Angoisses et espoirs des artistes contemporains chinois – Exposition

“Proverbes Chinois”, au premier plan : WEN Fang, “Colocataire”, 2008, installation; en haut à gauche : WEN Fang, “Voice of the light”, 2013, installation (détail), sur le mur : Han Lei “Photo portrait”, 2005. Photos J.M.

L’exposition “Proverbes Chinois” permet d’aborder les œuvres d’artistes contemporains chinois qui traduisent les préoccupations d’une époque et le contexte culturel particulier d’un pays qui a connu de profonds bouleversements. L’installation particulièrement réussie permet de visualiser et comprendre la variété de la scène artistique contemporaine en Chine. À voir dans l’espace indépendant Espace témoin, situé près du bâtiment du Mamco et du Centre d’art contemporain.

ZHANG Peili, “Last Words”, 2003, vidéo, 5’27”. Considéré comme le premier artiste chinois à travailler avec la vidéo, Zhang Peili manipule la perspective, les gros plans et l’encadrement pour créer des enregistrements étonnants d’actions banales et répétées, comme briser du verre, lire, se laver, se raser, faire des bulles de chewing-gum, etc. Ce pionnier a expérimenté l’usage de la vidéo à la fin des années 1980, puis exploré des formats numériques au début des années 2000. Aujourd’hui, il développe des scènes immersives à grande échelle.

Li Ningchun, curatrice de « Proverbes Chinois », a sélectionné des travaux d’artistes – Chen Shaoxiong, Han Lei, Li Xiaofei, Wen Fang et Zhang Peili – qui vivent actuellement en Chine et s’expriment au moyen de différents médias tels la vidéo, la photographie ou l’installation. L’ensemble des travaux est le produit très particulier et engagé d’artistes, nés entre 1950 et 1980, qui ont vécu la révolution culturelle, la réforme, puis l’ouverture, la restructuration économique et le mouvement de la nouvelle urbanisation de leur pays. En contact avec les développements politiques, économiques, culturels et sociaux des dernières décennies, ils proposent une réflexion sur ces bouleversements par l’intermédiaire de leur propre pratique artistique. Parmi eux, il faut relever la présence de Zhang Peili considéré comme le « père » de l’art vidéo en Chine.

Le parcours lié à la vidéo de Li Ningchun explique la présence de trois vidéastes parmi les cinq artistes présentés. L’art vidéo a ceci de particulier qu’il permet d’exprimer une pensée dans la durée. Qu’elles soient d’animation ou filmée, ces vidéos permettent d’explorer et ressentir la réalité que ces artistes proposent de partager. Il en résulte ici des œuvres profondes, imprégnées à la fois d’une force rebelle et d’un sens de l’absurde transmis dans des gestes finalement poétiques.

WEN Fang, “Three kinds of Women”, 86 x 93 x 86 mm. WEN Fang s’est fait un nom avec son approche à l’opposé de la photographie traditionnelle et son art unique de l’installation. Son travail photographique se trouve sur des briques, des couteaux, des pupitres et même des cheveux. Dans ses travaux elle documente sa culture indigène, ses croyances bouddhistes, et explore souvent la vie de certaines des personnes parmi les moins représentées de son pays.

 

CHEN Shaoxiong. “Ink media”, 2011 – 2013. Vidéo (N&B, son), 3’45”. Chen Shaoxiong est l’un des artistes les plus talentueux de la Chine des dernières décennies, il a participé à l’art underground et à l’art expérimental à Guangzhou au milieu des années 1980. Depuis la fin des années 1990, Chen a travaillé différents mediums, y compris la vidéo, l’installation, le montage photo, la peinture, la performance et l’action collective. Ses pièces se concentrent sur les grands défis auxquels est confrontée la société chinoise en raison de la mondialisation. Décédé en 2016, Chen Shaoxiong invitait souvent les membres du public à participer à certaines de ses œuvres et partager des souvenirs et des idéaux collectifs liés aux changements urbains et sociaux.

