L’exposition présentée au Pavillon suisse reprend le thème « La Suisse, château d’eau de l’Europe ». La Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia a sélectionné Paola Viganò, avec StudioPaolaViganò et l’équipe du projet, à l’issue d’un processus de sélection en deux étapes.
En tant que source de grands fleuves, réservoir d’eau douce et pays bénéficiant d’une eau de grande qualité, la Suisse a une responsabilité particulière envers cette ressource. Dans le cadre de la contribution suisse à la 20e Exposition internationale d’architecture – La Biennale di Venezia, Paola Viganò, avec StudioPaolaViganò et l’équipe du projet, initie un nouveau discours sur l’eau, à la fois en tant que sujet, entité juridique et puissance formatrice dans nos espaces de vie, et non seulement comme ressource.
L’exposition s’articule autour d’un parcours spatial et thématique. Au centre se trouve l’installation performative Je suis eau. Puis, les différentes formes que peut prendre l’eau – telles que les glaciers en recul, les barrages en péril, les rivières cachées, les ruisseaux enfouis, les lacs anoxiques et surexploités ou encore les eaux pluviales urbaines – relient les interventions artistiques à l’écologie politique ainsi qu’à des concepts scientifiques, techniques et juridiques.
La contribution suisse considère l’eau non seulement comme un thème, mais également comme le médium même de l’exposition – un flux qui relie les espaces, les disciplines et les perspectives et pose une question fondamentale : dans quelle mesure la perspective de l’eau met-elle en avant la coexistence et la solidarité à la fois dans leurs dimensions planétaires et locales ?
L’équipe du projet : Paola Viganò avec StudioPaolaViganò (Maria Medusheskaya, Etienne Schillers, Alessio Tamiazzo) ; Paolo Benettin, UNIL ; Loan Laurent, HRC-EPFL ; Marie Velardi, artiste ; en collaboration avec ESTIA.
La sélection s’est déroulée en deux phases par un jury composé des spécialistes Ariane Widmer Pham (urbaniste, Genève), Dagnija Smilga (architecte, Zurich/Vienne/Riga), John Palmesino (architecte, Londres), Mariam Issoufou (architecte, Niamey/New York/Zurich) et João Ferreira Nunes (architecte paysagiste, Mendrisio/Lisbonne).. Dans un premier temps, un groupe de cinq expertes et experts nationaux et internationaux a recommandé dix personnalités et équipes. Puis, dans le cadre d’un concours en deux étapes, Pro Helvetia les a invités à présenter au jury un concept pour la réalisation d’une exposition au Pavillon suisse.
Michael Kinzer, directeur de Pro Helvetia, a suivi la recommandation unanime du jury et a nominé ce projet pour la 20e Exposition internationale d’architecture – La Biennale di Venezia 2027.
Wang Shu et Lu Wenyu à la tête de La Biennale di Venezia pour 2027
À l’heure où l’architecture mondiale oscille entre spectaculaire médiatique et production standardisée, la nomination de Wang Shu et Lu Wenyu à la tête de la 20e Exposition internationale d’architecture de La Biennale di Venezia pour 2027 sonne comme un manifeste. Le président Pietrangelo Buttafuoco salue chez eux une vision « enracinée dans la mémoire des lieux et la connaissance des processus constructifs », capable d’ouvrir de nouvelles perspectives sur notre manière d’habiter le monde. Mais au-delà des mots institutionnels, c’est un engagement artistique et écologique de long terme qui se trouve ainsi consacré.
Architectes et enseignants, Wang Shu et Lu Wenyu fondent en 1997 l’atelier Amateur Architecture Studio. Le choix du terme « amateur » n’a rien d’anodin : il revendique un rapport direct, presque artisanal, à l’architecture, à rebours des logiques industrielles et spéculatives qui ont accompagné l’urbanisation fulgurante de la Chine contemporaine. En 2003, ils créent le département d’architecture de la China Academy of Art, puis, en 2007, l’École d’architecture, où Wang Shu devient le premier doyen tandis que Lu Wenyu dirige le Centre pour la construction durable. L’enseignement, chez eux, n’est pas dissociable de la pratique : il constitue un laboratoire éthique autant qu’un terrain d’expérimentation.
