Frédéric Polier met en scène le viol comme arme politique et domestique

“Le Viol de Lucrèce”. Annina Haug (Lucrèce), Francesco Biamonte (Collatin) © Ludovic Roher

Au Théâtre du Grütli, Frédéric Polier a choisi Le viol de Lucrèce, thème du premier opéra de chambre de Britten, pour les possibilités théâtrales qu’ouvre un fait divers douloureux : le viol de Lucrèce par le fils du roi de Rome, en 509 av. J.-C.

Sans accroître l’impact du crime sous l’angle de la compassion de rigueur, l’homme de l’art choisit de parler du traumatisme en le mettant en scène. ” C’est le principe de résilience, précise-t-il, c’est aussi le principe du théâtre et de l’opéra. Au final, la rédemption comme la résilience invite Lucrèce à ne pas se laisser vaincre par le mal, à ne pas lui donner définitivement raison.

Hormis les évidentes qualités musicales de l’opéra de Britten, Frédéric Polier lui attribue “d’indéniables possibilités théâtrales qui ouvrent un questionnement profond et parfois douloureux. Une certaine naïveté des personnages qui permet l’identification et donc l’interrogation sur nos rôles de citoyens. Et plus particulièrement son accessibilité et son inscription dans l’actualité. Des comportements susceptibles de nous indigner et de nous révolter, un savant mélange de particulier et d’universel, d’intime et de social.
Nous vivons une période agitée par des sursauts révolutionnaires, des remises en question politico-économiques qui prennent des formes extrémistes, une perte de confiance dans des valeurs jusqu’ici établies. Même dans les pays admirés pour leur démocratie, on observe un désengagement des citoyens, alors que les violences dans la vie quotidienne sont en progression.
Benjamin Britten décrit métaphoriquement et parfois avec humour cette décomposition citoyenne, cette dégradation de notre éthique comme une mise en garde. C’est tout ceci et beaucoup d’autres choses qui restent à découvrir qui ont validé le choix de cette œuvre. ”

Le Viol de Lucrèce
Opéra de chambre de Benjamin Britten
Direction musicale Guillaume Berney
Mise en scène Frédéric Polier
Du 22 septembre au 7 octobre 2017 (relâche les 24, 25, 28.09 et 01, 02, 05.10) Création – Grande salle.
Théâtre du Grütli. Genève

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Publié dans musique, scènes, théâtre

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