Derrière le fait divers, le contexte très politique de l’arrestation de Matthias Langhoff et son équipe à Epidaure

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Nicole Mersey. image du site nicole-mersey.org

Les hommes de théâtre et le réalisateur Olivier Zuchuat sont accusés d’avoir tourné des scènes inappropriées sur le site archéologique d’Epidaure. Une première version de cet article incluait Philippe Macasdar qui travaillait sur un autre documentaire avec Langhoff, mais il n’a pas été inquiété, ce qui ne change rien pour l’essentiel; voir la mise à jour en bas de page.

Tôt ce vendredi matin, Philippe Macasdar m’indique que la police grecque a interrompu le tournage du films qu’ils réalisent en ce moment à Epidaure sur la vie de Matthias Langhoff, des problèmes de communication l’ont empêché d’en dire plus, en fait, la nuit avait été pour le moins difficile.
Selon les médias de la région, l’équipe avait bien reçu l’autorisation de tourner le documentaire sur le site, mais, durant la nuit, un garde a aperçu la jeune actrice chilienne Nicole Mersey,  interprète du rôle de Circé, courant nue dans l’ancien théâtre et il a appelé la police qui a embarqué l’équipe du tournage au poste de Nafplion, ville connue comme étant une des plus belles villes du pays. Accusés d’« insulte au monument », ils ont passé la nuit au poste avant d’être libérés vendredi matin.

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Théâtre d’Epidaure. Péloponnèse. ©wikipedia

Derrière le fait divers, un contexte très politique

Pour le moins que l’on puisse dire, Matthias Langhoff n’est pas le bienvenu à Epidaure, il est même sûr qu’il était attendu. Un vieux contentieux existe entre les autorités et le public de la ville du Péloponnèse et le metteur en scène franco-allemand; en effet, ce dernier avait déjà été accusé d’« insulte au monument » lorsqu’il avait monté Les Bacchantes, en 1997 à Epidaure, campant un acteur nu dans le rôle de Dionysos, certains parlèrent alors de sacrilège.

« La représentation du théâtre antique sur la scène moderne est une gageure, écrit Sotirios Haviaras, Matthias Langhoff, metteur en scène formé au Berliner Ensemble de Bertolt Brecht, connu pour son travail volontiers irrévérencieux, fut invité à monter les Bacchantes d’Euripide par le Théâtre National de la Grèce du Nord, pour proposer un regard novateur sur la tragédie.
L’intrusion d’un choeur féminin « de ces femmes, si étrangères et si communes à la fois, parut d’autant plus violente aux yeux du public grec, qu’elle corroborait, en 1997, un sentiment de défiance envers le metteur en scène franco-allemand, lequel, par ses discours anti-nationalistes dans la presse locale et des exigences inhabituelles, avait suscité un climat de rejet autour de lui, avant même la représentation. En leur conférant l’allure de femmes immigrées des cités de la fin du XXe siècle, Langhoff choisit de traiter la deuxième question, idéologique, soulevée par la pièce d’Euripide, celle de l’autre (certainement plus obsédante alors, en 1997, que celle de la révolte), de l’identité et de la différence.
La part importante prise par les danses, mais aussi par la musique des percussions africaines du sénégalais Moustapha Cissé, plaça en partie ces Bacchantes sous le signe du continent noir. Dans le texte d’Euripide, l’étranger Dionysos arrive des lointaines terres d’Asie, mais il a parcouru le monde et s’est imprégné de toutes les cultures, aussi l’Asie n’est-elle qu’un « lieu imaginaire où Dionysos a instauré son culte ». (…) Cette tonalité africaine dominante se tachait de diverses teintes multi-ethniques, selon un parti pris d’hétérogénéité cher au metteur en scène, qui régit l’ensemble de son œuvre, notamment d’un point de vue esthétique et plastique. »  Lire l’article de Sotirios Haviaras dans Germanica :  Des Bacchantes africaines de Matthias Langhoff à Épidaure.

Les ambassades de France (Langhoff est naturalisé) et de Suisse ont été informés. Par la suite, Matthias Langhoff a déposé une plainte contre le service archéologique qui avait délivré l’autorisation de tourner le documentaire.

Mise au point de Philippe Macasdar (20 septembre)

“Je n’ai pas été arrêté par la police ! Ce sont Matthias Langhoff, Nicole Mersey, Olivier Zuchuat (avec qui je fais le film sur Langhoff) et Patrick Tresch (chef op) qui l’ont été. Ils sont accusés d’outrage à un lieu sacré. A Epidaure, il y avait deux films en tournage : celui de Matthias Langhoff et celui que nous tournons sur Langhoff.
La police a interrompu le tournage du film réalisé par Matthias Langhoff (non celui de notre documentaire) pour le spectacle CINE APOLLO, ce film fait partie intégrante du spectacle qu’il créera à Vidy en janvier 2015 et qui viendra à la Comédie en février. Ce spectacle est coproduit par Saint-Gervais-Le-Théâtre et Le Loup.
Langhoff tournait sa version du Xe chapitre de l’Odyssée, où Circé transforme les camarades d’Ulysse en cochons. Plus précisément il s’agissait de la scène où Ulysse fait ses adieux à Circé.
Il n’y avait absolument rien d’érotique, aucun contact physique, aucune provocation à l’encontre du lieu.
Langhoff réunit dans son scénario cette scène de l’Odyssée avec la première scène du Mépris de Godard/Moravia – dont le spectacle s’inspire : Bardot et Piccoli dans le noir “et mes épaules tu les aimes ? etc. ? Le procureur a pris la carte SD avec les images du film.”

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