Les Suisses voudraient pratiquer davantage d’activités culturelles

scène fête de la musique

Pratiques culturelles en Suisse: les jeunes privilégient les concerts. (photo: le groupe Sinner DC lors de la Fête de la musique 2009 à  Genève)

16 juillet 2009. La récente étude publiée en juin 2009 par l’OFS démontre que la pratique des activités culturelles n’est pas la même pour tous. Le portrait type du consommateur d’événements culturels ne change pas au fil des études, il s’agit au premier chef d’un urbain, jeune au bénéfice d’une formation universitaire (pour les musées d’art et les galeries, on passe de 16% de fréquentation chez les personnes diplômées du degré secondaire à  62% chez celles ayant une formation du degré tertiaire), d’un revenu confortable, et c’est plutôt “une” consommatrice.Depuis 1988, les pratiques culturelles n’avaient plus fait l’objet d’une étude nationale de l’OFS. Basée sur une enquête représentative menée fin 2008 sur la population résidante permanente de 15 ans et plus, cette étude comble une lacune. Le domaine le plus populaire est la musique, comme sa fête annuelle le prouve, ainsi, près de 9 personnes sur 10 écoutent de la musique, dont près de la moitié chaque jour.

Un public jeune et amateur de musique

Les résultats montrent en outre que l’idée très répandue selon laquelle les jeunes s’intéressent peu à  la culture n’est pas fondée, ainsi les 15-29 ans ont plus souvent visité des monuments ou des sites que les personnes de 60 ans et plus. La « tendance jeune » est très marquée aussi pour le cinéma ou les festivals.  Si selon les données cumulées il apparaît que les 45-59 ans ont plus été au théâtre que les 15-29 ans et davantage dans les musées d’art que les 30-44 ans, il faut remarquer que les publics sont souvent cloisonnés, certaines formes de théâtre n’attirant principalement que des trentenaires alors que d’autres ont la faveur des troisième et quatrième âges. Les disciplines les moins prisées se révèlent être le ballet et la danse qui ne séduisent qu’un cinquième de la population résidente.

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Motivations à  la fréquentation culturelle en 2008. Source: OFS.

Les activités culturelles de la population résidente en 2008 se répartissent en quatre groupes en fonction du taux de fréquentation total: Le premier groupe comprend les trois activités les plus pratiquées, soit la fréquentation des concerts et autres spectacles musicaux, la visite des monuments et des sites historiques ou archéologiques ainsi que le cinéma. Chacune de ces activités est pratiquée par environ les deux tiers des personnes.
Le deuxième groupe concerne 40% à  50% de la population et inclut la visite des musées historiques, ethnologiques, techniques, régionaux, etc. (hormis ceux artistiques), les «autres spectacles» (revues, cirque, son et lumière, etc.), les musées ou expositions d’art et galeries, enfin le théâtre, y compris mime et théâtre pour enfants.
Les bibliothèques (fréquentées pour les loisirs) et les festivals de tous genres (musique, cinéma, théâtre…) forment un troisième groupe et attirent environ un tiers des personnes. Un dernier ensemble est constitué des bibliothèques (fréquentées pour le travail et la formation) ainsi que du ballet et de la danse, qui réunissent un cinquième de la population résidente.

Ces chiffres rejoignent ceux mesurés au niveau international. Ainsi, en 2007, une enquête européenne a enregistré, dans des pays proches comme l’Allemagne, la Belgique ou les Pays-Bas, des chiffres comparables notamment pour les monuments et patrimoine, les musées d’art, le théâtre et la danse/le ballet.

Pour les activités pratiquées, trois groupes se dégagent en fonction du taux de pratique: en Suisse, en 2008, environ 20 à  25% de la population a pratiqué surtout la photographie, les beaux-arts (dessin, peinture, gravure, sculpture) ou un instrument de musique.

