Tous cinéphiles, mais la fréquentation des salles de cinéma dépend des revenus

scène

“Grounding”, de Michael Steiner et Tobias Fueter, 2005, un récent succès du cinéma suisse avec près de 371’000 spectateurs (en Suisse)

2 août 2009. En 2004, selon l’étude commandée par les départements de l’instruction publique et des affaires culturelles, 64% des Genevois exprimaient le désir d’aller plus souvent au cinéma faisant ainsi des salles obscures leur lieu culturel de prédilection. La tendance perdure pour l’Office fédéral de la statistique qui relève qu’en 2008, deux personnes sur trois au sein de la population résidente de 15 ans et plus ont été au moins une fois au cinéma et qu’elles en veulent plus, ainsi 40% de la population répond «oui» à  la question de savoir si elle souhaiterait aller plus souvent au cinéma. Un chiffre élevé si l’on considère le fait qu’il s’agit d’une activité déjà  largement répandue.
Parmi elles, 17% sont des habituées des salles obscures qu’elles fréquentent régulièrement (7 fois et plus par an). En comparaison internationale, la Suisse se situe au-dessus de la moyenne de l’Union Européenne (UE 27) avec 51% de la population allant au cinéma au moins une fois par année (chiffre 2007), contre 63% en Suisse.

Le manque de temps et de moyens parmi les obstacles les plus souvent cité
Pour les personnes qui souhaiteraient aller davantage au cinéma, les principaux obstacles à  la fréquentation cinématographique sont, dans l’ordre du nombre de fois où ils ont été cités: le temps à  disposition et/ou les horaires perçus comme inadaptés, les coûts, les restrictions liées aux problèmes d’entourage familial ou social. Le revenu du ménage, tout comme le niveau de formation, sont deux facteurs ayant là  aussi un impact net, et ce dans le même sens. Le coût moyen du billet varie de 14.52 francs à  Genève, près de 16 francs à  Zurich ou Schaffhouse et moins de 10 francs dans certaines villes du Jura ou du Valais.
Plus les niveaux de revenu ou de formation sont élevés, plus la fréquence de visionnage en formats vidéo/DVD/VoD augmente elle aussi. Ainsi, 54% des personnes à  revenus modestes et 60% des personnes ayant un niveau de formation au secondaire I n’ont pas regardé de films par ce biais en 2008 contre, respectivement, 28% pour les personnes à  revenu élevé et 34% des personnes de niveau de formation tertiaire.
Le critère faisant apparaître le plus de différences est toutefois, et sans aucun doute, la classe d’âge. A titre d’exemple, la question des coûts touche beaucoup plus les jeunes (elle est à  mettre en relation avec les revenus, plutôt bas dans cette catégorie d’âge); le temps manque le plus aux classes d’âge moyen, essentiellement accaparées par leurs obligations professionnelles; enfin, la question de l’entourage familial concerne surtout les 25–44 ans, pour lesquels le temps dédié à  la famille doit peser indubitablement sur les possibilités de sortir et d’aller au cinéma.

Les amateurs de salles obscures aiment aussi les films sur petit écran – et vice versa
Celles et ceux qui vont le plus au cinéma «consomment» aussi le plus de films en vidéo/DVD/VoD. Près de 60% de la population dit avoir regardé des films en formats vidéo/DVD ou VoD au cours des 12 derniers mois. Pour mémoire, c’est à  peine moins que la proportion des personnes qui sont allées au moins une fois au cinéma sur la même période (63%). De plus, 20% des personnes regardent un film en formats vidéo/DVD/VoD au moins une fois par semaine. Ce taux est bien plus élevé que celui concernant la fréquentation des salles qui, à  ce niveau de fréquence, ne touche que quelques pourcents de la population.

L’OFS en conclut que l’on peut raisonnablement parler d’une culture cinématographique, qui prend naissance dès le plus jeune âge par la fréquentation des salles de cinéma puis se développe par le visionnage des films sur le petit écran, quels qu’en soient les supports. En effet, il apparaît que le principal vecteur de cette culture cinématographique est, actuellement, la vidéo/le DVD que l’on collectionne, offre ou prête et qui risque, à  l’avenir, d’être supplantée par des supports plus récents comme la VoD (vidéo à  la demande) ou le téléchargement de films via Internet.
J. M.

Lire également dans “Genève Active” : Le public suisse voudrait pratiquer davantage d’activités culturelles
Note: Depuis 1988, les pratiques culturelles n’avaient plus fait en Suisse l’objet d’une étude nationale. Les résultats publiés en juillet 2009 reposent sur une enquête représentative que l’Office fédéral de la statistique a effectuée en 2008 en collaboration avec l’Office fédéral de la culture sur les pratiques culturelles en Suisse. L’analyse des pratiques culturelles s’achèvera en 2010 par la publication d’une brochure sur le thème «Bibliothèques et lecture» ainsi que d’une étude approfondie englobant tous ces différents sujets.

Les quatre films suisses qui ont dépassé le cap des 500’000 spectateurs sur le marché national, 1975 – 2008 (Source : OFS) :
– DIE SCHWEIZERMACHER, de Lyssy Rolf, 1978 : 940’296 spectateurs.
– ACHTUNG, FERTIG, CHARLIE! de Eschmann Mike, 2003 : 560’514.
– DIE HERBSTZEITLOSEN, de Bettina Oberli, 2006 : 558’584.
– MEIN NAME IST EUGEN, de Steiner Michael, 2005 : 541’364.

Fréquentation du cinéma dans le monde:

Selon l’INSEE (France), juin 2009, “Les premières estimations indiquent que les entrées dans les salles de l’Union européenne sont stables en 2008 (augmentation marginale de 0,3 %). La fréquentation progresse en France (+ 6,7 %), en Allemagne (+ 3,2 %) et au Royaume-Uni (+ 1,1 %), tandis qu’elle recule en Italie (- 4,1 %) et en Espagne (- 7,8 %). Malgré un léger recul des entrées, les États-Unis enregistrent de nouveaux records de recettes en 2008, aussi bien sur le marché national qu’international. Au Japon, le fléchissement de la fréquentation est largement compensé par le niveau record de la part de marché du cinéma national. La Chine affiche toujours une croissance importante.”
J.M.

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