Le projet de BAC genevois se meurt sur fond de batailles d’egos

Mamco, propriété privée
Photos geneveactive.ch
Sur le papier c’est le plus beau projet artistique de Suisse, un unique ensemble de bâtiments entièrement dédié à  l’art contemporain et censé abriter les amours de plusieurs cellules largement subventionnées, soit au départ le Mamco et le Centre d’art contemporain, + 3 : Centre d’édition contemporaine, Centre de la photo, Centre pour l’image contemporaine. L’idée simple, logique, de leur cohabitation dans un ensemble doté d’une entrée commune avec un billet offrant l’accès à  toutes les expositions, d’une cafétéria, d’une bibliothèque et d’autres services ainsi qu’une optimisation de son fonctionnement, semblait acquise, elle vient d’être enterrée.

Le 8 juin 2006, après des années de rencontres et de négociations, Patrice Mugny, Conseiller administratif chargé des affaires culturelles; Katya Garcia-Anton, directrice du Centre d’Art Contemporain; Véronique Bacchetta, directrice du Centre d’édition contemporaine; Christian Bernard, directeur du MAMCO; André Iten, directeur du Centre pour l’image contemporaine; Joerg Bader, directeur du Centre pour la photographie lançaient officiellement le projet BAC + 3 réunissant le Mamco, le Centre d’Art Contemporain, le Centre d’édition contemporaine, le Centre pour l’image contemporaine et le Centre pour la photographie.

C’était compter sans les batailles d’egos démesurés et des paranoias qui bloquent le développement au détriment du BAC, des artistes et du public déjà  si rare, sans parler du coût occasionné par les activités identiques, administratives, artistiques, menées en parallèle. Depuis des années les protagonistes se sont rencontrés sinon affrontés, les petites institutions ayant vite discerné la stratégie du musée, lancé et soutenu par des banquiers privés, destinée à  faire passer le BAC sous la houlette d’un super-mamco.

En octobre 2007, le divorce est consommé pour certains, le Centre d’édition contemporaine vient de claquer la porte et a choisi de rester dans sa galerie de la rue Saint-Léger; le Centre de la Photo se tâte sans enthousiasme; le Centre pour l’image contemporaine, dont le directeur a récemment démissionné, se trouve sans défenseur pour résister aux appétits conjugués d’un Mamco impérial et d’un Centre d’art contemporain en quête d’identité et qui sombre dans l’anonymat depuis que Paolo Colombo, son ancien directeur, est parti diriger la Galleria nazionale d’arte moderna de Rome. L’ambition du Mamco est facilitée par la faiblesse du centre d’art voisin qui contrairement à  sa mission ne montrerait guère d’intérêt pour la création locale et ferait carrément doublon. Si le Centre d’art n’a pu fait preuve de la vision qui lui aurait permis de s’imposer sur la scène genevoise, lui transfuser le sang du Centre pour l’image n’est certainement pas le remède adéquat. Il y a pourtant des Suisses compétents, les institutions étrangères les engagent, tels Marc-Olivier Wahler, co-fondateur du Centre d’Art de Neuchâtel devenu directeur du Palais de Tokyo à  Paris (850’000 visiteurs/an) après un passage au Centre culturel suisse de New York, ou Christophe Chérix, l’ancien directeur du Cabinet des estampes appelé au MoMA de New York.

Patrice Mugny, le conseiller administratif responsable du département des affaires culturelles nous a résumé la situation ce vendredi 5 octobre : [display_podcast]
Un milieu très discret
Pendant que le milieu des arts de la scène tente désespérément de lancer un débat sur la politique culturelle, par exemple avec le RAAC, celui de l’art contemporain reste coi, car si les historiens d’art et curateurs s’emportent en privé contre les directions choisies par les grandes institutions locales, ils se gardent bien de lancer ou d’alimenter le débat public. Autre exemple, le projet de transformation du Musée d’art et d’histoire par Jean Nouvel, qui devrait engloutir 40 millions, est violemment critiqué par le milieu artistique qui verrait plutôt une réaffectation des crédits en faveur d’une politique d’acquisition et de conservation cohérente. Les avis divergent, le microcosme est restreint et virulent, mais de débat ouvert, point! Un conservateur s’emporte ainsi “Au niveau des collections, Genève a totalement loupé le XXe siècle, va-t-on aussi manquer le XXIe ?”

