Les Lois du marché conviennent trop bien à tous

 

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« Les Lois du marché ». Olivier Chiacchiari, mise en scène Guy Jutard, Théâtre des Marionnettes. © Cédric Vincensini.

Dans  « Les Lois du marché », l’action se déroule autour de trois pôles, les travailleurs, les entrepreneurs, les politiciens, et un outsider, les médias qui relatent. Le protagoniste principal est en fait le système. C’est un opéra-bouffe tendre, grave et léger, tendre et comique, imprégné d’un esprit satirique qui se garde de devenir cynique. Avec cette nouvelle fable, l’auteur genevois Olivier Chiacchiari pose un regard satirique sur ce système politico-économique tant décrié mais qui tient grâce à la participation de tous.

La représentation du monde du travail est particulièrement absente du monde des musées ou de celui du théâtre. Lors d’un passage à Genève, en 2006, Michel Vinaver, dramaturge et écrivain français, s’étonnait que « le travail qui occupe la majeure partie de la vie des gens soit exclu du théâtre. Le théâtre n’a pas l’habitude de montrer les gens qui travaillent. C’est dans l’entreprise que s’est déplacé le décor du drame, le lieu du théâtre tel qu’il se vit par les gens ». Olivier Chiacchiari qui lie le sort de la petite ville de Happystadt à la santé de sa principale entreprise en place le système au centre de l’attention. L’opéra-bouffe et les marionnettes permettent d’accentuer les dérives autant comiques que dramatiques qui accompagnent l’adoption du profit comme religion.

 

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Olivier Chiacchiari. © Georges Cabrera.

Entretien avec Olivier Chiacchiari. 24 octobre 2013.

 

 

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« Les Lois du marché ». Olivier Chiacchiari, mise en scène Guy Jutard, Théâtre des Marionnettes. © Cédric Vincensini.

 

L’écriture pour les marionnettes est-elle un genre à part ?

« Mais y-a-t-il vraiment une écriture spécifique pour ce théâtre? J’ai vu il y a de nombreuses années une Antigone jouée par des marionnettes géantes aux mouvements lents et très hiératiques dans une mise en scène d’Hubert jappelle: j’ai rarement aussi bien entendu le texte de Sophocle. Emilie Valantin a mis en images et interprété avec des petites marionnettes de latex couchées sur des lits miniarures d’hôpitaux des textes du philosophe Clément Rosset: la matière verbale non seulement résistait à ce traitement mais révélait pleinement la substance philosophique non dénuée d’humour. J’ai moi-même proposé une version marionnettique des Chaises d’Eugène Ionesco, et une adaptation du Cercle de craie de Brecht. Ces réalisations ont rencontré un franc succès critique et un large accueil du public.

La problématique d’une écriture particulière est plus subtile. On peut l’éclairer en évoquant les «fondamentaux» de l’art de la marionnette. La forme, le mouvement et le cadre vont largement dominer l’œuvre: l’esthétique visuelle occupe la première place au théâtre des marionnettes. Avec sa tête figée, ses mouvements codés, les limites Imposées par la technique choisie (les fils, la gaine … ), la marionnette ne peut exister que dans l’action. » Extrait de la préface de Guy Jutard, Les Lois du marché. Ed. de L’Aire.

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« Les Lois du marché ». Olivier Chiacchiari, mise en scène Guy Jutard, Théâtre des Marionnettes. © Cédric Vincensini.

 

L’État sans autorité, la démocratie sans souveraineté

« L’auteur insiste aussi sur les effets systémiques de la mise en œuvre de la nouvelle gestion publique, sous l’influence de l’orthodoxie libérale. Outre que l’État perd progressivement ses compétences, la nouvelle gestion publique conduit à rendre poreuse la frontière entre les affaires publiques et les affaires privées : cela provoque inévitablement des risques de détournement de la chose publique au profit d’intérêts privés et renforce en outre les capacités d’influence politique des grandes entreprises. En effet, une grande entreprise a plus intérêt à essayer d’étendre son influence politique que d’affronter le marché.

Colin Crouch rejoint sur ce plan les analyses de la sociologue canadienne Naomi Klein (La Stratégie du choc), pour qui la privatisation des services publics constituait un fructueux marché à conquérir, au même titre que celui des pays émergents. Mais le citoyen ne profite guère de cette évolution : en particulier parce qu’il n’a plus en face de lui un État responsable des services publics, mais une multitude de prestataires et de sous-traitants sur lesquels il n’a aucune prise réelle puisque «ni le marché ni leurs droits démocratiques » ne le permettent.

L’État post-démocratique s’habitue enfin à renoncer à un aspect fondamental de son rôle : le fait même d’être une autorité. Évidemment pour le plus grand profit de ceux qui veulent l’exercer à sa place mais aux dépens des simples citoyens, qui perdent progressivement leur souveraineté. » Michel Geoffroy. (Documentation TMG)

 

Les Lois du marché

Création du Théâtre des Marionnettes de Genève.

2 au 24 novembre 2013.

Texte : Olivier Chiacchiari. Musique : Hélène Zambelli. Mise en scène : Guy Jutard. Marionnettes : Pierre Monnerat. Interprétation : Clara Brancorsini, Didier Carrier, Maud Faucherre, David Gobet, Christian Scheidt et Barbara Tobola.

 Olivier Chiacchiari est né à Genève en 1969. Il est l’auteur de plus de vingt pièces de théâtre, dont neuf sont publiées et la plupart ont été jouées en Suisse, en France et en Autriche. Lauréat de divers prix, il obtient la distinction nationale le Welti- Preis en 2007 pour La Mère et l’enfant se portent bien. Ses pièces sont traduites en plusieurs langues et rencontrent un succès croissant. Il écrit également pour la radio et la télévision.

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