Sous la peau de Scarlett Johansson

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Incarnée par une Scarlett Johansson partagée entre sidération et hébétude, tendresse séductrice, détermination létale et peur primale, une alien se révèle tantôt prédatrice et bientôt compassionnelle pour ses victimes. On devine dans Under the Skin, film tour à tour fantastique et réaliste, abstrait et plasticien que la créature qui venait d’ailleurs est envoyée sur terre pour récolter des peaux humaines. Elles serviront de « costumes » à d’autres extraterrestres.

Under the skin (Sous la peau) voit, dans l’une de ses premières scènes, une femme fatale neurasthénique semblant balbutier son humanité, revêtir les oripeaux cheap et archétypaux d’une possible prostituée prolétarienne. Soit les vêtements d’une autre femme qu’a trouvés un motard pour elle. Laura est un xénomorphe (ou forme vivante non répertoriée) ayant aussi enfilé une peau humaine comme on le ferait d’un vêtement incarné. Au hasard des rues, elle attire ses proies, des déclassés de la cité écossaise de Glasgow dans une camionnette, pour les conduire au cœur d’une villa miteuse en banlieue. Ils sont supposés être filmés par de minuscules caméras embarquées à leur insu, comme le bande-annonce les notes dramaturgiques du film. Au final, un effet de réel incertain au vu du fait que ces hommes se dénudent ensuite en studio.

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Mise à nu

Sans surprise, la jeune femme se dévêt en marchant et attire les infortunés paumés sur une surface laquée noire qui les engloutit, laissant leur enveloppe flotter dans un bain plasticien rappelant les vidéos et installations arty en apesanteur aquatique d’un Bill Viola. Voire les atmosphères ouatés et anxiogènes des premiers court-métrages de Steve McQueen. Ce, avant qu’il ne devienne le cinéaste convenu et oscarisé de Hunger, Shame et 12 Years A Slave. Au début de cette fable plasticienne qui convoque mystère et malaise à chaque plan, un œil iris se forme dans un écho au cinéma expérimental si ce n’est de science fiction des années 60-70. Ce vécu de l’humanité comme une expérience par une alien peut ainsi convoquer, de loin en loin, quelque chose l’image de David Bowie en elfe androgyne extra-terrestre réincarné en énigmatique magnat de la technologie de l’image soumis à des expériences médicales dans L’Homme qui venait d’ailleurs (1976) de Nicolas Roeg.

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La mutante rompt ensuite avec sa mission mortifère après avoir épargné un homme au visage difforme semblant sortir de Freaks, la monstrueuse parade de Tod Browning (1932) si ce n’est le lynchien Elephant Man. Sa rencontre avec un quarantenaire qui la recueille, lui révèle qu’elle ne possède pas d’orifice humain sous sa peau d’emprunt pour « s’accoupler » dans ce qui ressemble davantage à une expérience maladroite qu’un mouvement passionnel. Elle se contemple longuement au miroir dans une lumière orangée amniotique émanant d’un radiateur à filaments. Une nudité qu’elle observe et ausculte comme de l’extérieur évoquant celle de Maria Schneider dans Le dernier tango à Paris. Violentée par un bucheron psychopathe, elle révélera sous sa peau d’emprunt, une anatomie entièrement noire goudron tenant des corps enduits de couleur monochrome chers aux anthropométries d’Yves Klein, avant de succomber à un autodafé. Pour ramener aux plus belles heures du fantastique français surréaliste à la Tourneur ou plutôt à la Cocteau (Orphée), un motard envahisseur et nettoyeur de scènes de crimes, l’assiste, un temps, dans ses basses œuvres criminelles, de manière glaçante, désincarnée et automate.

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