Pierre Huber, acteur incontournable du marché de l’art contemporain chinois

Chen Zhen. “Game Table (Shanghai)” , 1996-1997. Bois, pots de chambres, 120.000 pièces chinoises et coréennes. 500 x 360 x 120 cm.

Est-ce à partir de ce moment que vous avez décidé de consacrer l’essentiel de vos efforts de galeriste et de collectionneur à l’art contemporain en Chine ?

« Dès 1994, je me suis impliqué plus fortement, d’abord à Huangzou avec Zhang Peili, un professeur enseignant dans cette académie. Je trouvais qu’il fallait que je m’investisse pour aider les étudiants à évoluer dans leur travail en devenant plus créatifs. J’ai donc proposé de créer une classe spéciale consacrée aux nouveaux médias. Cela n’a pas intéressé immédiatement les étudiants et ce n’est que plus tard, en 2007, que Zhang Peili me rappela pour m’annoncer qu’il avait mis en place toutes les structures pour aller dans le sens des idées discutées à l’époque. Un bâtiment spécial a été créé avec mon soutien pour abriter le département des New Media et New Technology à Hangzhou.
Parallèlement, j’ai voyagé intensivement en Asie pour découvrir des ateliers d’artistes et rencontrer des collectionneurs et des responsables culturels dans l’optique de créer la foire internationale de Shanghai : SH Contemporary. L’ouverture de la foire en 2007 a marqué une étape importante pour l’insertion de la Chine sur le marché international. Pour moi, après les années 80 avec New York, ces années font partie de la marche de la mondialisation dans l’art. En 2013, l’Académie des Arts de Jingdezhen m’a décerné le titre de docteur honoris causa en reconnaissance du travail et du soutien apporté aux artistes et aux étudiants. En 2014, j’ai remis pour la première fois le Prix OCAT-Pierre Huber dont la sélection était effectuée par un jury international – Carolyn Christov-Bakargiev, Rudolf Frieling, Yuko Hasegawa, Ute Meta Bauer et Zhang Ga – et l’attribution d’une bourse d’étude.

Il est intéressant que c’est seulement en en mai 2017 que le Chicago Art Center, un des musées d’art contemporain parmi les plus importants aux États Unis, présenta la premier rétrospective importante d’un artiste Chinois en Amérique avec Zhang Peili, l’artiste vidéo que j’avais découvert à la fin des années 80, réalisant la première grande exposition d’un artiste conceptuel qui n’était pas promu par le marché.»

Uli Sigg, Fang Lijun, Pierre Huber, Robert Gomez-Godoy. Biennale de Venise 2015. Photo Art & Public.

Qui d’autre s’intéressait à l’art contemporain chinois à cette époque ?

« En Chine, durant les années 80, la situation des artistes était précaire vu l’absence totale de marché. L’art contemporain chinois était pratiquement inexistant sur la scène contemporaine mondiale car il était considéré comme inintéressant. En 1990, la seule galerie commerciale se trouvait dans le quartier de l’académie des Beaux-arts de Pékin, elle était créée dirigée par un hollandais du nom de Van Dijk. À la même époque, Uli Sigg, l’ambassadeur de Suisse en Chine, achetait des quantités considérables d’œuvres dans les ateliers d’artistes pour les envoyer en Suisse. Sa collection, doublée d’un aspect ethnographique, est maintenant le reflet de l‘art contemporain chinois avant l’ouverture du pays à la mondialisation. L’ensemble constituera le cœur du musée M+ (œuvre d’Herzog et de Meuron) récemment ouvert à Hong Kong. A l’époque, il n’existait pratiquement
 pas d’autre client pour les artistes à l’exception du collectionneur chinois Guan Yi. Cet héritier d’un empire industriel et pharmaceutique chinois s’était lancé dans la constitution d’une collection qui est aujourd’hui la plus importante d’art contemporain chinois au monde car il était convaincu de l’incapacité des institutions publiques chinoises à préserver l’art contemporain du pays. Il faut aussi citer les Ullens, un couple de collectionneurs belges qui a constitué une collection de 1500 œuvres d’artistes contemporains chinois issus de trois
 générations d’artistes.

Ma collection reflète mon goût personnel pour la recherche et l’histoire de la mondialisation. Elle témoigne de mon intérêt pour les recherches des artistes chinois, entre autres, que j’ai fréquentés et dont j’ai pu acquérir les travaux selon mes moyens. C’est un carnet de voyage témoin d’une époque particulière, celle du développement de la mondialisation.  une façon de participez à cette évolution dans la marche d’une époque de l’arrivé de la mondialisation .
Je le prends comme des archives de mon propre développement. Je vois cette collection comme un ensemble représentatif de la création contemporaine en Chine depuis les années 1980 et le début de la mondialisation. »

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