Marc-Olivier Wahler confirme le maintien des salles d’exposition au Cabinet d’arts graphiques

Exposition Martin Disler au Cabinet d’arts graphiques en 2017. Photo Jacques Magnol.

Présenté en juin 2018, le rapport Hainard-Mayou pour le nouveau Musée d’art et d’histoire de Genève préconisait de montrer la collection du Musée d’art graphiques dans le bâtiment de la rue Charles-Galland (v. en bas de page). A quelques mois de la mise en oeuvre de ce projet, la crainte d’une fermeture du Cabinet agite un petit nombre d’opposants issus du milieu culturel. Marc-Olivier Wahler et Christian Rümelin tiennent à rassurer.

Mac-Olivier Wahler, directeur du MAH,  le 5 juin 2019 lors de l’annonce de sa nomination. Photo Jacques Magnol.

La rumeur de la suppression des salles d’exposition du Cabinet d’arts graphiques à la promenade du Pin courait depuis quelque temps et Marc-Olivier Wahler a saisi l’occasion de la présentation de l’exposition “L’eau-forte est à la mode”, le 3 septembre dernier, pour la démentir :

“La collection du Cabinet des arts graphiques est la plus importante de la collection du MAH. La question qui se pose est celle de la mise en valeur ce fonds de manière optimale. À la promenade du Pin, nous présentons des expositions temporaires et cela va continuer, mais nous aimerions pouvoir montrer cette collection de manière permanente, et pour le faire il n’y a rien de mieux que de montrer ces collections dans l’espace principal.
En cela, ce sera un retour à l’origine quand le musée intégrait cette collection dans le bâtiment de Charles-Galland. C’est donc ce que l’on va faire en réintégrant la collection du Cabinet dans le bâtiment principal.

Nous allons donc augmenter les surfaces d’exposition dédiées aux arts graphiques dans des espaces dédiés à la collection et créer des espaces d’expositions temporaires. Il est certain la collection permanente aura un lieu absolument dédié. D’autre-part, un roulement sera établi avec d’autres médiums.

Nous allons développer les activités du département et continuerons de faire des expositions dans ce magnifique espace de la promenade du Pin, mais nous voulons  aussi essayer de réfléchir en terme de transversalité. C’est à dire, par exemple, que l’idée du livre est intéressante car les collections sont riches de beaucoup de livres d’artistes.  Nous voulons également entamer une réflexion sur la matière papier, tout ce qui intègre une réflexion sur l’impression. La mise en valeur la médiation par rapport à cette réflexion est aussi à l’étude.

Le dessin ne peut pas rester dans une tour d’ivoire, il doit exister des accès privilégiés pour des gens qui sont vraiment intéressés, de vrais passionnés, mais montrer que le dessin c’est quelque chose qui peut être partagé par un plus grand nombre. Des visiteurs doivent pouvoir se dire que le dessin est accessible à tous, comprendre comment on se l’approprie, comment il est lié à la peinture. Le même artiste fait un dessin, une gravure, une peinture, donc il faut montrer l’importance de cette transversalité.”

“Il y aura plus d’expositions dédiées aux arts graphiques que maintenant”

En ce qui concerne le déroulement des expositions, Marc-Olivier Wahler précise que ” les cycles seront plus lents, avec peut-être deux expositions temporaires par an à Charles-Galland, et deux à trois expositions par an à la promenade du Pin. Ce qui est certain est qu’il y aura plus d’expositions dédiées aux arts graphiques que maintenant si l’on considère l’ensemble des lieux. L’objectif est de voir ces flux aller d’un lieu à l’autre, que le lien qui est pour l’instant relativement unidirectionnel se développe dans les deux sens.

 

Christian Rümelin, conservateur en chef du Cabinet d’arts graphiques du MAH. 3 septembre 2020. Photo Jacques Magnol.

L’avis de Christian Rümelin

Quel est selon vous l’objectif de ce déploiement au Musée d’art et d’histoire?

Depuis plusieurs années, Le transfert d’une partie des activités du Cabine d’arts graphiques vers Charles-Galland était prévu depuis plusieurs années. La recommandation figure dans le projet Hainard-Mayou présenté en juin 2017, et c’est ce qui est toujours envisagé à partir du début de l’année 2021. Il faut considérer que ce projet présente le grand avantage d’accéder à une visibilité beaucoup plus élevée qu’à la Promenade du Pin dont l’audience reste assez confidentielle avec une moyenne de 2000 visiteurs par exposition. À Charles-Galland, tous les visiteurs pourront finalement voir la collection. (Note : Le MAH accueille environ 300’000 visiteurs/an). L’objectif général est donc d’augmenter la visibilité et la flexibilité et de vraiment mettre en valeur la collection d’œuvres sur papier.

Que vont devenir les espaces du Cabinet ?

