Passage de témoin dans le quartier des Bains

La galeriste Laurence Bernard reprend l’espace de Pierre Huber dans la rue des Bains à Genève.

Le 1er juillet, Pierre Huber a transmis son espace de la rue des Bains à Laurence Bernard, une jeune galeriste installée à Genève puis trois ans.

L’espace de la galerie Art & Public, situé face au Bâtiment qui abrite les plus importantes institutions d’art contemporain, ne manquait pas de prétendants à la reprise. Avant de s’installer au Portugal, Pierre Huber souhaitait le transmettre à une personnalité désireuse de poursuivre une activité dans l’esprit qui l’a animé durant près de quarante ans, c’est à dire éprise de découvertes et d’intérêt pour les dernières générations d’artistes. Il s’est entendu avec Laurence Bernard.

« A mon avis, dit-il, Laurence Bernard partage cette vision, et elle le prouve depuis trois ans à Genève où elle effectue un travail sérieux et professionnel dans le contexte difficile d’un marché en pleine mutation. La fidélité de Laurence à une certaine tradition est un atout important dans une ville  comme Genève où le soutien des institutions aux structures privées est quasiment inexistant. Si le patrimoine bâti est remarquablement protégé, il nous manque depuis toujours une vraie politique en matière de collections muséales à la hauteur de la réputation internationale de Genève. Malgré cela, des collectionneurs passionnés soutiennent les galeries d’art contemporain, j’ai eu l’occasion d’en guider de nombreux dans la constitution d’une collection. C’est heureux que la tradition se perpétue. Laurence Bernard agit maintenant dans le même sens avec la nouvelle génération d’amateurs et de collectionneurs. »

Pierre Huber va désormais se consacrer à sa « Villa Rafaela », une propriété à visée muséale située dans le village historique d’Azehnas de Mar. Là, il prend en ce moment du plaisir à gérer sa collection et retrouver des œuvres jamais revues depuis leur exposition ou leur acquisition. « Chacune d’elle, ajoute le collectionneur, représente une relation personnelle avec un artiste, un engagement personnel et une évolution intellectuelle. Aujourd’hui, c’est un plaisir de les voir ainsi intégrées dans mon cadre quotidien, de les regarder en même temps que de me poser des questions sur le sens de leur présence dans cette collection, tout en réfléchissant à l’avenir de cette Villa Rafaela que je définis comme la maison de l’épicurien. »

Pierre Huber – Villa Rafaela, Azehnas del mar. Portugal. Au premier plan : oeuvres de Fabrice Gygi, à gauche wall painting de Paul Morrisson.

Depuis l’ouverture de sa première galerie dans le village de Cartigny au début des années 1980, le galeriste et marchand s’est taillé une place enviée sur le marché de l’art. A Genève, Pierre Huber a tenu une place importante dans le comité de l’AMAM pour préparer l’ouverture du futur musée d’art moderne et contemporain en 1994, puis, en 2000, son soutien s’est révélé primordial lors de la création de la dynamique du Quartier des Bains sous l’impulsion du MAMCO. Nommé au comité de la foire de Bâle “Art” en 1990, puis créateur et directeur artistique de la foire Sh Contemporary à Shanghai en 2006, cette activité internationale s’est reflétée dans son espace genevois avec nombre d’expositions d’artistes alors peu connus. Ainsi de Cindy Sherman, On Kawara, Paul McCarthy, Mike Kelley, John McCracken, John Chamberlain, Christopher Wool, Albert Oehlen, les minimalistes, les Chinois et les Indiens que personne en Occident, selon lui, ne voulait montrer. Citons aussi Jörg Immendorff,  Yan Pei-Ming, Nan Goldin, Louise Lawler, Sol LeWitt, Robert Mapplethorpe, Richard Tuttle, Steven Parrino, Franz West, ainsi que les Genevois John Armleder et Sylvie Fleury dont il a assuré une partie importante de leur succès professionnel hors de leurs pays respectifs.

Lors de l’édition 2017 du salon artgenève, Laurence Bernard a dédié un Solo show à Caroline Corbasson et réalisé un Group show de tous ses artistes dans l’espace adjacent. Photo GenèveActive.

Laurence Bernard vient de la production cinématographique et son attrait pour l’art contemporain s’est révélé lors de sa découverte du Land Art avec d’artistes tels James Turrell ou Robert Morris. Installée à Genève depuis trois ans, elle s’est fait rapidement une place parmi les galeries genevoises en montrant des artistes contemporains suisses et internationaux. Sa programmation se concentre sur les liens entre l’art et l’architecture et axe ses recherches sur le travail conceptuel des artistes – détournement d’objets, vidéo, performances, photographies, dessins et sculptures.
La galeriste est en voie de constituer une famille d’artistes qui ont en commun la motivation de repousser les frontières et de partager des valeurs liées au bien commun comme le respect de la nature et de l’environnement. Concrètement, c’est un ensemble important d’hommes et de femmes artistes représentatifs de la création actuelle qui est dans le programme de la galerie : Marion Baruch, Les Frères Chapuisat, Caroline Corbasson, Karim Forlin, Séverine Hubard, Jan Kopp, Angelika Markul, Bertrand Planes, Koka Ramishvili, Marion Tampon-Lajarriette, Stéphane Thidet, Bernard Voïta, Peter Regli et Didier Vermeiren.

Avec l’arrivée de Lionel Bovier à la direction du MAMCO l’an passé, Andrea Bellini est au Centre d’art contemporain depuis 2012, le passage de témoin entre les deux galeristes signale l’arrivée aux commandes d’une nouvelle génération sur la scène genevoise de l’art contemporain. Ainsi que Pierre Huber le remarque plus haut dans cet article, le marché en pleine mutation crée une situation difficile pour tous les acteurs désormais confrontés à la nécessaire présence simultanée dans leur galerie et dans des foires toujours plus onéreuses, l’adaptation au marché en ligne, le climat de spéculation qui fausse la donne et la concurrence des sociétés de ventes aux enchères pour le deuxième marché. Plusieurs galeries ont récemment fermé leurs portes : Bernard Ceysson, Marc Jancou, Saks, Edward Mitterrand, Marc Blondeau se consacre désormais aux seuls métiers d’expertise et de conseil, tandis que d’autres montent en puissance ou s’installent, ainsi de Laurence Bernard, Mezzanin – Karin Handlbauer, Ribordy, Truth & Consequences – Paul-Aymar Mourgue d’Algue, Xippas avec Pierre Geneston, puis Olivier Varenne qui devrait reprendre l’ancien espace de Laurence Bernard à la rentrée de septembre. Le quartier devient toujours plus arty avec Tobias Milse qui ouvrira son atelier de couture-broderie artistique dans l’ancien espace Jancou, deux encadreurs, et aussi nombre de bars branchés. Autant d’acteurs qui font preuve d’optimisme.

Galerie Laurence Bernard. Rue des Vieux-Grenadiers 2, Genève.
Vernissage du nouvel espace Rue des Bains 35 le 14 septembre 2017.

Villa Rafaela. Avenida Luis Augusto Colares 34, Azenhas do Mar. Portugal.

Nuit des Bains : 14 septembre 2017.

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