Passeggiata

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Benoit Billotte, lauréat de la bourse Act-art, expose à Halle Nord une installation composée d’une photographie prise sur le site d’Ostia Antica, accompagnée d’un grand bac à sable en bois, de moules en résine et de pelles posées sur une étagère.

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Vue de l’exposition Passeggiata, espace d’art contemporain halle nord dans le cadre de la Bourse act art. ©Benoît Billotte.

Le risque de ne retenir de ce dispositif que son aspect participatif est grand. N’y voir qu’un jeu d’enfant, ce serait passer à côté d’une proposition qui ne se réduit pas à l’exposition d’une image modèle et aux moyens pour le visiteur d’en reproduire une partie.

Le bac au centre de l’espace et l’étagère qui file sur deux des murs aveugles redouble l’espace de l’image photographique, qui prise en plongée montre des fragments d’architecture. Ce dépôt de fouilles à ciel ouvert rassemble socles de colonnes, piédouches, fût et entablements. Rigoureusement alignés ils sont installés, comme pourraient l’être des modules d’une sculpture minimale, attendant un impossible réemploi.

Ces morceaux sont autant de modèles d’ornement et de modénature antique, redécouverts à la Renaissance et qui constituent le vocabulaire classique. Ils se déclinent encore aujourd’hui, des bâtiments de Bofill aux décors de spa, de salons de coiffure ou de pizzeria.

Les moules alignés sur l’étagère reprennent partiellement ces formes, comme des fragments de ces morceaux à multiplier pour créer un champ de ruines éphémère et changeant au fil des constructions et des destructions. Cette évocation de la fragilité et du temps qui passe pourrait être facile si elle ne mettait pas en avant la fouille et le moulage, techniques liées à l’archéologie, la conservation, la restauration, l’étude et la diffusion.

Les fouilles ont non seulement mis à jour des objets et des ensembles remarquables mais aussi des fragments qui ont participé à la transformation du regard et donné le goût pour la ruine. Le moulage a permis la reproduction et la circulation de ce qui a constitué autant des modèles d’étude que des hersâtes décoratifs. L’atelier des moulages de l’école des Beaux-arts de Genève, constitué entre 1890 et 1920, comprend parmi les 3629 modèles inscrits à son catalogue une section de « Modèles élémentaires, moulures, motifs d’architecture et décoratifs ». Attaché à une école, cet atelier montre l’importance de la copie d’après l’antique dans la formation des artistes. Le musée des moulages de Lyon, qui conserve des tirages en plâtre d’antiques aujourd’hui détruits, attaché à la faculté d’histoire de l’art de l’université, est aussi une collection d’étude. Nombre de musées complètent des ensembles originaux par des moulages pour donner aux visiteurs une vue d’ensemble. Ces mêmes moulages ont aussi servi à l’ornementation de bâtiments publics et de demeures privées et font encore recette aux boutiques des musées.

A l’heure du tourisme de masse, qui met en péril nombre de sites archéologiques, du regain d’intérêt pour le péplum et de la publication par Jouannais d’un ouvrage sur les châteaux de sable, cette exposition de Benoît Billotte met en jeu nombre de questions liées à l’architecture, la reproduction et le modèle, problématiques qui traversent l’ensemble de son travail.

Claude-Hubert Tatot

Benoît Billotte, Lauréat de la Bourse Act-Art 2014
Passeggiata
Halle Nord – espace d’art contemporain
1, place de l’Ile
1201 Genève – Suisse

19.09 — 18.10.14, mardi – samedi 14h/18h

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