconde année, option « construction », qui remporte ce prix et réalise :

Granita

Cet assemblage de trois cubes rectangulaires imbriqués évoque la stèle, l’architecture moderne et le mobilier urbain modulaire. L’élément le plus large et le plus bas, laplate-forme centrale, fait podium et invite à s’assoir. Les deux autres s’élèvent comme des piliers couronnés d’ornements, enchevêtrements filandreux. C’est en fait de la serpillère en fil, matériau semblable à la filasse utilisée pour les modèles en plâtre de la statuaire. Trempées dans de la colle à carrelage elles se muent en vagues formes de végétation ou de décors de jardin en céramique.

Les surfaces planes sont, elles, soit partiellement plaquées de carrelages blanc, matériau simple de salle de bain, dont certains sont émaillés au pinceau pour imiter la brique soit peintes d’un glacis bleu vert. De faux coquillages, qui sont en fait des moulages des coudes des collaborateurs et collaboratrices de l’artiste sont parsemés comme des patelles sur des rochers.

L’échevelé, l’emmêlé et le touffu aux glaçures laiteuses lasurées de bleu clair ou de vert tendre contrastent avec la rigueur géométrique. Bleu de mer et coquillages voisinent avec la brique et le carrelage, esthétique de galerie marchande années 80. Granita est composite.

Emilie Triolo, lauréate 2018, du Prix Ducastel s’inspire avec humour d’une esthétique balnéaire, des barbecues et des fours à pain des jardins de banlieue, des grottes de Lourdes ou de fées des villas de zone pavillonnaire et du style rocaille des grandes compositions des parcs paysagers XIXe.

Granita dialogue d’ailleurs heureusement avec la maison en rondins du parc Fantasia.

Bricolage et fabrique, réinterprétation du socle qui marque la sculpture moderne, stèles et monuments commémoratifs, mixage entre architecture et sculpture, géométrie et informe, références savantes et populaires sont mis au service d’un sens du décor et du faux-semblant à la fois inédit et familier pour une œuvre qui, le temps du festival Musical été d’Annemasse, sera à la fois point de ralliement et lieu de repos.

Claude-Hubert Tatot

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