L’intervention magique de Gianni Motti

Gianni Motti, La legge del triplo Ritorno, 2019. Performanceà artgenève 2019. Photos Jacques Magnol.

Les parois de la galerie andata/ritorno à la foire d’art artgenève sont blanches, apparemment vierges de toute œuvre matérielle ou intervention artistique. L’espace vide exerce un pouvoir qui s’étend au-delà de son apparence immédiate par la présence d’une plaque apposée à l’entrée pour annoncer, ou rappeler, la performance de Gianni Motti, La legge del triplo Ritorno (La loi du triple retour), lors de la soirée d’ouverture.

Mercredi 30 janvier, une foule compacte attend la performance de Gianni Motti au salon artgenève.

Ce 30 janvier, le bruit d’une performance à venir de Gianni Motti courut tout l’après-midi dans les allées d’artgenève. L’évocation d’une éventuelle présence de Gilets jaunes fournira la dernière touche de suspens, sinon d’inquiétude, propre à drainer à l’heure dite une foule compacte devant l’espace d’andata/ritorno. Il est 19h quand l’artiste s’élance pour maculer les parois d’un liquide bleu. Gianni Motti se retire alors, et l’action qui aura duré moins de deux minutes se poursuit imperceptiblement pendant que les traces de l’intervention disparaissent. Il s’agissait d’encre sympathique.

Le titre La legge del triplo Ritorno, la Loi du triple retour, fait une double référence à cette troisième exposition de l’artiste à andata/ritorno, en même temps qu’il évoque la fameuse Loi du triple choc en retour en magie noire qui revient à croire que ce que l’on fait lors d’un rituel de magie ou d’un acte énergétique vous revient trois fois. Dans le cadre de cette performance, le rite se développe sur les murs blancs suivant les trois étapes propres à la magie : apparition – disparition – réapparition.
Les visiteurs découvrent une exposition où il n’y a rien, seulement un cartel témoin d’un événement passé ou à venir qui laisse perplexe par sa non-visibilité, ce que l’on appelait dans les années 60 la dématérialisation de l’objet d’art. L’apparition suivie de sa quasi immédiate disparition suggère une accélération du temps dont la notion est omniprésente dans le travail de Gianni Motti.

Qu’y a-t-il à voir dans ce vide ? Beaucoup, en fait. On pense à Yves Klein dans un film d’archives saisissant l’artiste marchant dans une galerie vide, contemplant les murs nus comme s’il y avait vraiment quelque chose à voir. Ici, il y a à voir l’espace rempli de la sensibilité artistique de l’artiste. Au moment où l’on lit le cartel, une image s’imprime dans la tête.  L’artiste était présent, il a recouvert les parois, les signes ont disparu mais ils n’ont plus d’importance en tant que traces visibles, seule la pensée compte. Ce vide rappelle que l’art occupe une place relativement immatérielle dans le monde et qu’il prend finalement vie dans nos pensées et notre imagination, ainsi que dans les utilisations que nous en faisons.

 

Gianni Motti à l’issue de la performance La legge del triplo Ritorno.

 

Gianni Motti, La legge del triplo Ritorno, 2019. Seule, une plaque indique sur la paroi immaculée le titre de la performance. Photos Jacques Magnol.

 

A l’invitation de Gianni Motti des performers vêtus d’un gilet jaune ont investi l’espace d’une galerie après la performance.

Gianni Motti a réalisé pluseurs performances en utilisant de l’encre sympathique.
En 1986, lors de l’exposition Les immatériaux dont le philosophe Jean-François Lyotard était le commissaire, Gianni Motti a projeté de l’encre sympathique sur une paroi entre des oeuvres de Klein et de Manzoni. Le temps que des visiteurs alertent les gardiens les traces avaient disparu et ceux-ci ne purent constater aucune trace du délit. L’affaire fut monnayée avec un collectionneur présent fortuitement au moment du forfait, qui n’a pu acheter que le souvenir du geste en question, en l’absence du polaroid que l’artiste avait pris et qu’il refusait de lui délivrer.
En 2013, à Fri-Art, Fribourg, lors d’un soir de vernissage et au milieu de la visite guidée par le directeur du Centre, il projeta de l’encre sur les murs devant une assistance sous le choc car non avertie.

Dessins réalisés avec de l’encre invisible qui n’ont été visibles qu’un instant, avant de disparaitre. exposés notamment au Centre d’Art de Neuchâtel, au CCA Wattis Institute for Contemporary Arts, San Francisco, et à la Hayward Gallery. Image: Courtesy Galerie Perrotin.

Gianni Motti a participé à d’importantes expositions sur le thème de l’art invisible telles :
–  Invisible : Art about the Unseen 1957-2012, Hayward Gallery, Londres, 2012.
A Brief History of Invisible Art, CCA Wattis Institute, San Francisco, 2005.

V. Instagram

Gianni Motti – La legge del triplo Ritorno
Andata/Ritorno
artgenève – stand D15
30 janvier – 3 février 2019.

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