Nicko est de retour de Guangzhou

Nicolas Constantin, alias Nicko, Guangzhou Patterns no 9, 2026. Photo © Nicko.

Le titre de l’exposition trouve son origine dans un voyage. Un séjour en Chine, à Guangzhou — Canton — qui a profondément marqué l’artiste valaisan Nicolas Constantin, alias Nicko. Là-bas, ce ne sont pas tant les grandes métropoles ou l’art contemporain qui l’ont frappé, mais plutôt l’immense héritage artisanal conservé dans les musées et les ateliers. Marqueteries, bas-reliefs, motifs imprimés sur tissu, sculptures sur bois : tout un univers décoratif vieux de plusieurs millénaires, porté par une virtuosité technique qui l’a littéralement ébloui.

Nicolas Constantin, alias Nicko, Guangzhou Patterns nos 3 et 2, 2026. Photo © Nicko.

Nicko s’est particulièrement intéressé à la répétition des motifs, à ces structures ornementales patientes et minutieuses qui traversent l’histoire de l’art chinois. Pendant la journée, il photographiait les détails qui retenaient son attention. Le soir, seul dans sa chambre d’hôtel, il redessinait ces formes sur son iPad, cherchant à capturer immédiatement ce qu’il avait observé quelques heures plus tôt. De ces esquisses numériques sont nées les compositions présentées aujourd’hui.

Le passage du numérique à la toile s’effectue grâce à un procédé précis : les motifs sont transformés en chablons découpés par machine, appliqués directement sur la surface de la toile. Nicko peint ensuite à l’acrylique, retire les adhésifs, puis reprend certaines zones à la main. Cette technique donne aux œuvres une précision presque mécanique tout en conservant la vibration du geste pictural. Chaque pièce reste ainsi une toile unique, loin de toute idée de reproduction textile ou industrielle.

Nicolas Constantin, alias Nicko, Guangzhou Patterns nos 7 et 4, 2026. Photo © Nicko.

Au-delà des formes, le voyage a également laissé une empreinte plus humaine. Habitué aux séjours en Amérique latine — Colombie, Brésil — l’artiste a découvert en Chine un contraste frappant : moins de chaleur spontanée, dit-il, mais un sentiment de sécurité très fort. Un autre rapport à l’espace et aux relations, qui participe aussi de l’expérience du déplacement.

L’un des moments marquants de son séjour fut la rencontre avec un maître de peinture traditionnelle, rencontré dans une école d’encre de Chine et de calligraphie. Grâce à une interprète, les deux artistes ont pu échanger longuement. Plus qu’un apprentissage technique, cette rencontre fut surtout une source d’énergie. En quelques heures de conversation, le peintre chinois lui aurait rappelé l’essentiel : la chance de pouvoir vivre de sa pratique et la nécessité de ne jamais douter de son propre langage artistique.

Ce dialogue, discret mais déterminant, irrigue l’esprit de cette exposition, dont le titre reprend simplement le nom de la ville chinoise qui l’a inspirée.

Nicko, Los Tres Hermanos, 2025. Acrylique et aérosol/toile. Photo © Nicko.

Né à Sion en 1983, Nicko développe depuis plus de vingt ans une pratique transdisciplinaire à la croisée du graphisme, du graffiti et de la peinture. Initié très tôt à l’art urbain, il a progressivement construit un style singulier en parcourant les murs du monde, de l’Europe à l’Afrique du Sud, de l’Amérique du Nord à l’Asie.

Ces déplacements ont profondément nourri son vocabulaire visuel. Ses œuvres actuelles portent la trace d’influences multiples : art tribal, cultures urbaines, souvenirs de paysages et de mythologies glanés au fil des voyages. On y reconnaît des silhouettes trapues, des visages larges, des parures exubérantes, comme issues d’un panthéon imaginaire. Les couleurs, franches et éclatantes, gardent quelque chose de la spontanéité du graffiti, tandis que la construction des images révèle une rigueur presque graphique.

Designer de formation, Nicko joue volontiers du dialogue entre outils numériques et peinture traditionnelle. Ses compositions, souvent éclatées mais soigneusement structurées, oscillent entre héritage précolombien et mémoire du pop art. Les textures et dégradés issus du travail digital élargissent encore le champ de ses expérimentations.

Sa série la plus ancienne, Realismo Magico, née en Colombie en 2015, condense déjà cette hybridation : dessins de carnets retravaillés numériquement, drapeaux saturés de lumière, végétation tropicale foisonnante.

Chez Nicko, le geste du graffeur rencontre ainsi la précision du designer. Mais derrière la virtuosité formelle, l’enjeu reste ailleurs : créer des images capables de garder la trace des lieux traversés, des rencontres et des impressions glanées en chemin. Cette nouvelle série, née à Guangzhou, prolonge ce dialogue entre voyage, mémoire et invention plastique.

Jacques Magnol

Guangzhou Patterns
Nicko
Galerie Alexandre Mottier
Boulevard George-Favon 17
Genève

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