Les salles ne vont pas disparaître, elles vont simplement être utilisées différemment. Nous réfléchissons actuellement à établir un lien avec les collections de livres d’artistes et de livres rares qui sont d’une part à la Bibliothèque d’art et d’archéologie, et de l’autre au Cabinet. Ces fonds sont très mal exploités et méritent une réelle visibilité. Je souhaite également, depuis longtemps, mettre à disposition une vraie salle de consultation des œuvres sur papier. L’enjeu est clairement de trouver des activités intéressantes pour le grand public comme pour le public spécialisé mais qui vient mais pour lequel on ne dispose pas de salle de consultation.
Vous savez, quand les gens viennent voir dans de bonnes conditions une oeuvre non encadré, la brillance dans leurs yeux est juste magique. Le projet actuel est peut-être l’occasion d’obtenir cette salle.

Continuerez-vous à présenter des expositions à la Promenade du Pin ?

Oui, et l’organisation différente des salles ne signifie pas la perte de visibilité du Cabinet, au contraire. Notre optique est de créer une autre visibilité.

En résumé, ce changement représente pour vous un progrès.

A mon avis, c’est un avantage et ce sentiment est notamment partagé par mon prédécesseur Christophe Cherix* que j’ai rencontré en janvier dernier au MoMA. Le musée de New York a fait exactement la même chose et l’expérience s’est révélée extrêmement positive. Elle ne pourra que l’être aussi à Genève si nous réussissons à intégrer des œuvres sur papier littéralement un peu partout. C’est là où conservateurs et collaborateurs vont être appelés à trouver des solutions intelligentes tisser des liens et mettre en oeuvre ce qui n’a pu être réalisé par le passé comme on l’aurait souhaité.

Quels seraient les écueils à éviter ?

Grâce à mon expérience n’est pas seulement genevoise, j’ai pu échanger avec d’autres collègues avec lesquels nous avons aussi parlé des pièges à éviter. Le principal serait de créer un nouveau cloisonnement, de ne pas chercher à étendre la collaboration nécessaire à la mise en oeuvre d’une réelle transversalité.

Le fait que le domaine de l’estampe n’attire pas le grand public joue-t-il pour ou contre vous ?

C’est aussi un avantage car cela demande une plus grande flexibilité de notre part, une rotation, nous devons aller vers le public et lui expliquer. Ce qui est extrêmement important, de mon point de vue, est que le fonds du Cabinet représente plus de 50% de tous les fonds du MAH. Cette importance extrêmement élevée doit bénéficier d’une visibilité accrue au sein du musée et c’est un atout pour Genève sur la scène internationale.

* Christophe Cherix, ancien conservateur du Cabinet des Estampes du Musée d’art et d’histoire de Genève, dirige la collection d’estampes du MOMA de New York.

Propos recueillis le 7 septembre 2020.

Voir la programmation du Cabinet d’arts graphiques au MAH en 2021.

 

Extrait du rapport de la commission externe pour le nouveau Musée d’art et d’histoire

“Le lien entre le Musée, sa Bibliothèque et le Cabinet d’arts graphiques est aujourd’hui dilué par la séparation des trois entités.
Depuis sa fondation en 1910 au sein du bâtiment Charles-Galland, la Bibliothèque d’art et d’archéologie – la plus grande bibliothèque d’art de Suisse – est un secteur à part entière du MAH. Même si, faute d’espace, elle s’est assez rapidement trouvée contrainte de déménager à la promenade du Pin, elle reste l’une des pierres angulaires du Musée. Elle conserve de nombreux fonds d’ouvrages précieux complémentaires aux collections d’objets, participe pleinement à la politique éditoriale de l’institution et travaille en étroite collaboration avec les conservateurs, dont elle valorise les écrits.
Parce que ce lien entre Musée et Bibliothèque constitue l’une des richesses du MAH et un marqueur de son identité, la Commission souhaite le restaurer et le rendre visible, d’une part en créant des circulations qui permettent d’accéder directement d’un site à l’autre, d’autre part en faisant « déborder» une ou plusieurs salles de lecture sur le bâtiment de la HEAD. Le Cabinet d’arts graphiques, lui aussi logé à la promenade du Pin, n’y dispose pas de locaux suffisamment spacieux pour pouvoir présenter les trésors que recèlent ses collections: quelque 350’000 estampes et 25’000 dessins, dont la première collection mondiale de pastels de Jean-Etienne Liotard, pour n’en citer qu’une. Si la fragilité de ces œuvres les condamne le plus souvent à l’obscurité, leur nombre est tel qu’avec un roulement judicieux elles pourraient parfaitement être rendues accessibles au public. Soit au sein du parcours permanent, soit dans les espaces dévolus aux collections spéciales.
Notre Commission estime que l’intégration des fonds exceptionnels du Cabinet d’arts graphiques à la présentation du Musée contribuera très largement à raviver l’intérêt des publics pour l’institution.”
Rapport de la commission externe pour le nouveau Musée d’art et d’histoire. Juin 2018, page 67.

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