Solo (show)

christian robert-tissot, Untitled (SOLO), 2026. Acryl/toile. 97 x 73 cm. Les photos : Claude-Hubert Tatot.

« Sola scriptura », soit l’écriture seule, est l’un des principes théologiques protestants fondamentaux formulés lors de la Réforme, énonçant en creux une défiance face aux images. Maurice Besset, historien de l’art et professeur à l’Université de Genève, avait vraisemblablement cette phrase en tête quand, en 1988, il titre une grande exposition au musée d’art contemporain de Lyon consacrée au monochrome : « La couleur seule ».

christian robert-tissot, Untitled (BORN IN WINTER), 2026. Acryl/toile. 40 X 80 cm.

« Solo » de Christian Robert Tissot est à la fois couleur et écriture : le mot est le motif, violet sur fond blanc. Il fait référence au monde de l’art, au solo show, tout comme « Opening » renvoie au vernissage de l’exposition, « Vanishing » à la volatilité du succès, « Collector », en lettres pop sur fond orange et jaune, au collectionneur et au « revival seventies ». « New is not new » suggère que la capacité d’invention, vertu cardinale de l’art depuis les avant-gardes, serait une illusion. « Né en », formule consacrée de la biographie d’artiste, n’est pas suivie d’une date mais d’une saison. « Born in winter » est à la fois concession à l’autobiographie et dérision d’un artiste qui ne se raconte pas, dont l’œuvre ne progresse volontairement pas et échappe ainsi, pour ainsi dire, au temps.

christian robert-tissot, Untitled (INFINI), 2026. 96 x 90 cm.

Les lettres de « Infini », mais aussi de « Minimum », se prolongent en lignes créant des rayures ou se croisant en grille. Leur étirement crée un rapprochement avec la peinture géométrique. Certaines toiles sont découpées plus près des mots. Répétés, ils se croisent ; tête-bêche, ils forment une croix en suivant leur trajectoire. Infinies, les possibilités, même en retenant un minimum de paramètres : « Over and over and over ».

christian robert-tissot, Untitled (INFINI), 2026. 3 x 320 x 30 cm. Untitled (NO OPTION), 2026. 90 x 80 cm.

Le mot se détache aussi de la toile, s’accroche autrement au mur, découpé dans du métal laissé brut, marqué de traces de disqueuse. Laqués noir, cercles, droites et obliques se combinent en « No option », en lettres capitales.

En fait, « No option », tout comme « Solo », se lisent plutôt qu’ils ne sont écrits : tout tourne autour du cercle. Tout comme « Opening » ou « Vanishing », la composition visuelle prime sur celle du mot, désorganisé par la césure ou la disposition des lettres.

Je me suis probablement perdu dans mes pensées — « Probably lost », formule consacrée aux œuvres attestées et introuvables que Christian Robert Tissot a peintes aussi — dans mes premières évocations. Pourtant, à quelques exceptions près, l’écriture seule se découpe bien sur la couleur seule des fonds appliqués de manière uniforme, ou sur le mur où sont accrochés les reliefs. À l’inverse des slogans, des punchlines et des vérités énoncées avec autorité, mais également à l’inverse des images — vraies ou générées artificiellement et saturées de sens — Christian Robert Tissot travaille le langage dans l’espace, dit la peinture, donne une matière et un poids aux mots, nous ouvre l’œil et l’esprit.

Claude-Hubert Tatot

Christian Robert-Tissot : infini
Du 13 Mars au16 Mai 2026,
Galerie lange + pult
Rue des Bains 22,Genève.

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