La nouvelle vie des filets fantômes sur le marché de l’art

Les filets fantômes ou ghost nets transformés en oeuvres d’art par les Aborigènes au Musée d’ethnographie de Genève.

Les Aborigènes d’Australie ont su tirer parti d’un drame environnemental qui provoque la disparition de leurs ressources ittiques en utilisant les filets de pêche abandonnés pour développer une activité artistique exposée actuellement au Musée d’ethnographie de Genève. Les filets jetés ou abandonnés par les marins entrent dans la réalisation de sculptures totémiques représentant les animaux marins familiers dans cette région du Pacifique.

Requin de récif, oeuvre collective, Australie, Queensland, détroit de Torrès. Ile d’Erub Meriam Mer, 2015. Corde en propylène sur armature métallique. Acquisition du MEG.

L’activité structurée autour de centres d’art connaît désormais un grand succès sur le marché de l’art au point de procurer un revenu important dans une région où l’essentiel de la population souffre de pauvreté. C’est aussi devenu un véritable genre artistique qui témoigne de la connaissance et des savoir-faire multiples transmis de génération en génération par les insulaires du détroit de Torrès et les communautés côtières aborigènes.

Les œuvres présentées au MEG ont toutes été réalisées dans le détroit de Torrès au centre Erub Arts (Queensland), à l’exception de la baleine qui a été créée au Tjutjuna Arts and Culture Centre (Australie- Méridionale).

L’utilisation des filets maillants dérivants est une méthode extrêmement simple et utilisée au moins depuis des centaines d’années dans le monde entier. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture(FAO), 1 000 bateaux hollandais pratiquaient la pêche aux filets maillants en mer du Nord en 1560. Ces filets permettent de pêcher plus de poissons à moindre coût pendant que leur multiplication entraîne une raréfaction des stocks et la destruction d’espèces non visées par les fileyeurs – les tortues, les oiseaux de mer, les mammifères marins qui sont ainsi piégés en meurent. Souvent abandonnés en mer pour éviter les frais de recyclage lorsqu’ils sont défectueux, ou à l’approche des autorités de contrôle, ces filets continuent à « effectuer des pêches fantômes », d’où leur nom de « ghost nets » en piégeant des animaux pendant un certain temps. Une nappe de filets abandonnés commence par remonter sous l’action de l’eau et du vent avant que des segments s’enroulent en pelote.

Requin de récif, détail.

Plusieurs milliers de kilomètres sont perdus ou abandonnés chaque année dans la mer, et pour longtemps car le nylon est long à se décomposer. Ces équipements ont, à travers la “pêche fantôme”, des répercussions néfastes sur les stocks de poissons et posent une menace pour les bateaux. La Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (MARPOL), entrée en vigueur le 31 décembre 1988, interdit le rejet de nappes de filets en haute mer, mais la perte accidentelle est un problème équivalent et difficile à résoudre. Des côtes de l’Alaska à celles de l’Australie, en passant par celles bretonnes ou méditerranéennes, toutes sont touchées par des effets destructeurs augmentés par l’augmentation non maîtrisée de l’effort de pêche.

L’exposition «L’effet boomerang. Les arts aborigènes d’Australie» dévoile la richesse du patrimoine culturel de l’Australie autochtone. En évoquant l’histoire des Aborigènes et des Insulaires du détroit de Torrès à travers leurs objets et leur peinture, elle aborde aussi la colonisation et les relations entre les autochtones et les colonisateurs. Elle met en perspective les différents regards portés sur la culture matérielle par les missionnaires, les ethnologues, jusqu’aux artistes contemporains.

Musée d’ethnographie, Genève
Du 19 mai 2017 au 7 janvier 2018.

Tagués avec : , , ,
Publié dans arts, expositions, nature, sculpture