La majorité de la population veut pratiquer davantage d’activités culturelles
Près de 60% des personnes interrogées souhaiteraient aller plus souvent à  des concerts et autres spectacles musicaux, 40% plus souvent au cinéma et un petit tiers plus souvent au musée. 42% de la population souhaite aussi voir plus souvent des représentations théâtrales ou des spectacles de danse, une activité plus rare. L’obstacle le plus souvent cité est le manque de temps et les horaires, des objections plus sérieuses comme le coût et le manque d’informations sur l’offre ne viennent qu’ensuite. C’est surtout pour les concerts, pour le théâtre et la danse ainsi que, dans une moindre mesure, pour les musées que des problèmes logistiques ou d’infrastructure tels que le manque de moyens de transport ou le manque d’informations sont mentionnés.

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Activités culturelles que la population souhaiterait  pratiquer davantage en 2008 selon le niveau de formation

En 2007, le Romand a regardé la télévision 163 minutes par jour – les moins de trente ans y étant collés cinquante minutes de moins – , toutes chaînes confondues, une durée en baisse régulière depuis 2004. En comparaison européenne, la population suisse est celle qui regarde en moyenne le moins la télévision. La proportion de personnes qui restent devant le petit écran en moyenne moins d’une heure par jour est en particulier relativement importante en Suisse.

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Comparaison avec l’Union Européenne (UE27). Pratiques culturelles de la population, 2007. Sources: Eurobarometer 2007. OFS 2008 UE 27 Suisse

Des perspectives réjouissantes pour la politique culturelle suisse
La loi sur l’encouragement de la culture (LEC), actuellement en discussion au Parlement, prévoit de développer la statistique culturelle, qui ne porte actuellement que sur les bibliothèques, les films ou le cinéma et les pratiques culturelles. Le but est qu’elle fournisse des informations sur les pratiques culturelles de la population, mais aussi sur les subventions des pouvoirs publics et les contributions du secteur privé à  la culture. Pour l’OFC, elle constituera un instrument utile pour mener une politique culturelle qui réponde aux besoins des différents acteurs (Confédération, cantons, communes et secteur privé) et permettra, grâce à  des données fondées, de mieux définir les priorités au plan politique.
L’étude souligne qu’en matière de politique culturelle, cela signifie que les écoles sont des partenaires importants pour la promotion des intérêts culturels. Il importe de sensibiliser les élèves à  la culture et aux activités culturelles dès le début de l’école obligatoire.

Le terme «culture» peut renvoyer à  des phénomènes plus ou moins larges jusqu’à  englober les modes de vie et croyances. La culture est définie ici de manière restreinte, en référence à  Eurostat, comme une série de lieux, d’institutions et d’événements fréquentés à  l’extérieur de chez soi (aller au concert, au théâtre, au cinéma, à  des festivals, visiter le patrimoine, etc.) et d’activités propres pratiquées en amateur (jouer d’un instrument, peindre, etc.). Cependant, s’il existe une propriété immanente à  la culture, c’est bien celle qui consiste à  créer, renforcer et développer le lien social ; d’où l’importance plus que jamais cruciale de la culture au moment même où le mouvement général de la société bouleverse profondément la vie quotidienne des individus à  travers la disparition progressive des contacts de personne à  personne dans le voisinage, la consommation, le travail…

Les pratiques culturelles, tant pour le plaisir que par intérêt, ne sont pas sans risque car les chercheurs soulignent que “la culture est addictive! Ceux qui ont déjà  le plus d’activités culturelles sont ceux qui en veulent le plus”. Cependant, la grande majorité de ces activités a été effectuée de manière occasionnelle (1 à  6 fois en 2008), à  l’exception notable des bibliothèques, fréquentées de manière régulière par la moitié du public (7 fois ou plus), tout comme le cinéma, et les manifestations plus culturelles qu’artistiques sont les plus fréquentées.

