Boris Charmatz. Entre héritage chorégraphique et expérimentation ludique

Photo: Sandro Zanzinger

Photo: Sandro Zanzinger

Danse en kit, photocopie animée, performance de capture chorégraphique effrénée, « 50 ans de danse » conçu par le chorégraphe et danseur français Boris Charmatz, est un geste artistique inclassable et tout-terrain : amorcé avec des étudiants en art, repris par des danseurs puis par des amateurs, il rencontre cette fois-ci d’anciens interprètes de Cunningham, dont les âges s’étagent sur plusieurs générations. Entretien.

« J’aime beaucoup l’idée qu’au milieu de ces milliers de gestes, certains sont les leurs – et qu’ils vont se réinterpréter eux-mêmes », explique Boris Charmatz. Pour ces retrouvailles, les danseurs redonnent vie aux poses figées (300 photos en tout) et remplissent les béances de l’entre-images.

Interprète au sein de ses opus, mais aussi chez Régine Chopinot et Odile Duboc, Charmatz danse pour la première fois dans la déclinaison genevoise de sa pièce « 50 ans de danse ». Il est aussi directeur du Musée de la danse, ex Centre Chorégraphique national de Rennes et de Bretagne. Une institution qui s’emploie à  « provoquer des rapprochements improbables, des confrontations entre des mondes habituellement étrangers l’un à  l’autre », comme le précise l’un des dix commandements du « Manifeste pour un Musée de la danse ». « 50 ans de danse » est un objet chorégraphique limite brassant des éléments que l’on pouvait croire a priori inconciliables. Une forme de ready-made à  la frontière de l’archive photographique, du mouvement, du bidimensionnel de l’instantané argentique ou digital et du tridimensionnel des corps mis en volume au sein de l’espace scénique d’exposition.
Rencontre.

Vous développez l’idée de flip-book chorégraphique évoquant les fondamentaux de Cunningham. Comment êtes-vous parti de l’objet-livre, de sa spécificité ?

Boris Charmatz : En abordant le livre de David Vaugan, « Merce Cunningham, un demi-siècle de danse » (1997), on peut relever qu’il possède sa dramaturgie propre, portant notamment sur les créations de 1944 à  1994. Iconographiquement, l’ouvrage s’ouvre sur un portrait et se scelle sur un saut. Certaines images reviennent telles des leitmotivs ou des balises mémorielles : la seconde et l’avant-dernière se révèlent ainsi identiques.
Le travail s’est développé avec des amateurs, puis des danseurs professionnels présents dans l’ouvrage. Tôt s’est imposée la conviction que ces images suffisaient à  faire une pièce, à  fabriquer de la chorégraphie. Il n’est pas si absurde que cela de passer d’un instantané à  l’autre, car chacun d’entre eux est déjà  empli d’une grande quantité de mouvements, sauts ou levés de jambes. Nous avons ainsi appris les images et travaillé très vite avec les sept anciens danseurs de Cunningham en l’espace ramassé de cinq jours. Afin de mémoriser corporellement les 300 clichés de manière brute. Corps, espace et temps sont alors les principales dimensions abordées. Quel interprète débute ? Par où les danseurs entrent-ils ? Il s’agit de savoir où placer bras, têtes et jambes de manière mnémotechnique. Non seulement mémoriser une suite de positions mais savoir comment y parvenir. Dans le cas d’un saut, par exemple, combien de pas doivent se réaliser avant de sauter. Ensuite, qu’est-ce qui se déroule lorsque le danseur retombe. Il faut aussi régler une sorte de trafic qui se crée au sein de l’espace scénique. De quelle manière se croise-t-on ou pas ?

Qu’en est-il du rapport entre les danseurs et leur propre mémoire ?

B. C. : Dans le cas de la version présentée à  Genève, les anciens interprètes de Cunningham peuvent se voire eux-mêmes au cà“ur des images et de la chorégraphie, dont elles retiennent un moment. La pièce leur permet de fouiller dans les plis de souvenirs corporels et de leur collaboration avec l’Américain. A mon sens la danse surgie des images n’est guère éloignée de la composition originelle ou des passages retenus et suggérés par l’objectif photographique.

Propos recueillis par Bertrand Tappolet

Dans le cadre de la constellation consacrée au chorégraphe américain emblématique de la postmodern dance, Merce Cunningham, deux démarches chorégraphiques dues à  Foofwa d’Imobilité et Boris Charmatz interrogent le legs compositionnel et chorégraphique de Cunningham.

Flip Book

Mercredi 11 et jeudi 12 juin 2014 à 19h
Théâtre de Vidy-Lausanne
Rens. : www.vidy.ch

50 ans de danse, chorégraphie Boris Charmatz
17 et 18 décembre 2009, salle Adc, Eaux-Vives, 82-84, rue des Eaux-Vives, 20h30.
Rés : 022 320 06 06 et www.adc-ge.ch

Photo : Sandro Zanzinger

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