La peinture allemande avant et après la chute du mur de Berlin

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Imi Knoebel. “Mary”, 1997 – Martin Kippenberger. “Sans titre”, 1983. Photos : Galerie Art & Public.

En 1989, la chute du mur de Berlin a radicalement changé la carte politique de l’Europe autant qu’elle a permis la confrontation d’artistes qui ont évolué dans deux systèmes politiques opposés. Il est impossible de considérer l’art contemporain allemand sans aborder cette question du développement de l’expression des artistes de cette génération sans tenir compte du contexte politique de l’évolution de la scène artistique allemande.

Dans sa galerie de la rue des Bains, le collectionneur et marchand Pierre Huber présente plusieurs oeuvres historiques de la peinture d’artistes devenus également des stars du marché tels Gehrard Richter, Matin Kippenberger, Jörg Immendorff, Günther Förg et quelques autres très rarement montrés à Genève où il est exceptionnel de voir de si grandes pièces.

Le développement de l’art en Allemagne depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, remarque l’historien Fabrice Hergott, est un phénomène qui ne peut être comparé avec celui d’aucun autre pays. La division du pays en deux entités, gouvernées par des idéologies opposées et s’affirmant dans cette opposition respective, est clairement comprise comme une conséquence de la défaite. Elle produit des situations artistiques distinctes et chaque camp affirme sa différence. L’Allemagne de l0Est adopte les principes du réalisme socialiste et cherche difficilement un art qui réponde aux exigences de la nouvelle société, tandis qu’à l’Ouest, qui n’est pas encore très éloigné, on se réfère largement à l’art informel français. Dans ce contexte, Gerhard Richeter s’échappa de ce qu’il appelait l'”idéalisme criminel des socialistes” et fut capable de formuler une vision neuve pour son époque.

 

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A.R. Penck. “Standart-West K”, 1982. Résine synthétique sur toile. 300 x 200 cm (exposé à la documenta 7 Kassel, 1982).

Les tableaux de Penck montrent très bien la tendance d’un genre de peinture très primitive aux traits de pinceau épais et stylisés. Le noir, le rouge et le blanc sont les protagonistes de ces compositions qui rappellent les graffitis ainsi que les peintures préhistoriques. Penck n’a pu s’adapter aux exigences du totalitarisme de l’Est mais, en même temps, il a refusé les modèles esthétiques en vigueur à l’Ouest. De façon plus explicite qu’aucun autre artiste de cette génération, il fait de sa peinture une sorte de théâtre où se jouent et se rejouent les grandes questions de la vie intime et sociale.

 

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Günther Förg. “Sans titre”. 1989.  Peinture sur plomb. 180 x 110 cm.

Une des spécificités de Günther Förg c’est d’avoir peint sur un support de plomb, soit un matériau de nature unique plutôt inhabituel pour la peinture. Il est intéressant de considérer la couleur très spéciale du plomb, qui oscille en chatoyant entre le bleu et le gris, telle l’accumulation de sombres nuées orageuses aux valeurs infinies d’obscurité, pour se livrer à un jeu raffiné avec les patines naturelles et artificielles.

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Martin Kippenberger. “Sans titre”, 1983. Matériaux mixtes sur toile. 180 x 150 cm. (à droite de l’image : un aperçu de “Eduard”, 1983, huile sur toile, 180 x 120 cm.)

Les mutations incessantes des travaux de Kippenberger ont fait de l’artiste une légende de l’avant-garde des années 80. Après sa mort, à Vienne en 1997, juste avant de participer à la documenta de Kassel. Son œuvre fut présentée à la biennale de Venise de 1988 et à la Documenta. Martin Kippenberger s’inscrit dans le mouvement de renouveau de la peinture dans les années 1980, années d’euphorie dans le monde artistique, où toutes les utopies semblent possibles. Particulièrement libre et nomade, l’artiste a investi un vaste champ de réflexions et d’expérimentations. Il a occupé tous les territoires : la peinture, la sculpture, le collage, le frottage, l’installation, la gravure, sans toutefois s’intéresser à la vidéo.

Des ses tableaux abstraits des années 80 Richter dit : “Les tableaux abstraits sont des modèles fictifs, parce qu’ils rendent visible une réalité que nous ne pouvons ni voir ni décrire mais dont nous pouvons déduire l’existence”, une formule que l’on peut appliquer à l’ensemble des oeuvres réunies dans la galerie de la rue des Bains.

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Jörg Immendorff . « Solvejgs. Tod vorübergehnd ». 1993 Oil on canvas 50 x 40 cm. 

C’est en 1976, que Jörg Immendorff fonde l’alliance d’action R.F.A.-R.D.A. Dans ce contexte, il commence une série de tableaux, « Café Deutschland » devenue emblématique de son art. Immendorff affiche ses combats politiques et son refus de la scission de l’Allemagne, stigmatisant le Mur. Il a été très important pour les générations plus jeunes telles que Kippenberger, Oehlen et d’autres. La vieille conviction de l’ancien élève de Beuys est encore valable aujourd’hui : l’art est aussi un slogan, un moyen de confrontation politique et de création artistique.

 

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Vue de l’exposition. Art & Public. 2016.

La peinture allemande
Oeuvres de : Günther Förg, né à Fussen en 1952 – 2013. Martin Kippenberger, né à Dortmund 1953 – 1997. Imi Knoebel, né à Dessau 1940. Jörg Immendorff, né à Bleckede 1945 – 2007 Albert Oehlen, né à Krefeld 1954. A.R. Penck, né à Dresde en 1939. Gerhard Richter, né à Dresde en 1932.

Art & Public – Cabinet P.H.
37 rue des Bains. Genève. www.artpublic.ch

 

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