Le TO efface la séparation entre l’humain et la nature

Théâtre, musique, arts plastiques et rencontres au TO, Théâtre de l’Orangerie. Photo Jacques Magnol.

Aborder des questions aussi urgentes qu’importantes à propos de notre rapport à la planète, proposer des alternatives d’une manière artistique au cours d’expériences théâtrales, musicales et des expositions, tel est l’objectif du TO ou Théâtre de l’Orangerie depuis qu’Andrea Novicov en a pris la direction en 2017.

Nature et culture se rejoignent désormais au cœur du parc La Grange pour former un espace de réflexion sur notre relation avec l’environnement dans un climat où le citadin côtoie principalement une nature maîtrisée, adaptée à la ville. Depuis, il n’entretient qu’un rapport lointain et souvent fantasmé avec les espaces naturels. En Suisse, 172 villes abritent 84% de la population, dont la moitié dans les cinq plus grandes agglomérations et, d’ici 2050, 68% de la population mondiale vivra dans les villes.

Le premier théâtre à faire le choix de se concentrer sur la question de l’environnement proposera-t-il des spectacles de dénonciation ? Andrea Novicov tient à rassurer: « Il ne s’agit pas de faire de la pédagogie, mais de donner de l’espace à des artistes qui ont leur façon de questionner ce sujet, le spectateur ne vient pas pour recevoir une leçon. C’est un théâtre d’été où l’on joue le jeu dans le but de créer du bonheur, des plaisirs sensoriels, prendre du bon temps, ce qui n’est pas contradictoire. Nous voulons poser des questions importantes, par exemple sur l’état de la planète et notre rapport avec elle, mais aussi proposer des alternatives, explorer les façons de se situer. Aller au TO est une expérience qui est le prélude, le prologue d’un possible être ensemble autrement, d’être lieu dans lequel on réfléchit en même temps que l’on prend du plaisir au théâtre mais aussi avec la nourriture et des expositions. Notre objectif est de questionner et de proposer en même temps. »

“Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent”

L’homme a apporté beaucoup de modifications à son environnement en détruisant les forêts avec insouciance pour un profit immédiat et en modifiant de façon importante les types de forêts. Dans son Traité de l’arbre, Robert Dumas rappelle le destin du temple d’Artémis à Ephèse, « qui comptait parmi les sept merveilles du monde, symbolise cette catastrophe écologique provoquée par le défrichement des forêts de chênes qui recouvraient les hauteurs environnantes. Le labourage du sol a précipité les ruissellements ainsi que l’envasement du port devenu, dès le IXe siècle avant J.-C., impraticable pour les navires. La cité d’Artémis, déesse secrète et sauvage des forêts et de la fertilité, dépérit à cinq kilomètres de la mer, accablée de soleil. »
Près de trois mille ans plus tard, au lendemain des tempêtes de 1999, des images apocalyptiques de forêts entières anéanties servaient de décor à des reportages qui insistaient surtout sur la valeur économique des 150 millions d’arbres perdus et éludaient le dangers environnemental et la déforestation.

Loin des phénomènes d’émotion passagère qui surgissent dans les médias à l’occasion de catastrophes telles les incendies dans la forêt amazonienne ou la fonte des glaciers, le théâtre peut favoriser une nouvelle lucidité et amener à contredire le pessimisme de Chateaubriand : « Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent. »

Durant l’été 2019, le TO propose de découvrir cinq créations genevoises – dont trois en soirées et deux jeune public, une création en collaboration avec La Bâtie – Festival de Genève, deux spectacles romands en accueil et une conférence théâtrale. Site : https://www.theatreorangerie.ch

Le TO est ouvert du mardi au dimanche (et la plupart des lundis). Les expositions dans les serres sont accessibles et en entrée libre de 10h à 23h.
Théâtre de l’Orangerie (Parc La Grange). Quai Gustave-Ador 66b. Genève.

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