Un débat qui pourrait aussi porter sur le financement, ainsi une élue, pourtant d’un parti de droite, nous confiait récemment le malaise qu’elle ressentait en s’asseyant dans un fauteuil du Grand-Théâtre, sachant qu’à  chaque occasion cela coûtait 500 francs à  la collectivité, que dira-t-elle au BAC ou chaque visiteur payant en coûte près de mille?
Est-il pertinent de déléguer au seul milieu privé la mission muséale de la ville et du canton en matière d’art contemporain ? Il s’avère primordial de conserver et privilégier le foisonnement de la myriade d’institutions qui animent la scène genevoise, sont garantes de sa diversité, et de refuser le schéma d’une pensée unique qui se profile à  l’horizon. Va t’on passer de BAC + 3 à  BAC pour Un ?
Malheureusement, la multiplicité des fondations qui gèrent ces cellules privées sans vocation de service public freinent les efforts d’un conseiller administratif qui aimerait favorier la naissance d’une scène active et fréquentée par le public, comme à  Meyrin par exemple !
Bac + 3, qu’est-ce que c’est ?

(source : document officiel du jeudi 8 juin 2006)
C’est un véritable projet culturel dont l’objectif est de promouvoir une nouvelle plateforme pour l’art contemporain à  Genève. Celle-ci réunira sous un même toit l’offre diversifiée et complémentaire de cinq institutions genevoises confirmées dans le domaine de l’art actuel : le Mamco, le Centre d’art contemporain, le Centre pour l’image contemporaine, le Centre pour la photographie et le Centre d’édition contemporaine (ex- Centre genevois de la gravure contemporaine).

Cette fédération favorisera la multiplication des passerelles et des coopérations. Le visiteur du Bac pourra ainsi bénéficier d’expositions renouvelées régulièrement, d’un programme de projections, de conférences, de cours, de visites accompagnées, de formations spécialisées et de rencontres avec des artistes.

Trois manifestations régulières seront désormais centralisées dans les espaces du Bâtiment d’art contemporain (Bac) :
– la Biennale de l’image en mouvement (BIM) organisée par le Centre pour l’image contemporaine
Version, biennale du CIC consacrée aux nouveaux médias
les 50 jours pour la photographie à  Genève (50 JPG).

Le projet Bac + 3 est issu d’une réflexion engagée en réponse aux sollicitations des acteurs du domaine de l’art contemporain à  Genève. Dès 1995 en effet, le Département municipal des affaires culturelles a encouragé ces derniers à  rechercher des collaborations et des synergies entre eux, afin de faire face à  une conjoncture rendue difficile par les déficits budgétaires des collectivités publiques. Dans cette perspective, le Mamco, le Centre d’art contemporain, déjà  logés au Bac, ont alors entamé des discussions avec les trois autres entités. Le Fonds municipal d’art contemporain (FMAC), logé au 4ème étage du bâtiment depuis 1994, a été associé à  ces discussions.

L’objectif était de définir un projet commun afin de mieux exploiter les moyens disponibles et de donner davantage de visibilité à  la scène de l’art contemporain à  Genève. Sur le plan politique, l’orientation proposée a reçu un appui déterminant grâce à  deux motions acceptées par le Conseil municipal.

Le Projet Bac + 3 s’inscrit également à  l’échelle du quartier des Bains qui fait désormais figure de vitrine de l’art contemporain dans la cité. Une association intitulée Quartier des Bains a été créée. Elle réunit les galeries privées et les organismes du quartier et organise trois fois par année un vernissage portes ouvertes commun. Cette association est également à  l’origine des interventions artistiques qui, sous la forme d’oriflammes signalétiques, identifient le quartier.

