Nouvelle Comédie, quels théâtres réunir pour le projet du siècle ?

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La nouvelle Comédie abritera plusieurs salles de représentation. L’idée fait son chemin depuis 23 ans, elle a donc largement l’âge de la majorité. La nouvelle direction qui pilotera la Comédie, en 2011, conduira aussi le projet.
En 1987, Matthias Langhoff voyait la Comédie comme “un théâtre de production, capable de créer sept spectacles par saison, répartis sur deux salles, et de s’en sortir avec nettement moins de spectacles invités. Je songe à  faire jouer quatre spectacles à  la Comédie, et trois dans l’autre salle. (…) Cette deuxième salle de théâtre, moins commerciale dans sa conception, plus locale et plus expérimentale aussi, peut cependant tout à  fait produire des résultats qui soient meilleurs (…) C’est là  que le théâtre peut se développer, c’est presque toujours là  qu’il innove.” Rapport Langhoff, Matthias Langhoff, Editions Zoé, 1987, p. 122. Détail.

En 2003, Patrice Mugny voulait déjà  créer un bâtiment phare

Seize ans après Langhoff, durant l’été  2003, Patrice Mugny, alors nouveau conseiller administratif désirait revoir la situation des théâtres subventionnés dans le but de créer, déjà , les conditions d’un bâtiment phare du théâtre genevois. Le magistrat proposait alors la réunion des théâtres de Carouge et de la Comédie dans une opération qui avait le mérite de satisfaire à  la demande de l’Association pour une nouvelle Comédie tout en ne coûtant rien à  la Ville, ceci par l’addition des budgets dans celui de la nouvelle entité que Patrice Mugny voyait installée au Théâtre de Carouge. L’association, elle, militait pour un nouveau lieu à  la Jonction. (Notons qu’en 2003, Patrice Mugny pensait qu’il y avait trop de théâtres à  Genève, sept ans plus tard il persévère tout en modérant habilement le propos en affirmant “qu’il y en a trop de mauvais”).

En 2007, un groupe de travail fut constitué dans le but d’étudier l’hypothèse d’un rattachement d’autres théâtres à  la Fondation d’art dramatique de Genève (FAD) et, plus particulièrement, celui du Théâtre de Saint-Gervais. Puis, selon les documents officiels, le président de la FAD fut informé par courrier, en date du 13 mars 2008, que l’hypothèse de ce rattachement était suspendue. “Cette hypothèse ne devrait cependant pas être considérée comme définitivement abandonnée, tant il est vrai qu’un tel rapprochement répond à  une évidente logique.” écrivait Patrice Mugny dans la réponse, au nom du Conseil administratif, à  la question écrite du 25 février 2008 «Que de théâtres au sein d’une même fondation».
En 2010, la possibilité de construire la nouvelle Comédie s’est concrétisée avec la votation en faveur du projet CEVA, mais si les crédits de construction sont votés, le coût de fonctionnement restera un enjeu majeur dont la solution semble devoir passer par la disparition d’un théâtre. Le plus exposé est celui de Saint-Gervais, un théâtre dont la scène paraissait déjà  inadaptée à  Patrice Mugny en 2003.

“L’évidente logique”

Les années ont passé et le magistrat n’a pas changé d’avis puisqu’il a fait part au conseil municipal, en décembre 2008, de la nécessité de liquider de suite le Centre pour l’image contemporaine avant d’en finir, dans le meilleur des cas, avec le théâtre dans les trois ans.
Deux institutions seraient alors de fait dans le coup:
– Saint-Gervais + Comédie apporterait ainsi le budget de fonctionnement de la nouvelle Comédie, tout en récompensant le soutien déterminant du directeur au démantèlement du CIC.
– Comédie + Grütli, le projet Nordey-Pralong prévoit aussi une réunion de deux théâtres genevois, mais pour une durée limitée.
Nous parlerons d’autres projets prochainement.

“L’évidente logique”, partagée par MM. Langhoff et Mugny, devrait donc s’imposer à  très court ou moyen terme. La crise qui perdure ne permettra certainement pas de réaliser tous les projets de construction: celui du MEG est sauvé, ceux de la nouvelle Comédie et de la rénovation du MAH doivent encore passer des caps difficiles, ce n’est donc pas le moment d’imaginer l’augmentation du budget de fonctionnement des théâtres, d’où la nécessité d’une économie à  réaliser. Le magistrat du DAC n’entretient pas de mystère sur ce dernier point.
Le document cité pointe un sujet délicat: celui des salaires pratiqués dans les différentes institutions gérées par la Ville : “Toutefois, cette diminution des coûts serait sans doute compensée par une augmentation des masses salariales en cas d’alignement des salaires des collaborateurs du Poche et de la Comédie sur ceux de Saint-Gervais.” La question de criantes inégalités de traitement se posait déjà  lors de l’examen des possibilités de transfert des ressources humaines du Centre pour l’image contemporaine au BAC.

Comédie + quel théâtre ?

S’achemine-t-on vers un projet Comédie + Saint-Gervais ou Comédie + Grütli, ou une autre formule, une autre vision ? Au final de quelles manoeuvres secrètes (depuis le repli sur elle-même de la FAD)? Quand les magistrats de l’Etat et de la Ville se prononcés pour la transparence, la FAD leur a ri au nez via son communiqué. Quelle transparence ? A qui profite l’opacité actuelle ?
L’examen des dossiers relève surtout du cinéma dans un milieu ou l’oeuvre, les orientations, la créativité, sinon les capacités, de chacun sont connus des professionnels, et pour une large part du public intéressé. Le choix de ce qui est maintenant ailleurs plus proche d’une maison de la culture du XXIe siècle que du miroir d’un monde conservateur résistant aux courants d’aujourd’hui est d’abord un acte politique.
Jacques Magnol

* Projet du siècle, en référence à  l’inauguration de l’actuelle Comédie en 1913. La nouvelle Comédie pourrait voir le jour à  partir de 2016.

Publié dans architecture et urbanisme, politique culturelle
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