Invités à plusieurs reprises à la Biennale – pavillon chinois en 2006, participation en 2010 sur invitation de Kazuyo Sejima (mention spéciale pour « Decay of a Dome »), puis en 2016 par Alejandro Aravena – ils ont construit une trajectoire internationale sans jamais renoncer à leur ancrage local. Leur diagnostic sur l’état actuel de l’architecture est sévère : selon eux, les mutations rapides qui semblent la transformer relèvent souvent de l’apparence. Hyperconceptualisation déconnectée du réel, surcommercialisation avide de popularité immédiate : ces dérives produisent des objets spectaculaires mais sans racines. « Cela mènera à la mort de l’architecture », affirment-ils, dénonçant une discipline devenue parfois « expression délirante du futur ».
Face à la crise écologique et sociale, ils défendent au contraire une architecture « simple et vraie ». Leur pratique repose sur le réemploi de matériaux existants, la valorisation des traces laissées par la vie quotidienne, l’attention portée aux structures anonymes et au savoir-faire des artisans sur les chantiers. Là où la modernisation efface, ils recueillent. Là où la démolition simplifie, ils complexifient. Cette démarche n’est pas nostalgique : elle combine briques anciennes, tuiles récupérées et techniques d’ingénierie contemporaines pour inventer des formes nouvelles. La mémoire devient matière première.
Le Ningbo Historic Museum incarne cette philosophie. Construit avec des millions de briques et de tuiles issues de démolitions locales, il assemble fragments d’habitations disparues et béton contemporain dans une stratification monumentale. Le bâtiment raconte littéralement l’histoire de la région, intégrant dans ses murs les vestiges d’un paysage urbain en mutation. Autre réalisation emblématique, le campus de Xiangshan de la China Academy of Art, sélectionné en 2021 par le New York Times parmi les 25 œuvres architecturales les plus significatives de l’après-guerre, déploie une topographie de cours, de jardins et de volumes qui dialogue avec les collines environnantes plutôt que de les dominer.
Dans leurs projets – qu’il s’agisse de la réhabilitation du village de Wencun, du complexe culturel de Fuyang ou de la restauration de la rue impériale de la dynastie Song du Sud – ils cherchent à dépasser les oppositions binaires : ville contre campagne, artificiel contre naturel, tradition contre modernité. Leur architecture propose une continuité plutôt qu’une rupture. Elle suggère que la modernité chinoise peut s’écrire sans effacer la mémoire rurale, que le développement n’implique pas nécessairement l’amnésie.
Leur travail a été exposé dans des institutions majeures telles que le Museum of Modern Art à New York ou le Centre Pompidou à Paris, et a fait l’objet d’expositions personnelles en Europe. En 2012, Wang Shu reçoit le Pritzker Architecture Prize, distinction suprême dans la discipline – reconnaissance internationale d’une œuvre qui refuse pourtant le spectaculaire globalisé. Depuis 2023, il est membre de l’Académie d’architecture de France.
La nomination à Venise intervient donc comme l’aboutissement d’un parcours cohérent. Dans un monde marqué par l’urgence climatique et la fragilisation des communautés, Wang Shu et Lu Wenyu entendent faire de la Biennale 2027 un espace de réflexion sur la responsabilité culturelle de l’architecte. Leur ambition n’est pas d’exhiber des formes futuristes, mais de réaffirmer un lien : entre construction et territoire, entre mémoire et invention, entre écologie et esthétique.
À contre-courant des icônes instantanées, ils proposent une architecture du temps long. Une architecture qui accepte l’imperfection des matériaux réemployés, qui valorise le travail patient des artisans, qui s’inscrit dans les cycles naturels plutôt que de les nier. En cela, leur engagement dépasse la simple pratique professionnelle : il constitue une position politique au sens le plus large, une manière d’habiter le monde avec lucidité, sobriété et imagination.
La Biennale di Venezia 2027
8 mai – 21 novembre 2027.


