Pierre Huber, co-fondateur du mouvement du quartier des Bains prend ses distances

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Deux personnalités parmi les initiateurs du quartier des Bains, le galeriste Pierre Huber et Paolo Colombo, premier directeur du Centre d’art contemporain de Genève, devant un tableau de Peter Joseph ©JM. 17 septembre 2015.

Dans les années 1999-2000, lors de la création de l’opération de promotion de la scène artistique du quartier des Bains, le galeriste Pierre Huber, alors le plus important marchand d’art contemporain de la place, avait convaincu les trois autres galeries privées du quartier d’organiser leurs vernissages en commun avec les institutions.

Au début des années 2000, la situation était grave, quasiment aucun visiteur ne foulait les salles du Mamco et ceux des rares galeries se comptaient sur les doigts d’une main les jours de vernissage.  Il était donc urgent de vanter la vitalité de ce quartier en devenir culturel suite à l’installation récente notamment du Centre d’art contemporain, avec Paolo Colombo (en 1995), du Mamco (1994), et d’Uni-Mail (1999). Pierre Huber qui avait pressenti l’évolution les avait précédés en déménageant du Boulevard Helvétique en 1991. L’accueil que les médias et le public réservèrent aux premières manifestations témoignait de cette intérêt que Le Temps salua ainsi le jeudi 8 mars 2001 sous la plume d’Elisabeth Chardon “Ce soir, dans le quartier des Bains, les amateurs de vernissages d’art contemporain seront gâtés. Ils pourront découvrir les nouvelles expositions de cinq galeries et du Centre d’art contemporain. Une initiative commune révélatrice de la nouvelle vie animée et conviviale du quartier…” Depuis, le quartier compte autant de “fondateurs” du mouvement que de galeristes.

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Aujourd’hui, Pierre Huber quitte l’association commerciale qui a pris le relai des institutions en 2005 et transformé l’opération en ce qu’il voit désormais comme la « Vogue de Plainpalais » sur le modèle des fêtes de campagne. Le modèle est devenu incompatible avec la présentation d’oeuvres de grande valeur quand une foule compacte se concentre, verre de bière à la main, dans un espace restreint.

Vogue, le mot ne semble pas trop fort en considérant le succès social que connaît désormais l’événement mais dont le manque d’intérêt artistique est flagrant, sans parler de l’échec commercial. Selon le marchand, le manque d’intérêt artistique est, d’une part, dû à la qualité globale moyenne des expositions présentées tant par les institutions que les galeries, et, d’autre part, au peu de collectionneurs d’art contemporain que compterait Genève. Qui de l’oeuf ou la poule…
Signe des temps, en 2000 la RTS réalisait des reportages sur les expositions, le 17 septembre 2015, elle organisera des chats mondains en direct de la rue des Bains. Cet emballement médiatique en accompagne un autre, moins louable, celui de l’immobilier, car les artisans, les commerces de proximité et les cafés populaires ont disparu, et les loyers décents prennent progressivement l’ascenseur grâce aux vertus de l’économie créative et la gentrification qui l’accompagne.

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Déçu par la prédominance du côté festif,  le marchand genevois a décidé d’ouvrir aux amateurs l’accès de son exposition dès le lendemain de la “Vogue” :  “Vu l’importance des œuvres exposées et de leur fragilité nous sommes dans l’obligation de limiter le nombre de personnes dans l’espace afin de permettre aux visiteurs de pouvoir apprécier l’exposition sereinement.”

 

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Günther Förg – Sol LeWitt. Deux oeuvres exceptionnelles présentées dans l’expositionQuestion à la peinture”. ©Art & Public – Cabinet PH.

“Question à la peinture” 1965 à 2004.
Josef  Albers, Günther  Förg, Peter  Joseph, On Kawara, Sol Lewitt, Olivier Mosset, Michel Parmentier, Steven  Parrino, Christopher  Wool.
17 septembre au 18 octobre 2015.
Art & Public. Genève.

 

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