Les artistes genevois attendent avec impatience la reconstruction imminente du Galpon

structure du galpon

La structure est déposée au bord de l’Arve.

Le Galpon, espace polyvalent pour la danse, le théâtre et les autres formes des arts vivants, est en passe de retrouver un lieu de représentation. Le projet est si avancé que l’équipe a déjà  bouclé la programmation artistique de la saison prochaine, 2010 – 2011. Le Galpon ne s’épuise pas à  manifester, à  contester, il travaille d’arrache-pied et gagne, depuis 1996.
Il ne manque plus qu’une autorisation du DCTI pour que la reconstruction du théâtre puisse commencer au bord de l’Arve, à  la Jonction. L’Arve est proche, des arbres aussi, mais le projet a été plusieurs fois réétudié en conséquence pour intégrer la végétation et ne laisser aucune place au doute en matière d’emprise sur l’environnement. La structure, une des anciennes halles du site Artamis, est maintenant déposée au bord de l’Arve, et la Ville et le Canton sont pour une fois d’accord pour que le projet aille de l’avant.

Le Théâtre du Galpon a présenté son dernier spectacle lors du Festival de la Bâtie en septembre 2008, ensuite il a dû quitter le site d’Artamis pour s’installer dans les sous-sols du centre artisanal de la Jonction, à  la rue du Vélodrome, perdant dans l’affaire son lieu de représentation.

Mais que font des artistes sans lieu de représentation?

Et bien, ils squattent et apprécient l’hospitalité de lieux solidaires comme le Grütli pour présenter leurs productions. Le Galpon a aussi poursuivi ses activités de recherche, de répétition et de pédagogie dans la salle de répétition du Vélodrome, tout en se battant pour trouver un nouveau lieu.

Depuis sa création en automne 1996, le Galpon est géré par un collectif d’artistes travaillant au sein des compagnies permanentes, il se veut au service de la création indépendante genevoise. Gabriel Alvarez prend soin de préciser que le Galpon des Péniches n’est pas un nouveau théâtre à  Genève ! C’est le Galpon, “fondé en 1996, qui a accueilli pendant 12 ans sur le site Artamis 66 créations, réalisé 10 éditions du printemps du Galpon, permis à  près de 2’000 artistes d’y travailler et plus de 34’000 spectateurs de venir partager les production présentées et qui pourra enfin renouer avec ses activités publiques”.

Entretien avec Gabriel Alvarez, metteur en scène, membre du collectif

 

portrait

Gabriel Alvarez. 22 mars 2010.

Le Galpon des Péniches est-il un nouveau théâtre?
Non, ce n’est pas un théâtre de plus, c’est le Théâtre du Galpon qui continue, depuis 1996, sa ligne artistique dont une partie est d’offrir un espace polyvalent pour la danse, le théâtre et les autres formes d’expression vivante. L’autre élément important dans son histoire est ce qui est devenu aujourd’hui à  la mode sous l’expression de création émergente, c’est à  dire les jeunes compagnies qui n’ont pas encore la possibilité de présenter un projet cohérent dans un lieu. Nous ne sommes pas des programmateurs, ni des producteurs car nous n’en avons pas les moyens, on fait des choix qui ne dépendent pas nécessairement de notre ligne artistique, ce n’est pas parce que Gabriel Alvarez ou Nathalie Tacchella ont aimé un type de travail que celui-ci est accepté. Nous avons d’autres critères beaucoup plus ouverts et qui ne sont pas fixés en fonction de la rentabilité d’une programmation.

Qui gère le Galpon ?

Le collectif, c’est le même collectif, constitué de Nathalie Tacchella, Clara Blancorsini, Padrut Tacchella, et moi-même (Gabriel Alvarez), qui gère le Galpon de manière très autonome et très horizontale, il n’y a pas de chef, tout se débat et se discute, de même pour la programmation. Si le Galpon continue d’exister, c’est grâce au DAC depuis Alain Vaissade déjà , de manière restreinte, ensuite grâce à  Patrice Mugny qui l’a fait de façon plus déterminée.

Qui se produira au Galpon ?
Il y aura toujours les compagnies permanentes du Galpon qui présenteront leurs spectacles mais ce n’est pas la ligne de ces compagnies qui décide des accueils. Par le passé c’était ainsi, et cela continuera. Nous avons déjà  de nombreuses demandes de la part de compagnies qui n’ont pas de lieu de répétition ni de représentation, et c’est pour cela que je pense que le Galpon manque. Malheureusement, le milieu culturel a déjà  oublié cela. A l’époque, il y a peu en fait, la bagarre était très chaude sur le sujet du manque de lieux à  Genève, mais RAAC inclus c’est déjà  oublié en fait.

Concrètement, quand ce lieu au bord de l’Arve sera-t-il en mesure d’accueillir des spectateurs ?
A l’automne 2010. Une fois le dernier obstacle passé, celui du permis de construire, ça va se faire très vite car on a déjà  le financement, enfin plutôt une partie qui est assez importante.

D’où provient ce financement, de la Ville ?
La Ville nous aide pour le déménagement, mais la reconstruction bénéficie du soutien de la Loterie romande, de la Fondation pour la culture émergente et d’autres fondations privées. D’autre part un appel est lancé au public, appel qui sera exprimé plus fortement quand la construction pourra démarrer.

L’Etat ?
L’Etat soutient des créations et nous sommes en train de réfléchir s’il serait possible de signer une convention Etat-Ville, mais au vu de leurs relations c’est compliqué. Toutefois, en attendant, le Galpon survit grâce au DAC.

