Retrouver l’enveloppe du signe : “Blanc”

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C’est au Japon que Roland Barthes a rencontré le travail du signe le plus proche de ses convictions et de ses fantasmes. Il en a rapporté L’Empire des signes qui est plus un livre sur “la ville, le théâtre, la politesse, les jardins, la violence, les gestes”. Suivant ses traces, Isabelle Duthoit, Jacques Demierre et Alexandre Simon ont à  leur tour fait l’expérience du Japon pour en rapporter Blanc, un travail très subjectif, fruit de leurs regards croisés.

Dans une performance détachée de la dramaturgie habituelle du théâtre, les cinq concepteurs de Blanc proposent un voyage sensorielmau contact de la lumière, la musique, la performances et les images.

Rencontre avec Jacques Demierre (2 avril 2009). 16’45. Par Jacques Magnol.

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Blanc, d’après L’Empire des signes de Roland Barthes
07 – 19 avril 2009 > BLACK Box. Grutli.

10 avril et 17 avril, soirées spéciales:  18H30 atelier Sushi. 20h30. Blanc. 22h Projection de Kyoto de Sandra Roth, 2002, 8′; le 17 Soirée Japan Pop Music par l’équipe de Blanc.

Compte-rendu des impressions d’Isabelle Duthoit, Jacques Demierre, Alexandre Simon.

« En 1995, j’y ai séjourné quelques semaines. Ce qui m’a bouleversé: le temple, la vie de ce temple dans lequel je pratiquais les arts martiaux le matin à  5h00. Un silence, une tranquillité, un espace vide et accueillant, une pudeur et une liberté. à€ cette heure, il y avait ceux qui pratiquaient  les arts martiaux, les grand-mères japonaises si petites, toutes tordues qui nettoyaient déjà  la mousse des jardins en passant le peigne pour que celle-ci soit emplie de pureté. Puis il y avait les moines qui allaient prier. Parfois c’était juste une prière, sans son, et puis parfois il y avait les chants et le tambour.
Là , le temple résonnait intensément…. mon entraînement cessait à  ces instants de magie et de grâce;  un bonheur splendide, comme un cadeau, cette intimité entre nous tous nous était offerte. Nous n’étions pas nombreux, chacun se mouvait et s’exprimait librement, tel un équilibre subtil et merveilleux dans une totale confiance et pudeur… Le Japon résonne en moi à Â  travers ses traditions les plus anciennes. C’est le Japon de Kyoto que je connais alors que Jacques connaît peut-être plus celui de Tokyo. »
Isabelle Duthoit

« J’ai été fasciné par le pachinko, par sa qualité sonore et sa saturation de l’espace, par le son de la ville qui va très vite, par le chant des vendeurs aux enchères de thons à  la halle aux poissons à  Tokyo, par les extrêmes qui marquent la vie des Japonais…
Mais c’est en lisant Barthes que j’ai compris la raison pour laquelle j’avais tellement aimé le Japon. J’ai aimé le calme.  Ne pas comprendre la langue et l’environnement dans lequel on est plongé induit un calme incroyable. C’est l’accès direct à  la réalité sans passer par le sens. C’est un « calme idéologique ». C’est un choc sensitif, un choc de sens qui m’a énormément marqué. C’est cette émotion que j’aimerais apporter au public : une relation directe à  la sensation. Glisser les gens dans une enveloppe sonore et visuelle où il n’y a rien à  comprendre, rien à  saisir mais tout à  prendre. »
Jacques Demierre

« à‡a a été pour moi un bouleversement culturel incroyable. Visuel aussi. Le rapport entre le corps et les espaces, les proportions.  La difficulté de se repérer. Le fait de passer d’une chambre d’hôtel silencieuse, vide à  une station de métro bondée et bruyante. Le contraste et la rupture brutale. Et puis la nature. La façon dont elle est travaillée et organisée dans ses détails les plus intimes.
Toutes ces rencontres, tous ces chocs m’ont permis de porter un autre regard sur mon travail artistique, d’avoir le courage de me concentrer sur un élément unique et de voir jusqu’où je peux aller »
Alexandre Simon
* Le pachinko est un appareil qu’on peut décrire comme un croisement entre un flipper et une machine à  sous. Avec le succès, des salles de pachinko virent alors le jour dans tout le Japon, souvent à  côté d’un petit nombre de machines à  sous. Le pays compterait aujourd’hui environ 15 000 salles de pachinko équipées de 2’000’000 de machines. Un Japonais sur 4 y jouerait régulièrement.

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