Genève s’offre un cours de rattrapage en art contemporain

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Maurizio Cattelan. “Sans titre”, 2002. Âne empaillé, bois, métal, tissu, papier, corde, caoutchouc.

Le Musée d’art et d’histoire présente Urs Fischer – Faux amis, une sélection d’œuvres des artistes contemporains les plus reconnus internationalement. L’ensemble provient de la collection de M. Joannou, un entrepreneur actif dans le marché du pétrole et fondateur de la Fondation Deste pour l’art contemporain.

Le parcours tracé par le commissaire de l’exposition Massimiliano Gioni Faux Amis, met en regard le travail d’Urs Fischer (né en 1973), artiste suisse principalement connu pour ses sculptures, avec des tableaux et des sculptures d’artistes tels Pawel Althamer, Maurizio Cattelan, Fischli/Weiss, Robert Gober, Martin Kippenberger, Jeff Koons, Paul McCarthy, Cindy Sherman et Kiki Smith. Il établit ainsi « des connections inattendues entre les œuvres d’art et les esthétiques, les techniques et les matériaux qui font émerger des similitudes et des différences au sein d’un groupe d’artistes, dont le travail a animé et nourri le débat critique en art contemporain de ces trente dernières années. »

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Première salle de l’exposition, avec des oeuvres de Urs Fischer, Paul McCarthy et Maurizio Cattelan.

La sélection des pièces d’Urs Fischer, proche du mouvement Néo Dada, montre son intérêt à travailler divers matériaux provenant de l’univers quotidien, ainsi les vagues de mousse de polystyrène suspendus dans la première salle.

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Maurizio Cattelan. “Bernard”, 2002.

Maurizio Cattelan (qui cite Marcel Duchamp comme source de son inspiration) manie souvent la provocation pour interpeller le spectateur. La conscience sociale dont est empreint son travail offre la possibilité d’aborder des sujets importants relevant des sphères politique et sociale.

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De g. à d. Robert Gober “Corner Bed”, 1986-87; Urs Fischer “What if the phone rings”, 2003 (détail).

Une série de mèches sont fichées dans un corps de femme sculpté dans la cire et vaguement peint. Allumées depuis le début de l’exposition, la combustion va provoquer la fonte de la sculpture qui finira par se répandre en un tas informe sur le sol. La flamme donne ainsi la vie à l’oeuvre autant qu’elle la détruit.

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Urs Fischer. “Concert/Cornichon”, 2011. Impressions sérigraphiques sur feuilles d’acier inoxydable poli miroir.

Les sculptures-miroirs de Concert/Cornichon inaugurent une succession d’œuvres dans lesquelles les surfaces et les matériaux se jouent les uns des autres: la forme gonflée du Hanging Heart de Jeff Koons dialogue avec la sculpture pneumatique de Martin Kippenberger, Memorial of the Good Old Time, tandis que l’un des tableaux inspirés par l’Antiquité de Jeff Koons côtoie les murs décatis de la célèbre Bread House d’Urs Fischer, une maison passant pour une ruine antique mais qui est, en réalité, faite de pain et de bois.

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Jeff Koons, ” Hanging Heart”, 1995-98″ – Martin Kippenberger. “Memorial of the Good Old Time”, 1987, techniques mixtes, caoutchouc, contreplaqué.

L’improbable dialogue entre une simple reproduction photographique de Hanging Heart de Jeff Koons et la sculpture pneumatique de Martin Kippenberger.

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Jeff Koons. “Bourgeois Bust – Jeff and Ilona”, 1991.

Le spectateur est désormais familier de la manipulation des codes sociaux par Jeff Koons. Ses bustes de célèbrent en même temps qu’ils égratignent la monumentalité des représentations officielles du pouvoir – posture qui revient dans beaucoup d’œuvres de l’exposition.

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Jeff Koons. “Landscape (Tree) I”. 2007.

“Mon art a toujours utilisé le sexe comme moyen de communication directe avec le spectateur.” Jeff Koons.

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Le collectionneur Dakis Joannou, Jean-Yves Marin, directeur du MAH, et Massimiliano Gioni, commissaire de l’exposition, devant “Sans titre (Maison en pain)”, 2006, de Urs Fischer.

Bread House est une maison faite de miches de pain au levain, de mousse expansible et de bois. Avec le temps, la maison se dégrade et les miettes de pain qui se détachent diffusent une odeur envahissante. Le sens de ce travail d’Urs Fischer est à chercher dans la nature et le processus de sa mise en œuvre qui voit les idées devenir matériau, et les matériaux acquérir leur existence propre. La tradition de créer des maisons de pain d’épices inspirée du conte de Grimm Hansel et Gretel daterait du début des années 1800 en Allemagne. le texte fantastique relate les aventures de deux enfants abandonnés dans la forêt et qui découvrent une maison construite de pain et de sucre. Les habitants de Bergen, en Norvège, construisent chaque année avant Noêl des maisons de pain d’épices.

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Urs Fischer. “Skinny Afternoon”, 2003.

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Urs Fischer. “Sans titre”, 2009, devant “No Need for Ketchup with the Ice Cream”, Urs Fischer, 2004.

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L’oeuvre de Jeff Koons que l’on ne verra pas sur le lac Léman : l’intervention de l’artiste sur le bateau de Dakis Joannou. (Capture d’écran sur le site de Forbes)

Ces oeuvres de Jeff Koons, l’artiste contemporain le plus exposé, le plus cher au monde et considéré comme un des artistes contemporains les plus « représentatifs » de l’éthos du capitalisme, Maurizio Cattelan, que le monde de l’art adule, et autres, sont aussi celles qui font les grands titres lors des records de prix atteints lors de ventes hyper médiatisés.  Un emballement que Jeff Koons relativisait lors de son exposition au Centre Pompidou en 2014 : “Souvent, les gens se focalisent sur l’argent, et l’argent a inondé le monde de l’art. Les amateurs ont multiplié les collections. C’est fantastique pour toutes les formes de créativité. Mais la vraie valeur de l’art, c’est sa capacité à changer la vie des gens”.
Montrer ces stars de l’art international relève d’une approche plus large du champ de l’art contemporain que celle qui a prévalu jusqu’à présent et c’est donc un véritable cours de rattrapage que Jean-Claude Marin, directeur du Musée d’art et d’histoire, offre aux Genevois. Au bout du lac, les commentaires dithyrambiques fusent et les plus exaltés vont jusqu’à parler de nouvelle ère pour le musée, voire de miracle.

Urs Fischer – Faux Amis
Musée d’art et d’histoire, Genève
28 avril au 27 juillet.

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