À Annemasse, l’union béton et jardin vaut un prix de sculpture à Basile Dinbergs

Basile Dinbergs, Marelle, 2017. Prix Ducastel 2017 de la Ville d’Annemasse.

Le Prix Ducastel, sculpteur à qui la Ville d’Annemasse rend hommage, est remis tous les ans à un artiste intervenant dans le parc Fantasia durant le festival Musical’été, qui se déroule du 30 juin au 26 août.
Cette année grâce à un partenariat avec le Bureau des Interventions Publiques de la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève, Basile Dinbergs, étudiant en Master remporte ce prix avec Marelle, sculpture/allée de dalles de béton marquée de glyphes, pensée et réalisée pour le lieu.

A priori, ciment/béton et parc/jardin ne convoquent pas le même imaginaire, et pourtant. Grottes et nymphées rocailles faites d’éponges, coquilles et minéraux pris dans du mortier existent depuis l’antiquité. Fayences cassées coulées dans le ciment ornent en mosaïques les potagers ordinaires aussi bien que le parc Guëll de Gaudi ou le jardin des Tarots de Niki de Saint Phalle.

Faux troncs faisant banc et barrière, rocaille en ciment armé, miment la nature dans les grands parcs du XIXe siècle où de fausses pierres affleurent de l’eau pour traverser les ruisseaux à pied sec. Cubistes et architectes du renouveau du style français des années 1930, tout en rigueur géométrique, ont moulé le ciment en colonnes pour pergolas, en bordures et en pas japonais. Le jardinet du pavillon de Mon Oncle de Jacques Tati et les arbres en béton ou le jardin de la Villa Nouaille de Mallet Stevens marquent cette union entre béton et jardin.

Marelle, s’inscrit dans cette histoire à la fois populaire et savante autant qu’elle appelle l’imaginaire enfantin. Sans départ ni arrivée, sans ciel ni terre, mais cependant bornée, cette ligne faisant allée ne peut-être que chemin imaginaire d’aller-retour sans fin. Elle évoque les pavés d’or de la route du bonheur du Magicien d’Oz, les bordures de trottoir qui s’ouvre sur un précipice, les pierres sur lesquelles il faut sauter au moins une sur deux à pas de géant et sans en oublier une seule à pas de fourmis. Ce sera peut-être aussi là où s’asseoir pour ne pas tacher d’herbe une robe blanche d’été.
Ces dalles encrées au sol portent des marques en creux comme autant d’énigmes, code secret, hiéroglyphes qui ouvrent au jeu des déchiffrements sans solution et qui rappelleront aux habitués du Mamco la plaque de Matt Mullican (Untitled 1984) initialement faite pour un parc. Dans le même registre, même si c’est aller trop loin, comment ne pas penser aux sculptures au sol de Carl André et même à la ligne faite en marchant de Richard Long ?

Claude-Hubert Tatot

Depuis 2012, le Parc Fantasia accueille chaque été une création éphémère dans le cadre du « Prix Ducastel » proposé par la Ville. Voir l’historique sur le site de la Ville d’Annemasse.
En 2016, Basile Dinbergs a reçu le Prix de la Fondation Théodore Stravinski.

Festival Les Musical’été

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Publié dans art contemporain, arts, sculpture

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