L’idée qu’il y a trop de théâtres à  Genève circule avec insistance, serait-ce avec raison ?
Non, ce n’est pas un argument valable, pour moi plus il y a d’artistes dans la société, mieux c’est; mieux vaut avoir des artistes que des militaires ou autre, par exemple, c’est utopique mais c’est mon avis. Ensuite, nous dire qu’il y a trop et donc pas suffisamment de qualité, je pense que c’est un faux problème qui risque de nous séparer.
Le problème c’est surtout celui de la formation et il serait question de débattre mais ne pas mélanger ces deux arguments qualité/formation.
Un grand organisme n’est pas synonyme de qualité. Je sais qu’il y a un débat à  propos de la Nouvelle Comédie, mais ce n’est pas parce qu’une grande structure va être construite que les petites structures doivent disparaître. Ce qu’il faut débattre aujourd’hui c’est, de manière démocratique, du projet artistique de cette Nouvelle Comédie, tout ne peut reposer sur les épaules du nouvel arrivant avec son projet car cela va déterminer la vie culturelle et théâtrale de manière déterminante. Nombre d’artistes, de scénographes et d’architectes ont entamé une réflexion sur la structure du nouveau bâtiment, pour le projet artistique ce devrait être la même chose.  Je sais que nous sommes dans une société du star-système ou un nom qui clignote attire, mais l’on sait que le clignotement des étoiles change et finit par s’éteindre, que fait-on après? Quel est le projet, c’est de cela qu’il faut parler. Je voudrais que cela se passe sur la place publique, à  propos de tous les aspects, théâtral, artistique, éthique, financier, le type de transparence prévu, etc. Ce qui me ferait souci serait que ce projet soir au service d’un gros ego et que ce soit une seule personne qui veuille le modeler. En fait ce projet est si grand, si énorme, qu’il est impossible qu’une seule personne puisse le maîtriser et donner naissance à  un projet cohérent. Le sujet n’est pas de parler de la programmation, c’est facile de programmer, mais de parler de la place que cette Nouvelle Comédie occupera dans la société, quelle sera la synergie avec la production locale, que ce soit une locomotive d’accord, mais quels seront les wagons. Le problème n’est pas celui d’une personne mais du projet.


Retour au Galpon, comment se déroulera la saison 2010 – 2011 ?

La saison commencera par une farce musicale d’après Molière, “M… l’hypocondriaque“, mise en scène de Gabriel Alvarez, puis un triple hommage de Foofwa d’Immobilité à  Pina Bausch, Michael Jackson et Merce Cunningham, ensuite des créations de Pascal Berney, Nathalie Tacchella. Le printemps sera celui des retrouvailles avec des artistes qui ont donné force à  notre Printemps du Galpon: Saadet Türkàzz, Valère Novarina, Roaratorio, et bien d’autres.

Propos recueillis le 23 mars 2010, par Jacques Magnol.

maquette galpon

Le lieu et la structure

Grâce au soutien du Département des constructions et de l’aménagement de la Ville de Genève et du Conseil Administratif de la Ville de Genève, la structure d’une des anciennes halles du site Artamis a été démontée et transportée à  la route des Péniches qui longe l’Arve, juste avant sa jonction avec le Rhône. Au pied du bois de la Bâtie, au bord de l’Arve, une parcelle longe la route des Péniches. Elle est en zone 5, donc constructible jusqu’à  10 mètres de haut, et ne comporte qu’un seul bâtiment : la déchetterie.
Sur la parcelle prend place également un parking de surface, destiné aux véhicules des employés des Transports Publics Genevois. Cet espace est mis à  disposition du Galpon de manière provisoire par le Conseil administratif de la Ville
de Genève et le Conseil d’Etat de la Ville de Genève. La halle 9 est un bâtiment de 648 mètres carrés, de 16 mètres de large par 36 mètres de long, haut de 9 mètres. Elle est divisée en sa longueur par 6 travées de 9 mètres. Sa structure porteuse est constitué de fermes en bois.
Il sera nécessaire d’entreprendre une série de travaux importants pour rendre le bâtiment apte à  recevoir sa nouvelle fonction : rehaussement du toit sur la longueur de la salle de représentation, ajout d’un local de dépôt et construction de murs en dur pour des questions d’isolation thermique et phonique. Les aménagements intérieurs permettront d’agencer le théâtre et les loges, la salle de répétition, l’atelier, le stockage, la buvette et le bureau.

Plus de détails sur le site du Galpon.

Rappel

Depuis son départ d’Artamis, le Galpon a une salle de répétition mais pas de représentation, au Centre artisanal de la Jonction.
Dans le cadre du relogement d’une partie des associations à  but non lucratif de feu Artamis, le Conseil administratif de la Ville de Genève  à  mis à  disposition d’une association, « Le Vélodrome », des locaux du centre artisanal de la Jonction.
La salle est une salle de répétition qui ne peut accueillir de public pour des représentations.
L’association est au bénéfice d’un bail associatif, et gère les espaces et attribue les locaux. En contrepartie, l’association verse un loyer, paie les fluides et les assurances. Elle devra fournir annuellement ses comptes au département des finances et du logement de la Ville de Genève.
La séparation entre artistique et culturel est nette car l’association n’est pas autorisée à  recevoir du public, que ce soit pour des représentations ou pour la exercer l’activité économique traditionnelle : fêtes, soirées, cafés, restaurants, clubs et commerces liés à  la culture qui permettent d’accéder à  une certaine autonomie financière.

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  3. […] Le bruit des manifestations autour de l’Usine et du Moa club en octobre 2010 a éclipsé les négociations en cours depuis plusieurs années pour résoudre la question du manque de lieux culturels, de création et de représentation. En avril et en mai 2011, deux nouveaux lieux seront ouverts aux artistes et au public:  la Fonderie Kugler  et le Théâtre du Galpon. […]

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