Un peu d’histoire politique et culturelle
(source : document officiel du jeudi 8 juin 2006)

Le Bac

Le Bâtiment d’art contemporain (Bac) regroupe deux anciens bâtiments de la Société genevoise des instruments de physique (SIP). Ces édifices ont été achetés en 1989 pour la somme de 18,5 millions de francs par la Ville. La surface totale est de 8’603 m2.
Le Mamco occupe une grande partie de l’un des deux bâtiments soit 4’030 m2 tandis que le Centre d’art contemporain (CAC) dispose de 2’320 m2. Le bâtiment abrite également les bureaux du Fonds municipal d’art contemporain (FMAC) qui occupent une surface de quelque 100 m2.

Les travaux de mise aux normes de sécurité pour l’accueil du public dans le Bac ont été réalisés en 1992 par la Ville à  hauteur de 3’398’944 francs. La mise hors d’eau du bâtiment (réparation de la toiture) et la réfection des enduits des façades ont complété ces travaux en 1994 pour un total de 861’830 francs.

L’usage des locaux communs partagés entre les utilisateurs du Bac est réglé par convention.

La Fondation pour l’art moderne et contemporain

Cette fondation faîtière réunit les occupants du Bac (le Mamco et le CACG) et la Ville. Jusqu’à  présent, elle disposait d’une subvention annuelle de 180’000 francs avec pour but d’installer, orienter, coordonner et subventionner des activités d’art contemporain dans le bâtiment de l’ancienne usine SIP et de gérer les locaux communs.

Avec la libération des locaux occupés par le Musée Jean Tua (1er mai 2006), cette fondation devra gérer ces nouvelles surfaces de 2’450 m2 avec l’arrivée dans le Bac du Centre pour l’image contemporaine (CIC), du Centre d’édition contemporaine (CEC) et du Centre de la photographie de Genève (CPG). Elle devra aussi gérer la subvention que le Conseil municipal a voté pour financer les activités qui auront lieu dans ces nouveaux locaux lors de la première étape de mise en place de Bac + 3.

La Fondation Mamco

Le Musée d’art moderne et contemporain (Mamco) a été ouvert le 22 septembre 1994. Il a été géré jusqu’à  fin 2004 par la Fondation du musée d’art moderne et contemporain (Fondation Mamco), fondation de droit privé créée en 1991 sur la suggestion de la Ville de Genève par l’AMAM (Association pour un musée d’art moderne, fondée en 1973).

En 2003, le Canton et la Ville ont alloué chacun une subvention de 1’000’000 de francs à  la Fondation Mamco afin d’assurer le fonctionnement et la pérennité du musée. En 2004, le soutien de la part des collectivités publiques a été respectivement de 750’000 francs et de 1’000’000 de francs en 2004, à  la condition qu’une fondation de droit public soit créée pour fin 2004. La Fondation s’est de son côté engagée à  financer à  hauteur de 1’000’000 de francs par an le Mamco pour les années 2003 à  2006.

La Fondamco

En septembre 2004, le Canton, la Ville et la Fondation Mamco ont signé une convention par laquelle ils se sont engagés à  entreprendre toute démarche utile en vue de la création d’une fondation de droit public. Le Grand Conseil a voté le 18 décembre 2004 la Loi relative à  la création de la Fondation de droit public du musée d’art moderne et contemporain -Fondamco (L 9418) ainsi que la Loi ouvrant un crédit de fonctionnement de 1’000’000 de francs en 2005 et 2006 au titre de subvention cantonale annuelle pour la Fondation de droit public du musée d’art moderne et contemporain Fondamco (L 9419).

Le Mamco est géré depuis le 1er janvier 2005 par la fondation de droit public Fondamco. Une convention de subventionnement pour les années 2005 à 2006 a été signée par le Canton, la Ville, la Fondation Mamco et la Fondamco. En septembre 2006, une évaluation de cette expérience sera réalisée et une nouvelle convention élaborée sur la base des résultats. (source : dossier de presse du 8 juin 2006).

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