Pierre Huber, l’explorateur des modes d’expression

Pierre Huber

Pierre Huber, avril 2008 dans sa galerie devant Magic Woman de FENG Zhengjie.

Le collectionneur genevois, galeriste d’art contemporain, a entrepris de faire connaître les artistes de pays encore peu présents sur la scène occidentale tels Romuald Hazoumé (Bénin), Esko Mannikkà (Finlande), Rashid Rana (Pakistan), Keiichi Tanaami (Japon), Nataraj Sharma (Inde), ou Chen Shaoxiong (Chine).

Pierre Huber se voit en explorateur qui arpente un monde globalisé dans lequel l’art est universel, et s’il concède que ses recherches sont menées dans le but de satisfaire ses collectionneurs, l’oeil est celui d’un amateur d’art pour qui le profit éventuel n’interfère pas dans le processus d’appréciation des oeuvres. “Ma passion est de montrer des pièces qui me paraissent essentielles pour l’histoire de l’art”. Explorateur, visionnaire ou poussé par l’obligation de montrer du nouveau suite au problème, décrit par le philosophe Yves Michaud (dans son livre L’Artiste et les Commissaires) de “la planétarisation de l’art, d’un marché supersonique, toujours à  la recherche du nouveau, et selon des critères relativistes qui tendent davantage à  homogénéiser le pluralisme qu’à  faire place aux métissages de la diversité, à  couvrir la communication culturelle plutôt qu’à  ouvrir l’incongruité des singularités locales.”

Est-ce un nouveau pari d’un marchand parmi les plus importants de Suisse ou la vision d’un marché en voie de mondialisation? Les artistes chinois présentés dans sa galerie genevoise sont maintenant de purs produits de la culture chinoise contrairement à  leurs anciens installés à  Paris et pétris de culture occidentale. Pierre Huber qui était réticent à  suivre l’aventure d’Art Basel à  Miami, a préféré créer la foire d’art de Shanghai, confiant que le centre mondial de ce marché était en Asie.

Pierre Huber parle avec enthousiasme de son rapport avec le collectionneur auquel il transmet le plaisir de la découverte, souvent après une lente initiation, un rôle que Yves Michaud a subtilement décrit : ” Je fais au contraire un réel éloge du système de la galerie, parce qu’il y subsiste un rapport de conversation et d’éducation entre le marchand et l’acheteur, un rapport obscur qui est profitable à  l’oeuvre, à  l’artiste, au marchand et même à  l’acheteur. Cela a à  voir avec la pédagogie : c’est comme si l’on imaginait que les philosophes du passé, sont plus simples à  comprendre sans aucune initiation. Je sais bien que les gens trouvent toujours plus excitant de ne rien comprendre à  Wittgenstein que de suivre une introduction. Pour l’art c’est pareil, tout le monde croit avoir une compétence spontanée, même s’il n’a aucun oeil. Personnellement, je pense que l’on se forme à  ces choses. Vouloir entrer dans un rapport purement marchand, parfaitement capitaliste, comme celui des enchères, c’est méconnaître que les oeuvres requièrent que l’on accède à  elles, avec une initiation qui se gagne et se mérite.”

Entretien avec Pierre Huber.
Jacques Magnol. 29 avril 2008.

Voir: FENG Zhengjie, Magic Woman. jusqu’au 10 mai 2008. Art & Public . Cabinet PH

Commentaire.
En vingt-quatre ans, depuis ses débuts dans son restaurant-galerie L’Escapade à  Cartigny où il présentait des artistes genevois (l’époque de Heinz Schwarz par exemple), la création de la galerie Pierre Huber en 1984, puis sa nomination au comité de la foire de Bâle “Art” en 1990 et la création de la foire ShContemporary à  Shanghai en 2006, Pierre Huber s’est fait une place enviable et enviée de galeriste sur la scène internationale. Un temps conseiller municipal libéral, 2000, on le voyait mal arrêter de sillonner le monde à  la quête de nouvelles aventures artistiques et commerciales pour se limiter à  l’animation d’un musée local.
Récemment, les démêlés avec ses partenaires ont alimenté les colonnes pipoles; en bref le marchand aurait créé la foire de Shanghai sans oublier de faire sa propre promotion, des reproches que relaient ses détracteurs à  la foire de Bâle, une foire auparavant organisée par les galeries et maintenant sous la férule d’organisateurs; en bref, un marchand qui fait habilement son travail de marchand suscite la jalousie! Mais que dire alors de ces directeurs de musées indécemment subventionnés qui font partie de tant de commissions d’achat?
L’élément phare qui alimente la polémique reste la dispersion volontaire de sa collection pour près de 17 millions en 2007 à  New York par une maison de ventes aux enchères lors de laquelle toutes les pièces n’ont pas atteint le prix de leur cote officielle. On imagine les réactions dans le microcosme local quand les oeuvres d’un artiste, genevois par exemple, n’atteint dans une vente spécialisée que le cinquième de son prix en galerie ! Avant de disperser sa collection, Pierre Huber avait vainement tenté de la déposer dans une institution de Suisse romande.
Le galeriste a aussi tenu une place importante dans le comité de l’AMAM afin de préparer l’ouverture du futur musée d’art moderne et contemporain en 1994. Plus récemment, en 2000, son soutien s’est révélé primordial lors de la création par l’auteur de ces lignes sous l’égide du MAMCO, en 2000, de la dynamique du Quartier des Bains, soit les efforts des institutions et des galeries actives dans le quartier de Plainpalais dans le but de projeter en Suisse et à l’étranger l’image d’une ville particulièrement active sur la scène de l’art contemporain.
Jacques Magnol

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