Huis clos : Violentes étreintes au T/50

Huis clos

Huis clos, T/50. Photo Marc Vanappelghem.

Elidan Arzoni a choisi Huis clos pour sa première mise en scène, une entreprise a haut risque car c’est la pièce la plus connue, la plus étudiée et la plus représentée de Sartre. Le nouveau metteur en scène au bénéfice d’une longue formation de comédien voit attribue à  une manière répétitive de monter les pièces de Sartre de manière bourgeoise le fait que son théâtre soit l’objet de fortes critiques et laissé pour compte. Elidan Arzoni se devait donc de tenter une approche plus radicale en enfermant les trois comédiens dans l’espace réduit du Théâtre T/50. Situés parfois à  près de vingt centimètres des spectateurs, Camille Bouzaglo, Olivier Lafrance, et Julie-Kazuko Rahir se livrent à  une lutte des corps dans des échanges physiques et verbaux violents.

Le sujet de la nudité au théâtre est de nouveau d’actualité après le Phèdre de Racine et Sénèque Claudia Bosse à  la Salle du Faubourg, le Huitième cercle de l’Enfer de Dante par Pascal Rambert et actuellement Huis clos de Jean-Paul Sartre par Elidan Arzoni au T/50 A chaque fois la question de la dimension supplémentaire apportée par cette nudité est reposée. Chaque metteur en scène met en avant le courage des comédiens qui osent la performance. Pour Elidan Arzoni “Il va de soi qu’étant nus, les personnages, mais également les acteurs, fragilisés, sont d’autant plus exposés au regard et au jugement de l’autre (et celui du public…), ce qui accentue cruellement la problématique fondamentale de la pièce. Enfin, contrairement au costume qui indique souvent le niveau social, la fonction professionnelle ou le contexte historique dans lequel le personnage évolue, la nudité, dans ces circonstances, propose une étrangeté, une profondeur, une universalité, ainsi qu’une intemporalité unique” Un dernier point qui rejoint l’avis des autres metteurs en scène qui l’ont précédé.

Entretien avec Elidan Arzoni

Enregistrement vidéo Jacques Magnol
“Lorsque le public entre dans la salle, il découvre en son centre une rambarde métallique qui forme un espace rectangulaire clos habité par trois acteurs entièrement nus et prisonniers de cette sorte de vivarium qui les expose aux regards d’un public à  son tour regardé. Ce dernier sera disposé autour de cette rambarde, sur laquelle il pourra s’appuyer afin d’atténuer son inconfort dû à  la station debout.
Un lieu infernal donc (à  la fois pour les personnages, les acteurs et le public), qui pourrait évoquer un laboratoire de la pensée sartrienne, une installation d’art contemporain, un vivarium occupé par des êtres humains crachant du venin, une morgue où l’on dissèque l’âme des cadavres ou un amphithéâtre d’anatomie.” Elidan Arzoni.
En résumé : Huis clos présente trois personnages enfermés ensemble dans un enfer, qui n’est autre qu’un salon bourgeois sous la plume de Sartre. Venant de mourir, Estelle, Garcin et Inès arrivent en enfer pour y subir leur damnation éternelle. Tous trois s’interrogent sur les raisons, pour eux incompréhensibles, qui ont motivé leur réunion en enfer. Ils se décident d’avouer leurs fautes, seul moyen de comprendre pourquoi ils sont condamnés à  vivre éternellement ensemble. Ils vont devoir cohabiter éternellement, livrés les uns aux regards des autres.

 

“Huis Clos”, d’après le texte de Jean-Paul Sartre et mis en scène par Elidan Arzoni. Avec Camille Bouzaglo, Olivier Lafrance, Julie-Kazuko Rahir, Elidan Arzoni. Compagnie Métamorphoses.

Du 10 au 29 juin 2008 21h (relâche le lundi)
Théâtre T/50, 11 bis, ruelle du Couchant, Genève. Réservation / 078 886 39 40

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