Rem Koolhaas crée le “premier théâtre du XXIe siècle” à Taipei

Le Taipei Performing Arts Center surgit au coeur du quartier de Shilin célèbre pour son marché de nuit. Image courtesy of the Office for Metropolitan Architecture (OMA).

De Taipei.
Le Taipei Performing Arts Center (TPAC) d’OMA, l’un des projets architecturaux les plus attendus de ces dernières années, entre dans la phase finale de sa construction et devrait être livré en 2020. Son directeur Austin Wang, théoricien et concepteur d’espaces, le considère déjà comme le premier théâtre du XXIe siècle. Rem Koolhaas assure que « les configurations flexibles des théâtres permettront des scénarios inimaginables ».

TPAC est situé face à la station de métro de Jiantan et près du marché de nuit de Shilin, le plus important et le plus célèbre de Taiwan.  Photo Jacques Magnol.

Le soir à Shilin, lors que les néons du plus grand marché nocturne de Taipei s’allument, des cuisiniers alignés à perte de vue se livrent à de vraies performances gastronomiques devant une foule dense de Taipeiens et touristes sortis de la station de métro toute proche. Escargots de mer, poulpes ou crabes grillés, tofu puant, copeaux de glace à la mangue givrés, tout ce qui vit ou se développe entre terre et mer est ici apprêté dans une atmosphère festive.
À moins d’une centaine de mètres, l’immense sphère insérée dans la grande structure du Taipei Performing domine le quartier. Avant même de découvrir sa peau de verre ondulé, l’enchevêtrement de figures géométriques était déjà iconique dans le quartier densément construit et muni de hautes tours. Austin Wang, directeur de l’institution, compte beaucoup sur cette visibilité et le caractère festif du quartier pour attirer un public plus large vers les arts performatifs.

 

Le verre ondulé très prisé par les architectes d’OMA recouvre le cube du TPAC. © Taipei Performing Arts Center.

La création à Taipei d’un outil polyvalent de production et de représentation adapté aux projets de plus en plus hybrides qui voient le jour actuellement est l’œuvre du « starchitecte » Rem Koolhaas de l’agence Office for Metropolitan Architecture (OMA). Le bureau a remporté le concours d’architecture en 2009 devant 135 propositions provenant de 24 pays grâce à un projet qui privilégie la flexibilité des espaces et est intimement inséré dans le tissu urbain de la capitale. Le projet à 90 millions d’euros initialement prévu pour 2015 devrait être enfin livré au début de l’année 2020 et coûter près de 150 millions. L’œuvre qualifiée par Austin Wang de « premier théâtre du XXIe siècle » figure dans les revues d’architecture parmi les plus attendues sur la scène mondiale.

Rem Koolhaas et son associé d’OMA David Gianotten ont d’abord passé en revue les modèles du dispositif théâtral européen et remarqué que « les productions théâtrales les plus passionnantes de ces 100 dernières années se sont déroulées dans des lieux qui n’étaient pas conçus pour les accueillir. Ces derniers temps, le monde a connu une prolifération de centres d’arts performatifs constitués, selon un mystérieux consensus, d’une combinaison plus ou moins identique : un auditorium de 2’000 places, un théâtre de 1’500 places et une boîte noire. Ces formes externes exagérément emblématiques dissimulent un fonctionnement interne conservateur basé sur les pratiques du XIXe siècle (le symbolisme y compris avec des balcons comme miroir de la stratification sociale). Si les éléments essentiels du théâtre et de l’auditorium datent de plus de 3’000 ans, rien ne peut excuser la stagnation contemporaine. »
Le TPAC résulte de cette nouvelle approche opposée où l’expérimentation se situe dans les structures internes du théâtre, tout en produisant la présence extérieure d’une façade iconique, sans que celle-ci soit conçue dans ce but.

Deux théâtres sont susceptibles d’être réunis pour former un « Super Théâtre ». Image courtesy of the Office for Metropolitan Architecture (OMA).

Les configurations flexibles des théâtres permettent des scénarios inimaginables

L’effort a porté ensuite sur la performativité du bâtiment en tenant compte du caractère expérimental du théâtre joué à Taiwan. La conception du TPAC est elle-même expérimentale à bien des égards, la forme rigoureusement géométrique est clairement exprimée avec son cube central supportant trois auditoriums en saillie, deux cubiques et un sphérique, qui peuvent même être combinés, offrant ainsi des espaces scéniques extraordinaires autorisant des productions impossibles à présenter dans un autre théâtre. les limites ne seront désormais plus celles imposées par la structure de l’espace scénique.

Le TPAC consiste en un complexe de 50’000 m2 qui abrite trois théâtres indépendants, le « Grand Théâtre » de 1500 places, le « Théâtre Multiforme » de 800 places, et le « Proscenium Playhouse » de 800 places. Le « Grand Théâtre » et le « Théâtre Multiforme » sont susceptibles d’être réunis pour former un « Super Théâtre » avec la possibilité d’une extension de la scène jusqu’à une centaine de mètres. « Les configurations flexibles des théâtres, commente Rem Koolhaas, permettent des scénarios inimaginables, stimulant sans cesse les expériences théâtrales. »

Dans un souci de transparence et de séduction du public, le théâtre intègre un cheminement intérieur et extérieur de 250 mètres en boucle – The Loop – ouvert au public afin de mettre en valeur les coulisses du bâtiment tout en offrant gratuitement un aperçu des représentations en cours. « TPAC, indique David Gianotten, brouille les frontières entre les espaces privés et publics dans le but de familiariser les passants avec l’activité culturelle du centre. Habituellement, le grand public ne va pas normalement au théâtre ou à l’opéra, mais la proximité du marché de nuit va l’attirer vers les espaces de détente, les cafés en même temps qu’il découvrira la production des arts performatifs depuis les plates-formes d’observation et aura l’occasion de faire une nouvelle expérience théâtrale. »

Le directeur du TPAC, Austin Wang, partage l’engouement de David Gianotten pour cette transparence et compte sur l’insertion du théâtre, ouvert 24/7, au cœur d’un quartier festif et d’un marché de nuit très couru pour encourager un nouveau public à expérimenter les arts : « Les spectateurs pourront se rendre au marché nocturne avant ou après le spectacle au TPAC. Notre défi est d’attirer les gens qui ne suivent pas les arts de la scène et de les encourager à les découvrir. L’idée du théâtre 24/7 est d’abolir les limites. Nous invitons les créateurs de théâtre à essayer différentes possibilités. Pourquoi ne pas essayer de montrer des spectacles tôt le matin à 3:30 ou ou tard le soir à minuit ? »

Coté Ouest du TPAC. Image courtesy of the Office for Metropolitan Architecture (OMA).

 

Perspective Proscenium Playhouse. Image courtesy of the Office for Metropolitan Architecture (OMA).

The Loop, le théâtre intègre un cheminement en boucle intérieure et extérieur de 250 mètres. Image courtesy of the Office for Metropolitan Architecture (OMA).

 

Spectateurs ou simples passants peuvent cheminer au long des escaliers mécaniques et des couloirs pour voir l’intérieur du cube, se rendre au café, au jardin sur le toit ou à la terrasse d’observation. The Loop. Image courtesy of the Office for Metropolitan Architecture (OMA).

Jacques Magnol

Ouverture prévue en 2020.
Site du Taipei Performing Arts Center.

Voir également l’interview d’Austin Wang, directeur du TPAC :
Taiwan ambitionne de devenir le hub des arts performatifs en Asie.

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Publié dans architecture et urbanisme, danse, performance, politique culturelle, scènes, théâtre

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