Niches encadrées de moulures, voutes percées d’un oculus d’où jaillit la lumière, Vanna Karamaounas photographie l’architecture. Elle en cadre le détail, en saisie le prestige, en montre la fragilité. Le temps passe et abime, le stuc blanc s’effrite et laisse paraitre la brique, le fond d’une niche brisée s’ouvre sur un trou noir.
Les plus somptueux bâtiments n’échappent pas à la ruine et ces photographies sont autant de vanités. Impossible de savoir à l’œil d’où viennent ces morceaux choisis si ce n’est d’une architecture classique. Là n’est pas l’essentiel. Ces compositions au cadrage serré sont géométriques et presque abstraites. Les noirs et les blancs, d’une photographie pourtant en couleur, renvoient à des tableaux.
L’intelligence artificielle interprète même l’image d’un canal ouvragé creusé au sol comme un dessin du sculpteur Chillida relevant par inadvertance le lien entre ces images et « Terre brulée » relief lui aussi abstrait, qui renvoie encore à l’architecture non plus dans le détail mais plutôt par l’évocation du plan masse ou de la maquette de fouille.
Cependant, l’image de chaussures laissées dans une de ces niches disent une présence humaine, celle d’ouvriers. Le bâtiment est en travaux. Deux vues d’ensemble montrent l’une une galerie voutée l’autre une cour et des façades percées d’arcades, palais ou couvent ? Dans le sud assurément.
En fait ce sont des vues de cinq palais de la région de Kashan en Iran que l’artiste a visité en 2016 alors qu’un autre artiste, Wim Delvoye les restaurait pour en faire un musée et un atelier. Dix ans après, alors même que l’Iran est sous les bombes qu’en reste-il ?
L’exposition ouvre à la réflexion sur ce qui reste debout et ce qui s’effondre, ce que l’on restaure, sauve ou abime, sur les formes qui perdurent de l’architecture classique à l’architecture brutaliste ou contemporaine. Il s’agit surtout d’un point de vue, d’images dont le silence ouvre à une méditation sur le monde.
Claude-Hubert Tatot
PAYSAGES URBAINS
Vanna Karamaounas,
12 mars au 21 mai 2026
Galerie T tcarmine,
Rue des Maraîchers, 10 bis
Genève



