Restitution des antiquités: un problème souvent mal compris

salle du musée d'art et d'histoire

Musée d’art et d’histoire de Genève. ©MAH. Le musée genevois n’a pas fait l’objet d’une demande quelconque de restitution.

De l’Asie à  l’Afrique, de nombreux pays demandent la restitution d’oeuvres d’art symboles de leur identité. L’Europe et les Etats-Unis possèdent des dizaines de millions d’oeuvres acquises lors d’expéditions coloniales, est-il question d’un retour massif de ces oeuvres ?
Entretien avec Jean-Yves Marin,
archéologue et directeur des Musées d’art et d’histoire de Genève.

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A l’occasion de cet entretien, Jean-Yves Marin fait également le point sur la collaboration des Musées d’art et d’histoire de Genève avec le Musée archéologique de Gaza.

Toutes les antiquités conservées à  l’étranger ne sont pas réclamées

Le Conseil suprême des antiquités égyptien (CSA) a annoncé le 10 octobre que le Metropolitan Museum de New York allait restituer à  l’Egypte 19 petites pièces identifiées comme provenant de la tombe du pharaon Toutankhamon. La Chine a demandé en octobre 2010 aux musées et aux collectionneurs du monde entier de restituer les trésors volés en 1860 au Palais d’été de Pékin. Au nom de l’Egypte, Zahi Hawass, le secrétaire général du Conseil suprême des antiquités égyptien, demande la restitution de six pièces de grande valeur exposées dans divers musées de par le monde : le buste de Néfertiti (Berlin), la pierre de Rosette (Londres), le zodiaque de Denderah (Paris), le buste du dignitaire Ankhaf (Boston), la statue de Hemiunu (Hildesheim, Allemagne) et une statue de Ramsès II (Turin). La Libye a obtenu de l’Italie, en 2007 et après vingt ans de pressions, la restitution de la Vénus de Cyrène, une statue de marbre blanc datant du IIe siècle après J.C. Aujourd’hui, c’est aux musées du Louvre et au British Museum que la Libye réclame son dû : une statue d’Apollon ainsi que divers objets non spécifiés, le musée privé genevois Barbier-Mueller devrait restituer un masque Makonde à  la Tanzanie, voilà  quelques exemples entre mille possibles.
Cependant, toutes les antiquités conservées à  l’étranger ne sont pas réclamées. «Â Nous ne demandons que les objets qui ont été volés, pillés, qui sont sortis de nos pays de manière illégale. Les musées, occidentaux comme africains, sont en accord avec ce qui est dit dans le code déontologique de l’ICOM. Si un musée achète un objet volé, il doit s’attendre à  une demande de restitution de la part du pays privé de son bien », précise Abdoulaye Camara, ex-conservateur du musée d’art africain de Dakar, cité par le quotidien panafricain Afrik.com.

Pour Jean-Yves Marin, il s’agit seulement de quelques centaines d’oeuvres emblématiques extrêmement fortes dont il est question d’envisager la restitution et la circulation dans un processus de mondialisation bien comprise. (audio en haut de page)

Jacques Magnol

Mise à  jour: 26 avril 2011

Berne, 26.04.2011 – “L’accord conclu entre la Suisse et l’Egypte portant sur la préservation du patrimoine culturel meuble est entré en vigueur. La protection de ces biens culturels se trouve ainsi améliorée. L’accord porte sur des objets archéologiques antérieurs à  1500 ap. J.-C. particulièrement touchés par les pillages. Le service spécialisé Transfert international des biens culturels de l’Office fédéral de la culture est chargé de l’exécution de cet accord en Suisse.

L’accord a pour objectif de contribuer à  la conservation, à  la sauvegarde et aux échanges du patrimoine culturel des deux Etats et à  empêcher le commerce illicite de biens culturels. Il comprend des catégories d’objets archéologiques antérieurs à  1500 ap. J.-C. Les biens culturels énumérés font l’objet d’une protection particulière dans les deux Etats et ont une importance significative pour leur patrimoine culturel.

Avec cet accord, de nouvelles règles relatives à  l’importation de biens culturels entrent en vigueur. Par exemple, l’autorisation douanière de l’autre Etat signataire est désormais contrôlée au moment de l’importation. De plus, l’accord prévoit de simplifier les modalités de retour des biens culturels importés illégalement et d’améliorer la collaboration dans la lutte contre le transfert illicite de biens culturels.

Le Conseil fédéral a conclu cet accord avec l’Egypte le 14 avril 2010 et l’a ensuite notifié. L’entrée en vigueur se fait sur la base de la contre-notification égyptienne du 20 février 2011. Des accords bilatéraux sur l’importation et le retour de biens culturels conclus avec l’Italie (2008) et la Grèce (2011) sont déjà  en vigueur. Le Conseil fédéral a conclu d’autres accords avec le Pérou (2006) et la Colombie (2010).

D’autres accords sont en préparation avec différents pays ayant également ratifié la Convention de l’UNESCO de 1970 concernant les mesures à  prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels. L’exécution des accords est assurée par le service spécialisé Transfert international des biens culturels de l’Office fédéral de la culture.”

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