Noah Stolz révèle l’esprit de la Villa Bernasconi

David Cascio, “J’accroche mon vélo et je vais pisser, R. Mutt”, 2012. Métal, vernis, vélo.

A Lancy, Noah Stolz, commissaire de l’exposition La ruche et la valise, a réuni vingt-sept œuvres d’artistes contemporains – installation, vidéo, sculpture, photographie, peinture – dans le jardin et sur les trois niveaux de l’ancienne villa d’Alphonse Bernasconi, une propriété étroitement liée à la période délicate de la migration dans l’histoire nationale récente.

Dès l’entrée dans la propriété, la couleur rouge des murs choisie par son ancien propriétaire en souvenir des maisons ferroviaires en Italie fait allusion au voyage. Cette allusion au voyage résonne avec l’histoire des baraquements construits provisoirement au bas de la colline dans les années 1960 afin d’héberger les travailleurs saisonniers. Ces références à l’esprit du lieu, à la migration, à la construction et la vie d’une communauté, signent l’intérêt régulier de Noah Stolz pour la prise en compte du contexte dans l’élaboration d’un projet. Il est donc question de l’histoire individuelle illustrée par la valise, qui contient les objets d’un homme, et celle du désir de création d’une communauté utopique ou idéale qu’incarne la ruche.
Le parcours se déploie à partir de l’espace extérieur où les interventions suggèrent différentes approches face au contexte. Dans le jardin, la sculpture de Davide Cascio, J’accroche mon vélo et je vais pisser, est détournée en parking pour bicyclettes, tandis qu’à l’entrée Aldo Mozzini s’est inspiré des détails architecturaux pour intervenir sur le cube vitré de l’entrée.

Vanessa Billy, “Dear Life”, 2016. Moteur de voiture, moteur vibrateur, polyuréthane, fils électriques.

Noah Stolz a réservé la véranda à l’oeuvre de Vanessa Billy qui “met en relation le corps et la machine, évoquant ainsi les deux pôles d’un rapport difficile entre l’homme et la machine, dans un langage qui convoque avec humour un imaginaire de science-fiction en même temps que celui de la sculpture classique. Tout l’espace du rez-de-chaussée prend forme à partir de ce premier élément qui nous plonge dans un récit aux contours métaphysiques et théâtraux.” Dans la pièce attenante, l’atmosphère devient irréelle avec le dispositif de Rebecca Sauvin inspiré par l’intérêt pour les phénomènes paranormaux.

Rebecca Sauvin, “Ecteinemètre”, 2017. Bois, métal, tissu, pierres. David Cascio, “Spider Bee”, 2017. Bois, papier, peinture acrylique, plexiglas, corde, téléphones portables.

L’objet de Rebecca Sauvin évoque une sorte de balançoire dont les extrémités portent une table en bois d’une part, et deux sacs de pierres en contre-poids de l’autre, l’ensemble repose sur une pyramide et tourne sous l’impulsion du regardeur. Rebecca Sauvin s’est inspirée ici d’une des expériences que son ancêtre, le naturaliste et physicien Marc Thury, avait mis en place lorsqu’il s’intéressait au phénomène des tables tournantes.

Pascal Schwaighofer, “Murmuring of the Multitude (Royal Batik)”, 2016. Batik sur coton, journaux, photos, aimants, corde.

La pièce réalisée par Pascal Schwaighofer est constituée de trois tissus teints et étendus sur un fil comme du linge. Ils rappellent l’image de l’affiche de l’exposition qui représente les draps d’un baraquement d’ouvriers saisonniers servant à séparer deux lits de camp. Les motifs réguliers de milliers de petits hexagones ont été obtenus grâce à la technique du batik que l’artiste a apprise lors d’une résidence en Inde. L’oeuvre devient ici un mur souple sur lequel Pascal Schwaighofer déploie un atlas composé de différents documents.

Andrea Crociani, “Rational bee-keeper”, 2017. Installation. Andrea Crociani a été en résidence à la Villa pendant un mois. Il s’est installé sur la terrasse pour suggérer l’idée que l’artiste s’approprie un espace épuré et préparé pour pouvoir s’exprimer.

Dans les étages supérieurs, Noah Stolz a respecté l’affectation traditionnellement plus privée des espaces. C’est ici que sont principalement développés “les trois axes référentiels de l’exposition : la pédagogie et son rapport à l’objet, à la transmission de contenus et à la mémoire; l’anarchie et son rapport à l’individualité, à l’autarcie, et par conséquent à la multitude; et également le corps à travers les objets qui sont conçus pour le limiter ou le contenir, des vêtements à l’architecture.”

Premier plan : Jean Piaget, “Vinh Bang”, env. 1963. Valise d’épreuves piagétiennes. Collection fpse. Archives Jean Piaget, Genève. Au mur : Marion Baruch, “Modulo per costruzioni”, 2017. Chute de tissu.

Les trois oeuvres d’Alexandra Nurock disposées aux premier et deuxième étage sont librement inspirées de quelques uns des objets crés par Piaget et ses assistants. L’artiste s’intéresse depuis quelues temps aux théories et à l’histoire de la pédagogie enfantine et ses contacts avec les Achives Jean Piaget ont permis d’obtenir le prêt d’une des valises des épreuves piagétiennes.

Au premier plan : Yuki Shiraishi, “Mon habitation HLM”, 2010-2011. Carton, roue, poignée de bagage. Sur le mur: Murat, tirages photographiques, vers 1960. Bibliothèque de Genève.

Murat, vers 1960. Tirages photographiques. Bibliothèque de Genève.

Le troisième étage prend une dimension historique avec les photographies de Murat qui ajoutent des visages à ce rappel du passé également évoqué dans la brochure publiée pour l’exposition par Caroline Bourrit et Fabrice Bernasconi. Plusieurs documents historiques sont présents, ainsi dans une vitrine un quilt représentant les cantons suisses en guise de nid d’abeille est réalisé avec des chutes de tissus autours de 1895, nous renvoie l’idée d’une nation conçue à la manière d’un système modulaire perpétuellement expansible.
Conçue comme une invitation à un voyage à travers le temps, les rapports mis en évidence dans l’exposition facilitent la compréhension de la démarche pour les moins familiers à l’art contemporain.

La Ruche et la valise
Avec Marion Baruch, Fabrice Bernasconi, Vanessa Billy, Caroline Bourrit, Davide Cascio, Andrea Crociani, Fucking good art, Maria Iorio et Raphaël Cuomo, Ingeborg Lüscher, Angela Marzullo, Aldo Mozzini, Alexandra Nurock, Rebecca Sauvin, Pascal Schwaighofer, Yuki Shiraishi. Une proposition de The Stella Maris Archive. Commissaire : Noah Stolz.
Villa Bernasconi. Lancy – Genève. 16 septembre au 19 novembre 2017.
Programme des rendez-vous : performances, conférences, projection de film, visites guidées, ateliers enfants et autres animations.

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