Jacques Magnol

Consulter l’étude de l’OFS

Lire également dans “Genève Active”: Tous cinéphiles, mais la fréquentation des salles de cinéma dépend des revenus
Info: Le congrès de la Société suisse de société de sociologie  « Identité et transformations des modes de vie » aura lieu à  Genève du 7 au 9 septembre 2009. L’Atelier proposé par André Ducret (Université de Genève) et Olivier Moeschler (Université de Lausanne)  procédera à  « L’analyse sociologique des «pratiques culturelles » : contraintes collectives, logiques individuelles et transformation des modes de vie». Voir.

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Un commentaire pour “Les Suisses voudraient pratiquer davantage d’activités culturelles
  1. andré dit :

    Lien social !!! je conseille le détour par le dico de la langue de bois de http://www.scoplepave.org/
    CULTURE : Pourquoi ce mot connaît il depuis trente ans un succès tel que même le sport éprouve le besoin de justifier qu’il est aussi une pratique « culturelle » ?

    Grâce à  l’école, le capitalisme déguise son exploitation en faisant croire que chacun est responsable de sa place dans l’échelle sociale, et des efforts qu’il a mis à  se cultiver. Si l’on est OS à  la chaîne, c’est par paresse intellectuelle, nous avions les mêmes chances au départ ! Grâce à  l’école, la culture est une machine à  classer les gens en les faisant se sentir coupables.

    Depuis trente ans, la référence au « culturel » sert à  effacer, détruire, et remplacer la référence au « politique ». Par exemple, si l’excision est condamnable d’un point de vue politique (qui consiste à  préférer des valeurs telles que l’égalité de l’homme et de la femme), on nous apprend qu’elle est éminemment respectable en tant que « pratique culturelle ». On n’a rien à  dire de la « culture » des autres, parce que la culture est sacrée. C’est d’ailleurs à  cela que sert cette nouvelle religion : que l’on ne puisse plus rien dire ! Avec la culture, tout se vaut

    Pire encore : en ramenant discrètement la question de la culture à  celle de l’artiste, les socialistes au pouvoir des 1981 consacrent la figure managériale du travailleur nouveau : créateur, producteur indépendant, autonome, ludique, inventif, non-revendicatif, férocement individualiste… A la place du militant politique, collectif, poussif et besogneux des années 70, le pouvoir encourage l’artiste, non pas celui qui voudrait délivrer un message (quelle horreur), mais celui qui exprime un narcissisme chahuteur, adolescent, provocateur et rigolo, celui qui exprime le vide, le rien, la dérision de toutes les idées et de toutes les utopies, la moquerie du politique et des valeurs. On encourage l’imaginaire à  condition qu’il ne mène vers aucune vision politique. On ne doit plus croire en rien car c’est ringard. On doit jouir de la crise et de la mondialisation qui est une chance pour l’homme, enfin seul, débarrassé des pesants collectifs. Il n’y a plus d’emploi dans les banlieues, mais il y a l’art et la création. Que les enfants des immigrés dansent du hip-hop, cela convient au pouvoir : pendant qu’ils deviendront des « créateurs », ils ne feront pas de syndicalisme.

    Comme le disait Malraux en 1961 en inaugurant la première Maison de la Culture à  Bourges : « Nous allons enfin savoir ce qui peut être autre que le politique dans l’ordre de l’esprit humain »â€¦.Eh bien voilà  qui est fait ! En 1968, Francis Janson, quant à  lui, proposait d’appeler Culture ce qui permet de se choisir politiquement…mais il est vrai que c’était en 1968 !

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  2. […] – Les publics : La récente étude publiée en juin 2009 par l’OFS démontre que la pratique des activités culturelles n’est pas la même pour tous. Le portrait type du consommateur d’événements culturels ne change pas au fil des études, il s’agit au premier chef d’un urbain, jeune au bénéfice d’une formation universitaire (pour les musées d’art et les galeries, on passe de 16% de fréquentation chez les personnes diplômées du degré secondaire à  62% chez celles ayant une formation du degré tertiaire), d’un revenu confortable, et c’est plutôt “une’ consommatrice.Selon les données cumulées il apparaît que les 45-59 ans ont plus été au théâtre que les 15-29 ans et davantage dans les musées d’art que les 30-44 ans. Lire. […]

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