Films de genre à Black Movie

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Why Don’t You Play in Hell ? Sono Sion.

Les cinématographies d’Asie ne manquent pas de souffle, d’inventivité et d’à-propos. 

Du long métrage d’horreur revisité à l’ère de la téléréalité (Sapi du Philippin Brillante Mendoza), de spectres malades et vampires semblant sortir d’une exposition en humanité mutante de Matthew Barney,  aux effets spéciaux low-fi (Rigor Mortis signé du hongkongais Juno Mak) et à un malicieux survitaminé hommage au cinéma super 8 et 35 mm ainsi qu’aux films de sabres avec flots sanguins grandguignolesques renvoyant Tarantino et Rodriguez au rang d’imitateurs (Why Don’t You Play in Hell ? ) sur fond d’affrontement entre triades, sans taire le polar glauque et codifié d’agents policiers infiltrés et de truand devenu balance (Drug War) : les cinématographies d’Asie ne manquent pas de souffle, d’inventivité et d’à-propos.

 

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Why Don’t You Play in Hell ? Sono Sion.

 

Coke en stock

Depuis The Mission (1999) et Full Time Killer (2000), le cinéaste hongkongais stakhanoviste Johnnie To s’est fait connaître parfois davantage que ses compatriotes Tsui Hark et Ringo Lam. Sa marque de fabrique se tisse de scènes réglées comme un mouvement d’horlogerie avec des escapades irréelles, burlesques et non sensiques, où la facture géométrique et le déroulement un brin mécanique du scénario dictent récits et trajectoires. L’intériorité des personnages est souvent délaissée pour un recyclage parfois plus roublard que virtuose et inventif des figures amirales du film de genres, parmi lesquelles les films de gangsters, triades et autres infiltrés, agents doubles en immersion pour lesquels To a acquis une notoriété. Jusqu’à l’improbable Vengeance (2009) avec Johnny Hallyday en roue libre, momifié et maintenu en vie sous dialyse d’un script davantage malin que consistant et éternisé sous les traits botoxés-plissés d’un parrain largué à bout de souffle remplaçant Alain Delon sur le tard. Il y eut aussi une déroutante incursion dans l’univers de la finance en pleine tourmente économique (Life Without Principle) entre drame et comédie absurde avec une vues en coupe des conséquences de la crise à plusieurs étages de la société.

“Si Johnnie To est essentiellement connu en Europe pour ses thrillers, il a déjà réalisé cinquante-neuf long-métrages. En 1980, son premier film d’arts martiaux s’est soldé par un échec retentissant qui l’a éloigné du cinéma six ans durant. Revenu aux affaires en 1986, il tourne alors à la chaîne une série de comédies typiquement hongkongaises destinées exclusivement au réseau commercial à l’instar des réalisations de Chow Yun-Fat, Stephen Chow et John Woo. Ce n’est qu’en 1988, date de la rétrocession par la Grande-Bretagne de la mégalopole à la Chine qu’il débute la réalisation de polars qui assureront sa notoriété internationale : The Mission, PTU, Election 1 & 2. A l’issue de Vengeance, l’homme affirma avoir fait le tour des polars, tout en initiant une carrière en Chine, tentant de s’y imposer au fil de comédies romantiques”, souligne Bastian Meiresonne, spécialiste des cinématographies d’Asie.

 

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Drug War.

 

“Sous la pression notamment de financiers européens, il fait retour au genre policier notamment avec Drug Wars. Pour son premier thriller tourné en Chine, le cinéaste repousse les limites de ce qui était possible de montrer à l’écran dans ce pays. Jusqu’à une date récente, on n’y trouvait ainsi pas d’armes à feu au cinéma, encore moins de fusillades. D’un point de vue gouvernemental, il n’existe pas de trafiquants de drogues en Chine ni de possibilités de dévoiler sur grand écran des policiers tués dans leurs fonctions, ce que To fait abondamment dans son film. ” Fort de l’accord officiel du Bureau de la censure chinois, le réalisateur a pu tourner une véritable histoire de narcotrafiquants ponctuée de nombreux morts avec notamment une scène d’anthologie : un affrontement rituel avec prises de cocaïne en lignes remplaçant le traditionnel duel à la roulette russe. “C’est dans l’écriture du scénario et notamment son terme, que le cinéaste a du se plier à certaines limites, en punissant les méchants, ce qui n’était pas son scénario original, relève encore Bastian Meiresonne. Du point de vue de la mise en scène, il joue ici de manière singulière et inédite avec l’espace géographique étendu, la couleur de l’image pour moduler  la matité de la dimension industrielle et le délitement de certaines structures. Le dynamisme de l’ensemble vient du fait que tout le film n’est pas de sa patte, car Sony Chan (Dog by dog, Accident) en a tourné plusieurs scènes mythiques dont celle de l’entrepôt avec un duo de tueurs à gage sourds et muets.”

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