Bernard Zumthor compare le démantèlement du CIC à celui de l’Ecole d’architecture

manifestation du 11 septembre

Les amis de Saint-Gervais manifestent le 11 septembre 2009

Loin d’être un opposant nostalgique, Bernard Zumthor demande le changement dans la transparence. Le démantèlement du Centre pour l’image contemporaine (CIC), de Saint-Gervais, lui paraît relever de la même volonté que celle qui a conduit au démantèlement de l’École d’architecture.

[MEDIA=105] L’ancien directeur du Patrimoine et des sites, à  l’Etat de Genève, fut aussi longtemps membre du Conseil de fondation de Saint-Gervais. Il estime aujourd’hui que ceux qui “prennent les décisions actuellement sont irresponsables” et attend que le pouvoir politique s’explique et développe “la grande fresque capable de faire rêver”. Bernard Zumthor regrette l’appartenance du Fonds municipal d’art contemporain au Conseil de fondation de Saint-Gervais : “Jamais il n’y a eu de situation où un commissaire pouvait être juge et partie. Que les gens qui vont être les bénéficiaires du démantèlement du CIC soient les mêmes qui décident de ce démantèlement, c’est inquiétant. Nous ne sommes pas très loin de la république bananière”.

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Philippe Macasdar voit un grand théâtre à  St-Gervais. 9 septembre 2009.

L’immeuble de Saint-Gervais est régulièrement l’objet de diverses fantaisies, tout à  tour promis à  l’image puis à  la musique, puis aux arts plastiques, puis menacé de fermeture dans la perspective de la Nouvelle Comédie, ses occupants vivent depuis toujours dans l’incertitude. Philippe Macasdar, directeur du Théâtre Saint-Gervais, plaide maintenant pour un théâtre qui constituerait le noyau central d’une structure accueillant les nombreuses formes de la création contemporaine dans une démarche pluri et interdisciplinaire à  la mode du jour. Une vision qui correspond à  la volonté du Conseil de fondation de Saint-Gervais qui désire revoir l’affectation du bâtiment dans son ensemble, y compris le café Bizarre au rez-de-chaussée. Comme l’indique Philippe Macasdar, définir la forme, le cadre et la mission de l’ensemble, tout reste à  faire mais sa vision est particulièrement claire : “L’avenir et le destin de Saint-Gervais, c’est Saint-Gervais” !

Si Philippe Macasdar fait contre mauvaise fortune bon coeur en ne regrettant pas le million (pris sur les trois millions du budget de fonctionnement de la fondation) transféré aux Centre d’art et au FMAC, il vise maintenant l’Etat pour renflouer la caisse.

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Manifestation devant St-Gervais, le 11 septembre 2009

Après l’annonce de la Fondation de Saint-Gervais qui prévoit la réorganisation du bâtiment de la rue, les partisans de l’autonomie du CIC ont manifesté devant l’immeuble de la rue du Temple. Le comité référendaire constate que le contrat de Philippe Macasdar se terminera en juin 2012 et que rien ne garantit l’avenir du théâtre après cette date. Dans le cas de l’acceptation par le peuple, le 27 septembre 2009, du transfert du million du CIC au Centre d’art et au FMAC, l’existence du Centre pour l’image contemporaine serait définitivement compromise. Les biennales sont pour l’instant en panne, il serait simplement question que le Centre d’art contemporain consacre pas moins de 700’000 francs à  l’organisation d’ “un brainstorming international” afin de déterminer quel type d’événement organiser.

