Le Petit Larousse 2020 accueille l’artiste bernois Markus Raetz

Les nouveaux mots de la francophonie dans le Petit Larousse 2020. Le verbe raguiller fait son entrée bien qu’il soit peu utilisé en Suisse romande; on dit aussi ranguiller ou renquiller.

L’édition 2020 du Petit Larousse Illustré est l’occasion d’examiner ce qui, en vingt ans, a formé notre modernité: une bonne centaine de mots nouveaux, parmi les 5 000 entrés au dictionnaire au cours de ces deux dernières décennies.

Les temps ont changé, avec ce millénaire. Le lexique prend acte des nouvelles façons de vivre en couple (se pacser), d’être parents (monoparentalité, coparentalité), d’habiter (microhabitat), de se nourrir (bistronomie), de rester jeune et actif (papy-boomeur, coaching, détox). D’édition en édition, le vocabulaire traduit un nouveau rapport à l’activité professionnelle (RTT, compte épargne-temps), une redéfinition de l’entreprise (extemalisation, start-up, microentreprise, autoentrepreneur) et de la façon dont on y œuvre (télétravailleur, cotravail); si, par certains aspects, cette évolution du monde du travail peut sembler préoccupante (bum-out), notons que l’entrée au dictionnaire de relocalisation est un signe d’espoir. L’économie, plus généralement, se déploie dans la zone euro, dans le numérique (dématérialisation, micropaiement, cryptomonnaie), dans un libéralisme parfois sauvage (disruptif, ubérisation, fonds vautour); la micro finance, le financement participatif repérés par le Petit Larousse relèvent toutefois d’un réel sursaut civique.

Notre modernité est scientifique et technique; si la néologie rapporte les avancées des sciences (nanoscience), de la médecine (ostéodensitométrie, exosquelette, thérapie ciblée) et de la physique (boson de Higgs, sursaut gamma), elle manifeste l’emprise des technologies de l’information et de la communication sur la vie quotidienne, selon une évolution que les éditions successives font apparaître. Il est d’abord question d’informatique, dont on achève de constituer le lexique (clic, hypertexte et hyperlien, métadonnée); on enregistre ensuite la numérisation progressive de nos pratiques les plus communes: apprendre (ludo-éducatif, MOOC, tuto), travailler (FabLab, cobotique), se distraire (Audioguide, podcasting, audiodescription, e-sport), communiquer (avatar, blogueur, blogosphère, émoticône), penser (transhumanisme, réseau de neurones). Le numérique est l’espace naturel de la génération Yet des milleniaux; rappelons toutefois aux adulescents qu’il est aussi celui de la cybercriminalité, du cyberterrorisme, de l’équivoque viralité.

Ce nouveau monde, il est vrai, n’est pas sans inquiéter: le dictionnaire se fait l’écho de nos alarmes et de nos craintes. Un certain pessimisme empreint le lexique: atteintes à la santé (légionelle, maladie orpheline, chikungunya, bisphénol A, [virus] Zika, charge mentale), à la nourriture (malbouffe,farine animale), au commerce (obsolescence programmée), à l’environnement (nanoparticule, écocide, gaz de schiste, particule fine, continent de plastique, glyphosate, écotoxique), aux biens comme aux personnes. Impartial, le Petit Larousse a dû admettre biopiraterie, bioterrorisme, cybercriminalité, cyberterrorisme, hacktivisme, sans-abrisme, apatride, ainsi que, dans le domaine politique, conspirationniste, climatosceptique, clivant, antisystème, déclinisme, europhobe, loup solitaire, zadiste, fait altematif, post-vérité. Notre modernité romprait-elle avec l’idée de progrès? Le dictionnaire serait alors le greffier de cette rupture.

Néanmoins, les mots entrés dans l’usage révèlent une autre tendance qui porte à l’optimisme. La néologie exprime notamment une forte réaction écologique, dans son esprit (bioclimatique, décroissance, agroécologie, bioéconomie, transition énergétique, croissance verte, principe pollueur-payeur), comme dans ses pratiques (collecte sélective, compostière, décarboner, lombricompostage, permaculture). Des pratiques citoyennes émergent, venant enrichir le lexique (parler-vrai, commerce équitable, altermondialiste, écocitoyen, aidant, action de groupe, déradicalisation, éducation positive, Communication non violente); elles traduisent une réappropriation civique de l’espace quotidien: ville, transports, travail (véloroute, mixité sociale, écoquartier, autopartage, art urbain, covoiturer, cotravail); ce retour du civisme s’accompagne d’une reviviscence personnelle (coaching, lâcher-prise, zénitude, pleine conscience). L’attention au monde, à l’autre, à soi se double enfin d’un souci animalier, dont le dictionnaire-sismographe a bien perçu la discrète émergence (bientraitance animale, véganisme, médiation animale, antispécisme, sentience).

Markus Raetz,. Lors de l’exposition Biens Publics, au Musée Rath, Genève, en 2015. Photo Jacques Magnol.

L’artiste bernois Markus Raetz fait son entrée dans le Petit Larousse Illustré, sa photo n’apparaît que dans le Grand Larousse Illustré :

Et le linguiste Bernard Cerquiglini de conclure : “Il ne s’agit pas de divulgâcher les nouveaux mots entrant au Petit Larousse illustré 2020 ; pas même de les légender. Voici ce qu’a produit le hackathon inclusif de nos lexicographes. Certes, ils semblent avoir passé la nuit sur la corde à linge, mais leur sentience en matière de langue française les protège de tout bore-out : elle vaut une licorne !”

Chaque dictionnaire, Petit Larousse Illustré et Grand Larousse Illustré, est livré avec une clé d’activation qui donne accès au Dictionnaire Internet Larousse 2010.

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