 

LI Xiaofei, “Sofa”, 2017, vidéo. Sofa est une série d’œuvres en cours, initiée en 2010 par Li Xiaofei. Cette pratique est liée au processus de changement social non seulement en Chine mais à l’échelle mondiale. Selon Li Xiaofei, la chaîne de montage est un mode de production qui correspond à l’objectif capitaliste: c’est un processus répétitif, cohérent, mécanique et dépourvu d’émotion. Très efficace il peut développer rapidement le volume de production pour générer un profit maximal. Ce type de répétition et de cohérence ne fait pas seulement référence à la machine, mais aussi aux personnes intermédiaires et finalement aux produits eux-mêmes.

En Chine, les années 1980 seront marquées par la politique d’ouverture du pays initiée par Deng Xiaoping après la mort de Mao Zedong. Les réformes entreprises par le nouveau leader transforment le pays et permettent aux artistes chinois de rompre avec les critères esthétiques du réalisme-socialiste imposé sous l’ère du Grand Timonier de 1949 à 1976.

Suivront dix ans placés sous le sceau d’un avant-gardisme auto-proclamé par des mouvements comme le groupe Xiamen Dada et le mouvement de la peinture rationnelle. Le désenchantement suivra en juin 1989 avec la répression consécutive aux événements de Tien’anmen, événements à l’origine d’une nouvelle rupture avec des mouvements qui ne cesseront de témoigner de la désillusion, de l’angoisse et du désir de rébellion de la jeunesse chinoise.

HAN Lei, “Pan jinlian of Chisha Town, 13 civil fictional ways of punishment”, 2005. Han Lei est considéré comme un des pionniers de la photographie chinoise après la Révolution culturelle. À la fin des années 1980, Han a documenté la vie dans son village de Kaifeng, dans le Henan, puis il a développé une pratique artistique expansive et complexe travaillant avec divers médiums, y compris la sculpture, l’installation et la peinture. Han reste tout d’abord un photographe, il est connu pour une création élaborée et la faible saturation de ses images.

Le centre de gravité économique mondial se déplace désormais progressivement vers l’Asie et la présence des artistes asiatiques dans les expositions internationales se fait, depuis le début des années 1990, de plus en plus forte. Les expositions d’artistes chinois sont encore rares à Genève, d’où l’intérêt de voir les travaux de Chen Shaoxiong, Han Lei, Li Xiaofei, Wen Fang et Zhang Peili.

Jacques Magnol

Proverbes Chinois
Une proposition de Li Ningchun. Commissaire d’exposition et productrice de projets artistiques et culturels, Li Ningchun vit et travaille entre Shanghai et Genève.
Avec Chen Shaoxiong, Han Lei, Li Xiaofei, Wen Fang and Zhang Peili.
Production March Art.  Lors d’une prochaine étape, Li Ningchun présentera à Shanghaï une sélection de vidéos d’artistes suisses en collaboration avec le FMAC.

Du 31 août au 16 septembre 2017.
GUS – Espace Témoin, 203s, 2e supérieur, 10 rue des Vieux-Grenadiers. Genève.

Une projection de vidéos d’artistes chinois aura lieu au Cinéma Dynamo du Centre d’Art Contemporain Genève en 2018.

Difficile à trouver dans le dédale des bâtiments de l’ex-SIP, l’espace d’exposition se situe dans l’immeuble au fond de la ruelle qui fait face à l’entrée du MAMCO, , au deuxième étage.

 

Tagués avec : , ,
Publié dans art contemporain, arts

GenèveActive, plateforme culturelle indépendante active depuis plus de dix ans, dépend du soutien des entreprises culturelles et de ses lecteurs pour développer son activité de médiation et répondre aux attentes croissantes des acteurs culturels. Soutenir financièrement l’association de soutien, reconnue d’utilité publique.

Copyright

© 2005-2018. Tous droits de reproduction et de diffusion réservés. Aucun type de reproduction autorisé sans accord préalable. Association Observatoire culturel. Les opinions exprimées dans les articles n’engagent que leurs auteurs.