Zone naturelle protégée – Gregory Bourrilly expose au Palais de l’Athénée

Gregory Bourrilly. Peintures à l’huile sur toile, pigments, paillettes. 2020-2021. Photo Jacques Magnol.

Alors que la notion d’appropriation culturelle suscite débats et controverses, Gregory Bourrilly accroche à l’entrée de la salle Crosnier quatre étuis péniens. Si ceux des Bororos étudiés par Levi-Strauss étaient bien ornés de plumes, ils n’étaient ni d’autruche ni de faisan.

Gregory Bourrilly, “jachère”m ganivelle, poteau, semences de prairie fleurie, 2020. “one day after”, néon en verre de Murano jaune, bleu. Photo J. Magnol.

C’est dans la boite à chapeau de grand-maman que l’artiste a trouvé de quoi faire ses trucs. C’est aussi avec des fonds de tiroirs, coquillages, plaque de muselet de bouteille de champagne, paille en plastique à rayure orange, boule à thé, tige de bouchon de pêche, perles en verre, broderies anciennes et des paillettes. Un étui de Callipo Cola, glace à sucer, côtoie un thermomètre médical au mercure, du papier d’aluminium fait irruption et se dresse fragile, deux chardons séchés se font pendant, un nez de clown fait gland. C’est bricolé, presque enfantin en un mélange grinçant un peu désagréable, politiquement peu correct et plein d’humour. Ces étuis ne se portent pas plus que la tasse fourrure de Meret Oppenheim n’est faite pour boire le thé. Ils sont comme les masques de Venise à suspendre mais d’un précieux fait de peu, d’une composition précise qui en fait la grâce, S’ils se portaient ce serait pour l’apparat, pour initiés du carnaval de Sitges.

Gregory Bourrilly, “underwear”, étui pénien été, collage sur céramique à froid. 2021. Photo Claude-Hubert Tatot.

Bourrilly fait aussi travailler des enfants, artistes en herbe, et l’on sait combien l’enfance de l’art et l’art des enfants est discutable, ces bambins ont pour mission de verdir la rue qui borde le palais qui reçoit l’exposition. Feutres verts et autocollants sont appliqués sur l’image en noir et blanc de l’Athénée. Ces planches coloriées sont éditées dans une plaquette dont le titre, Yakataka, consonne avec les injonctions du « il faudrait faire », mais aussi avec de vagues onomatopées pseudo asiatiques de blagues de Carambar.

La peinture est littéralement à la truelle et à la spatule de plâtrier pour de très gros empâtements pour de très petits formats qui sont alignés face à de plus grandes toiles accrochées comme au Salon XIXe. Leurs compostions plus fluides, disco pailletée les apparentent – mais en plus petits tout de même – à certaines toiles de Malaval ou d’Armleder. Ces jeux de couleur, de matière jusqu’à plisser et draper la toile renvoient à toutes les recherches de la modernité comme à celles de l’artiste dans nombre de ses céramiques.
Celles qu’il présente ici en dessus de cheminée et dans le foyer sont d’un noir intense et mat produit d’un enfumage à la cuisson. L’illusion de charbon de bois, issu de la fumée donc, est renforcée par un éclairage vacillant. Fausse bûche en multiple par Armleder, goût de Duchamp pour les flammes qui dansent et lanterne de l’étant donné projettent là leurs ombres portées.

Gregory Bourrilly, “chim, chimney; chim, chimney; chim, chim, cher-ee”, céramiques enfumées sur cheminée, 2021. Photo Claude-Hubert Tatot.

Pour le reste Bourrilly laisse la grande pièce en jachère. Il en ferme l’accès par une clôture en piquets de bois ne laissant qu’un passage et sème de la prairie fleurie sur le parquet. Dans un angle tout en haut comme les enfants dessinent un soleil au coin de la feuille Bourrilly installe un néon de formes abstraites, symbole pseudo égyptien antique fait de trois formes imbriquées, bleu, jaune, rouge : les trois couleurs primaires.

Zone naturelle protégée,
Gregory Bourrilly,
Salle Crosnier
Palais de l’Athénée
Genève
Jusqu’au samedi 4 décembre 2021

Rencontre avec l’artiste 
Jeudi 18 novembre 2021 à 18h00.

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Publié dans art contemporain, arts, expositions