Jacques Magnol

Commentaire. Ancien membre du Conseil de la fondation de Saint-Gervais, Bernard Zumthor est un des plus qualifiés pour s’exprimer sur son fonctionnement. En pointant le rôle de juge et partie qu’ont certains membres de l’actuel conseil, il signale un dysfonctionnement majeur. Le concept annoncé de la réorientation de Saint-Gervais vers un pôle de création artistique (un petit BAC au rabais?) qui engloberait aussi l’art contemporain semble particulièrement flou. Un bâtiment qui réunirait théâtre et art contemporain aurait le goût étrange d’une ancienne structure composée du CIC et du Théâtre Saint-Gervais, tiens!
Qu’est ce qui va changer alors ? Rien dans le principe, sauf qu’il n’y aura plus qu’un directeur aussi omnipotent que provisoire, donc plus de relations exécrables, comme celles décrites par Philippe Macasdar, entre les différentes entités. Rappelons que la machine de guerre avait été lancée pour écarter André Iten, le créateur du CIC malheureusement disparu en 2008. Un membre du Conseil de fondation nous a rapporté que la plus extrême parmi les représentants du Département de la culture avait proposé, lors d’une séance qualifiée de mémorable, de licencier en bloc le patron du CIC et celui du théâtre.

L’opération de démantèlement du CIC, extrêmement coûteuse pour le contribuable, n’aurait donc pour effet que de ramener Saint-Gervais à  la case départ … avec un million de moins dans son budget. En lançant un appel direct à  l’Etat (voir la vidéo ci-dessus), Philippe Macasdar montre que c’est lui qui sera envoyé au front pour reconquérir l’argent perdu si le peuple accepte le transfert du million au Centre d’art et au FMAC (le 27 septembre 2009).
Dans le cas de l’acceptation de ce transfert, le directeur du théâtre devra s’atteler à  l’élaboration et à  la réalisation du pôle pluri-multi-interdisciplinaire que la fondation appelle de ses voeux. Que le directeur partant ait à  créer la structure que son successeur aura à  diriger semble porter les germes des désagréments futurs.

Quant au “brainstorming international” à  700’000 francs, imaginons que pour le prix, les intéressés pourront se livrer avec bonheur à  l’organisation de ces forums hybrides, tenus en bonne et chère compagnie, qui permettront de poser les regards croisés nécessaires à  l’élaboration des indispensables nouveaux paradigmes et l’élargissement du champ des possibles.

Il est étonnant que toutes les grandes structures dédiées à  l’art contemporain soient privées et nourries d’argent public pour produire, exposer, promouvoir et vendre. Il faut être nigaud aujourd’hui pour lancer une galerie à  ses frais alors qu’il suffit d’ouvrir un lieu de recherche artistique “contemporain” pour bénéficier du soutien public. La contestation monte parmi les marchands, et non les moindres, qui critiquent durement un mélange des genres sources de concurrence déloyale. La période difficile qu’ils traversent les pousse à  élever la voix et à  demander des clarifications sur les missions attribuées à  ces structures. La contestation s’organise dans un milieu qui n’appartient pas à  la majorité politique de la Ville. Par contre, le silence des politiciens de tous bords est, selon l’expression consacrée, assourdissant.

Pendant le déroulement des tractations entre les DAC, BAC, FMAC, CIC, et autres, le congrès des sociologues se tenait à  Uni Mail. Plusieurs chercheurs ont fait état de leurs recherches sur les pratiques culturelles, les préoccupations du public et des commanditaires des grands musées, les résultats des différentes politiques en termes de mobilisation des visiteurs, de démocratisation culturelle, etc. Les outils scientifiques d’évaluation existent donc, seule manque la volonté politique de les utiliser et d’informer.

JM

Lire également :

Votation pour Saint-Gervais : au 3ème étage on dit oui, au 4ème c’est non !” 8 septembre 2009.

Qu’est ce que la Collection du centre pour l’image contemporaine ?

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Publié dans arts, scènes
3 commentaires pour “Bernard Zumthor compare le démantèlement du CIC à celui de l’Ecole d’architecture
  1. Anonyme dit :

    Je suis absolument d’accord avec vous. Il nous faudrait plus de “Bernard Zumthor” à  Genève. A bas les républiques bananières!!!

  2. macover dit :

    ce monsieur zumthor a trop raison, tout cela est une affaire de fric à  se partager entre copains.

  3. albert dit :

    Merci à  Monsieur Zumthor de donner les infos qui dérangent et que les quotidiens ne publient pas. C’est trop d’argent public gaspillé et ça n’apporte rien à  Genève car personne n’en parle en dehors du canton. Le problème c’est trop de confort.

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