Sur le toit de Saint-Gervais, “Stations Urbaines” confronte la ville aux jeux de pouvoir vus par Elfriede Jelinek.

Montage photo, la cabine sur le toit vue de la rue des Terreaux du Temple. Architectes Sylvie Kleiber et Claire Peverelli.
La construction qui est en cours sur le toit du théâtre de Saint-Gervais n’est pas le fruit de la récente décision politique de surélever les immeubles genevois, il s’agit du dispositif destiné à  abriter une audacieuse performance de Maya Bà¶sch qui sort ainsi du modèle théâtral. Production de la Cie sturmfrei, de Genève, Stations urbaines est un processus de travail qui se développera sur deux ans et investira quatre espaces de représentation.
Le texte de Jelinek traite de tous les aspects fascisants de la vie et des relations humaines minées par les volontés de pouvoir. Le dispositif en cours d’installation sur le toit du théâtre de Saint-Gervais sort du modèle théâtral, il permettra au spectateur de de se confronter simultanément au texte lu par des acteurs et à  la ville.

Écouter la présentation par Maya Bà¶sch sur le toit de Saint-Gervais par un jour de grand vent. (vidéo. 7:40).

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Ein Sportstück est une pièce de théâtre. L’action de la pièce est presque exclusivement concentrée sur le dire, la parole, le mot, la ponctuation. La parole ne cesse jamais. La seule action physique commentée de manière laconique, est la série de coups de pieds qu’encaisse un homme, lui aussi bavard, qui lentement y succombera.

Le travail avec l’acteur pose un vrai défi : comment dire des mots sans chercher à  communiquer ? Comment remplacer les mots par des actes ? (…) L’acteur se positionne par rapport au texte et par rapport au travail. Il créé ainsi une manière d’extérioriser sa propre expérience et signification. Jelinek dit : « les acteurs doivent montrer leur travail. Ils doivent dire ce qui se passe, mais qu’on ne prétend jamais qu’ils se passent en eux autre chose qu’on pourrait indirectement lire sur leurs visages et sur leurs corps ! ». Dans ces écritures, Jelinek provoque et défie directement l’acteur. L’acteur empoigne le texte, lui donne corps et donne à  voir la langue.

Le travail d’enregistrement consiste à  récolter différents rythmes et matières de langue pour créer une sonorité contrastée, pleine et physique (le rap, les sons, nuances dans les volumes et qualités d’énonciation, le chant, etc.).
La pensée de Jelinek s’articule et se tisse autour de ces matières artificielles, notamment le rap, le sermon, le chant de tête et différents sons physiques-organiques. On percevra également les modulations de voix, d’expressions et d’énonciation des acteurs, ainsi que les gradations dans les volumes, les matériaux sonores et quêtes expérimentés tout au long du processus de travail. Le but est de rendre à  l’enregistrement sa dimension physique, qu’il (r)éveille le spectateur, le contamine et le rende aussi physique que l’acteur. Cette étape de répétition entraîne l’acteur physiquement, vocalement, et intellectuellement, jusqu’à  ce qu’il parvienne à  actionner la pensée comme un réflexe, un automatisme évident. Le spectateur entend les voix, mais ne voit pas les visages ; les acteurs doivent donc articuler ou axer l’expression de la langue, diriger la pensée. Le défi lancé : comment empoigner la langue ? m’intéresse particulièrement et devient l’enjeu esthétique principal et nécessaire pour faire résonner le lieu de la parole, de l’articulation et de la pensée”. Maya Bà¶sch.

“Le toit du bâtiment de St.Gervais Genève : le spectateur, perché sur le toit du bâtiment, fait face à  la ville. Il est installé dans mie « cabine », espace définissant le cadre perceptif et espace-réceptacle de l’expérience. Il s’agit du socle le plus élevé du toit, le point culminant qui prolonge l’axe de l’ascenseur. Le spectateur entend et reçoit l’intégralité du texte par l’intermédiaire de différents casques d’écoute et par le biais d’un système novateur : le contre-zapping : un système qui permet au spectateur de zapper exclusivement en arrière. Retournement et répétition. Il peut choisir le morceau qu’il désire entendre une deuxième fois. L’espace est lui-même sonorisé, habité d’une seconde nappe sonore qui englobe, contient et conditionne le spectateur : stations urbaines projet #1 est une installation pour voir à  haute voix. Ce dispositif examine les relations variables entre la pièce et la ville, entre la dynamique du dire et le défilement du paysage, entre la contrainte de la cabine et la liberté du regard du spectateur, entre montage et composition, entre proximité/intimité et ouverture/horizon.” Maya Bà¶sch.

Stations urbaines – Elfriede Jelinek/Maya Bà¶sch- cie sturmfrei – Genève.

Théâtre Saint-Gervais Genève – toit.

Dès le dimanche 2 septembre.

Publié dans société, théâtre
Un commentaire pour “Sur le toit de Saint-Gervais, “Stations Urbaines” confronte la ville aux jeux de pouvoir vus par Elfriede Jelinek.
  1. ivar dit :

    Grüezi!

    It seems that « Stations Urbaines » is a very different project from the traditional theater. It reminds me of expanded cinema (named by Gene Youngblood in 1970) or post-cinema. « Stations Urbaines »#1 sounds like a « théâtre exposé» in comparing with Chantal Akerman’s installation at Documenta de Kassel (2002).

    Is this a kind of feminine psycho-geographic searching ? a visceral feminism in the Elfriede Jelinek style ? I look forward to seeing & listening « Stations Urbaines » !

    Maya’s speaking is always very energic, and it’s very good to be contrast with the quiet view of Geneva !

2 Pings/Trackbacks pour "Sur le toit de Saint-Gervais, “Stations Urbaines” confronte la ville aux jeux de pouvoir vus par Elfriede Jelinek."
  1. […] One is « Stations Urbaines » by Maya Bà¶sch, a piece of theater but being out the can of theater hall. It seems that « Stations Urbaines » is a very different project from the traditional theater. It reminds me of expanded cinema (named by Gene Youngblood in 1970) or post-cinema. « Stations Urbaines »#1 sounds like a « théâtre exposé» in comparing with Chantal Akerman’s installation at Documenta de Kassel (2002). […]

  2. […] représentation sur l’historicité (Les Perses, 7 contre Thèbes, etc.), texte-performance (Stations Urbaines), et l’interrogation continue du rôle de l’acteur, du spectateur. La salle […]

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