Festival Big Bang. Au fond de l’oeil

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Dans le cadre du Festival transdisciplinaire Big Bang, l’artiste circassien et comédien Laurent Anonini et le plasticien Stefan Lauper présentent “La Tache aveugle“, une création à  la lisière d’une sculpture lumineuse, des arts funambules au corps en suspension et d’une théâtralité doucement étrange.

Laurent Annoni. Interview par Bertrand Tappolet

Choc des sens
Rien que par son titre, “La Tache aveugle” formule une sorte de programme pour l’avenir. Par le recours à  des sources lumineuses et la relation d’un choc amoureux fragmentant les sensations et les souvenirs d’une silhouette féminine, s’interroger sur ce qui fait ressentir, en dévie ou s’y oppose. Et par là , tenter, toujours par le moyen de l’écriture scénique, de franchir les résistances qui font obstacle à  cette connaissance, de parvenir au plus près de ce qui ne veut pas se dire. De cette “scène primitive” d’où sourdent les mots, jusqu’à  se heurter à  ce point d’aveuglement où plus rien ne peut être distingué, où les signes perdent leurs couleurs et leur sens.

En neurophysiologie, ce que l’on nomme la tache aveugle est une petite partie de la rétine. Elle permet l’insertion du nerf optique et des vaisseaux sanguins, dépourvue de photorécepteurs et donc aveugle. Sa mise en évidence permet d’aborder la notion d’interprétation de la réalité par le cerveau à  travers la vision et, par extension, la façon dont l’esprit vient à  compléter la réalité. Si l’à“il lui-même comporte une partie aveugle, quels sont les moyens dont nous disposons pour voir le monde ? Les possibles qui s’ouvrent alors par cette constatation ne sont-ils pas infinis ? La proposition scénique et perceptive ouvre aussi sur une réflexion liée à  la peinture. Qui parle en lumières architecturées, en volumes, discrètement, profondément, silencieusement.

Comme les mouvements révolutionnaires, l’amour est une force de transformation de la vie quotidienne, de renouveau, de renaissance, de résurrection qui nous sauve parfois du désespoir et de la solitude tout en naufrageant le regard. Ce que suggère cette création, c’est que l’état amoureux naissant est une révolution de la vie quotidienne. Aussi peut-il se déployer lorsqu’il réussit à  la bouleverser, à  en élargir les portes de la perception. Au fil de “La Tâche aveugle”, la mémoire visuelle vient à  nous quitter. Et l’on peut se référer à  d’autres indices, à  des traces, des sillages luminescents, des images rémanentes, comme, si l’on fluctuait d’une géométrie extérieure à  une autre, intérieure, où les formes tiennent par des jeux d’équilibre ou des agencements en suspension.

Car au détour de “La Tache aveugle“, le réel et l’imaginaire semblent échanger leurs propriétés, suggérant d’autres chemins d’écriture au plateau, d’autres désirs de beauté : une manière atypique d’insuffler un puissant courant de vie intérieure. Jusqu’à  extraire la poésie du moindre détail. En jouant du contrejour, le tandem Anoni-Lauper propose une réalité améliorée, augmentée, par l’effet conjugué d’une vision démultipliée et de l’évasion. L’opus interroge sur l’infinité du regard lorsque l’imagination sensorielle et perceptive en prend le relais.

Bertrand Tappolet

La tache aveugle
Stefan Lauper, plasticien
& Laurent Annoni, comédien acrobate

Festival Big Bang au Théâtre de l’Usine, jeudi 10 et vendredi 11 juin 2010 à  20h.

Illustration:

Au fond de l’à“il, là  où se concentrent toutes les terminaisons du nerf optique, il existe une zone insensible à  la lumière : la tache aveugle.

Pour s’en rendre compte, il suffit de réaliser l’expérience suiv ante : fermer l’à“il droit ; fixer le carré ; s’approcher de la forme. Dans l’angle mort, la rétine, privée de sensation, ne peut distinguer le rond. Il a disparu.

« Je ne suis pas seulement venu te parler d’une expérience de physique, mais d’une forme poétique ; d’une éclipse visuelle, à  la fois personnelle et collective.

– Oui. Dès notre première rencontre, j’ai compris que nous devions travailler sur nos ressemblances plutôt que sur nos divergences. Ce sont les conditions d’un langage commun, les prémices d’un dialogue. »

Laurent Annoni et Stefan Lauper

Publié dans festivals, scènes
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